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Interview réalisée par le journaliste et blogueur Samir Abdelkrim pour le blog de Orange Entrepreneur Club

Samir Abdelkrim – Qu’est-ce que Yux Dakar ? Quelle est votre vision et comment a démarré cette aventure ?

YUX Dakar est une jeune entreprise spécialisée dans le design d’expérience utilisateur ou UX Design. Notre objectif est de concevoir des produits digitaux originaux adaptés aux populations africaines en se basant sur des études de terrain et en appliquant les diverses méthodes du Design Thinking. L’aventure a commencé en mai 2016 quand plusieurs passionnés de UX design et de technologies basés à Dakar se sont retrouvés autour de deux constats : 1) Les startups sénégalaises et africaines en général pèchent terriblement en terme d’expérience utilisateur et de qualité graphique de leurs interfaces 2) Nous ne consommons finalement que très peu de produits digitaux originaux pensés à partir de nos besoins, et les startups sont souvent tentées de répliquer des solutions et modèles occidentaux. A partir de là, l’équipe de YUX s’est formée et nous avons commencé par donner des ateliers de formation à des développeurs, graphistes ou entrepreneurs. Depuis, nous accompagnons également plusieurs entreprises dans la conception de nouveaux produits digitaux.

Expérience utilisateur, ergonomie ou design… De quoi parle-t-on au juste lorsque l’on parle d’UX ?

L’expérience utilisateur (User Experience / UX en anglais) se réfère à l’expérience totale d’une personne ou communauté utilisant un produit, un système ou un service particulier. Il s’agit d’un ensemble de méthodologies concrètes qui vise à rendre un système facile d’utilisation, intuitif, ergonomique et logique. Issue de l’ergonomie et des sciences humaines, l’expérience utilisateur a pour objectif d’accroître la satisfaction liée à l’usage de fonctions en en améliorant, de manière continue, la forme, le fond et l’accessibilité.
L’ergonomie est un terme plus ancien que les gens connaissent mieux et l’ergonome est souvent l’une des personnes qu’on appelle pour créer une bonne expérience utilisateur. Mais le UX Design fait également appel à d’autres spécialistes comme le web / UI designer qui s’occupe principalement de l’aspect visuel et graphique des interfaces, l’architecte de l’information, l’expert en utilisabilité, l’expert en recherche utilisateur, etc.

S’agit-il d’un concept bien connu en Afrique francophone ? La demande est forte localement ?
Non, on a encore du boulot ! C’est un domaine tout nouveau en Afrique francophone et anglophone. A notre connaissance hormis en Afrique du Sud, il n’y a que deux boites spécialisées en UX en Afrique sub-saharienne, à Nairobi et à Lagos. Honnêtement nous pensons que la demande « solvable » (c’est-à-dire des gens prêts à payer le prix !) n’est pas encore là, même s’il y a un fort besoin. C’est d’ailleurs pourquoi nous ne nous concentrons pas sur les services aux entreprises mais investissons plutôt sur nos propres études et produits. Nous avons cependant eu la chance de travailler avec Orange ou l’agence digitale ByFilling qui nous ont tout de suite fait confiance.

L’expérience utilisateur est-elle différente entre Dakar et Paris ?
Oui et non. Certains produits comme Facebook et Google ont créé des normes en termes d’usage que les gens s’approprient rapidement. Cependant, il y a également une multitude de spécificités locales dues au fait que les gens découvrent le web via le mobile et non le PC, à la connectivité, aux besoins et modes de fonctionnement des entreprises, à l’alphabétisation, etc. Mais nous souhaitons étudier tout cela de beaucoup plus près pour savoir à quelles fonctions ou émotions sont associées les couleurs, les gestes, les sonorités, les icônes, etc.

Pour l’instant nous avons mené deux études : l’une sur l’économie de partage au Sénégal, et une autre sur les vendeurs de rue dit « marchands ambulants ». Les résultats de ces études sont partagés en ligne dans le but d’aider les entrepreneurs à réfléchir à des concepts innovants issus d’analyses de terrain.

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Et entre Dakar ou Abidjan, peut-on parler de différences significatives dans l’expérience utilisateur ?
Nous pensons que oui car les usages sont liés à la psychologie qui elle-même est influencée par de nombreux facteurs locaux, dont la culture, la langue, l’environnement, etc. Mais concrètement aujourd’hui il n’y a pas assez de données pour le dire précisément. Ce serait d’ailleurs intéressant pour les écosystèmes des deux pays d’avoir des insights là-dessus de la part d’Orange ou de ses partenaires comme Jumia.

Concrètement, à quel moment intervient la question de l’expérience utilisateur lorsqu’un développeur ou un entrepreneur démarre son projet ?
Elle peut rentrer en jeu dès le début du projet, où elle est particulièrement utile pour découvrir ses utilisateurs et tester rapidement des hypothèses. Il faut ensuite travailler dessus régulièrement et notamment quand la startup grandit et touche de nouveaux types de clients. Même si c’est l’idéal, vous pouvez dans un premier temps vous passer d’un designer à temps plein et faire appel à de la consultance ponctuelle. L’important c’est surtout que votre équipe comprenne la démarche et écoute en permanence ses utilisateurs. C’est généralement en grandissant que les choses se complexifient et qu’une équipe de UX designers permet de passer le cap de la startup à l’entreprise.

En 5 bullet points, quelle est la check list idéale lorsque l’on souhaite inclure une démarche d’UX lorsque l’on crée une application mobile ou une plateforme internet en Afrique ?
La première étape serait bien sûr de prendre un café avec notre équipe ! Il vous faudra ensuite :
1) Définir précisément les objectifs business de votre application
2) Analyser des besoins et désirs de vos utilisateurs par des études de terrain, des focus groups, des interviews et de l’analyse de données.
3) Brainstormer pour développer de nouveaux concepts ou donner de nouvelles orientations basés sur l’écoute de vos clients et répondant aussi à vos objectifs business
4) Concevoir des wireframes et prototypes (sans code) afin de tester rapidement vos hypothèses au sein de votre équipe ou auprès de vos utilisateurs
5) Recueillir les feedbacks, améliorer votre prototype et finalement construire la version béta de votre application.

Une fois l’application lancée, il faut bien sûr mettre en place des mécanismes simples pour écouter les feedbacks de vos utilisateurs de façon régulière. Pensez aussi à bien impliquer l’ensemble de l’équipe, commerciaux, développeurs, chef de produit, etc, dans la démarche UX.

Pour aller plus loin
Blog : yuxdakar.com
Facebook : FB.com/yuxdakar
Twitter : @yuxdakar
Email : hello@yuxdakar.com

Présentation sur le design d’expérience utilisateur en Afrique réalisée lors de la WIAD de Lyon en Février 2017. Focus sur une étude qualitative portant sur les usages numériques des marchands ambulants au Sénégal.

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En août dernier, nous avons eu la chance d’accueillir à YUX DakarSelam Mebrahtu, une jeune étudiante en Master Design Innovation et Société à l’Université de Nîmes en France. Ce Master a pour objectif principal d’enseigner aux étudiants la méthodologie du design thinking appliquée à des projets d’innovations sociales, dans le respect des aspirations et des besoins de toutes les parties prenantes. Pendant un mois, Selam a donc travaillé en étroite collaboration avec toute l’équipe de YUX Dakar et ses partenaires pour réaliser une étude sur l’économie du partage au Sénégal avec un focus spécifique sur le financement participatif.

Qu’est-ce que l’économie de partage ?

Tout d’abord, définissons  l’économie du partage : c’est un modèle qui  s’inspire de l’économie de la fonctionnalité. Cette dernière qualifie le passage d’une économie de la propriété à une économie de l’usage, où les particuliers s’échangent et partagent les biens, les services, l’argent, le temps et les connaissances entre eux. Ce modèle économique propose différentes manière de consommer qui sont principalement destinés à créer de la solidarité et du lien social. La spécificité commune des services issus de l’économie du partage est de favoriser l’interaction entre particuliers en limitant les intermédiaires. L’expansion de ce type de service est facilitée par les innovations technologiques et notamment le développement des plateformes internet collaboratives, qui mettent les particuliers directement en relation.

Objectifs et méthodologie de l’étude

L’objectif de l’étude était de comprendre les spécificités culturelles et technologiques des Sénégalais afin d’identifier les éléments qui allaient leur permettre d’utiliser ou non des services issus de l’économie du partage. Cette étude sur les usages se voulait exclusivement qualitative (quelques interviews en profondeur), et sera complétée prochainement pour une partie quantitative en cours de réalisation.

L’étude est a été divisée en trois grandes phases : L’immersion et l’enquête  —-  la génération de solutions innovantes ou idéation —–  et enfin la création de plusieurs concepts de services adaptés au Sénégal. Elle aurait pu être suivie d’une phase de prototypage et puis d’une phase de développement de solutions web ou mobiles mais nous avons pris le parti de nous arrêter aux concepts et de les partager avec les startups locales lors d’un événement et avec ce document de synthèse publié en ligne.

La phase d’immersion

Dans la première partie, l’objectif de Selam a été de s’immerger totalement dans la culture Sénégalaise afin de mieux cerner ses spécificités. Cette phase d’immersion nous a permis d’en déduire que le partage est omniprésent au Sénégal – il y’a un mot en Wolof : Mbokk qui signifie « à partager » ou « à avoir en commun ». Ce mot, comme le concept du partage,  est employé très majoritairement dans un cercle fermé, comme par exemple les personnes d’une même ethnie, d’une même caste, d’une même famille, les voisins de quartier, les personnes pratiquant la même religion, les camarades de classe et les collègues de travail. Le Mbokk se manifeste par cette volonté de non seulement tout partager mais également de prendre soin de toutes les personnes qui font partie de ce ‘groupe’.

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Pour compléter la recherche de la phase immersion, il a également fallu collecter le plus d’informations possible avec des sessions d’observations et d’interviews  auprès de différents acteurs issus de secteurs divers et variés. Ces derniers nous ont éclairés sur les différents secteurs où persistent de réels besoins d’innovation en termes de proposition de service, par exemple l’éducation, le transport, la santé, les services à la personne, l’accès à l’internet, etc. Tous les secteurs évoqués par les interviewés auraient mérités d’être développés mais pour débuter nous avons choisi de centraliser notre recherche sur un seul secteur : le financement participatif.

Une fois le secteur choisi et la problématique définie, nous avons réalisé une deuxième enquête avec un échantillon de personnes sélectionnées par rapport à leurs domaines d’activité : artiste, président d’association de quartier, entrepreneur, femme transformatrice, etc. Des entretiens approfondis ont été réalisées avec eux afin de mieux comprendre leurs aspirations, leurs frustrations, leurs besoins de financement, leur capacité à utiliser les outils numériques, etc.

Ces entretiens nous ont permis de concevoir quatre Personas, c’est-à-dire des personnages fictifs synthétisant les informations récoltées. Ces personas sont un excellent outil de travail car ils permettent lors les phases suivantes de toujours garder en tête les personnes pour qui le designer conçoit des produits ou services.image10

 La phase d’idéation

Une phase de génération de solutions innovantes a ensuite été amorcée via un atelier participatif impliquant les cibles précédemment définies et d’autres personnes concernées par la problématique du financement.

Lors de cet atelier les participants se sont servis des personas préalablement conçus afin de proposer des solutions précises et adaptées aux usages et besoins des acteurs directement concernés par la problématique du financement participatif. Cette méthode de recherche, qui est centrée sur les utilisateurs, ouvre le champ des possibles à travers une méthodologie créative donnant des réponses et/ou résultats faciles et rapides à mettre en œuvre.

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La phase de conception

Les pistes de solutions que nous avons obtenues lors de l’atelier nous ont permis d’arriver à la dernière étape de l’étude : la  phase de conception. Celle-ci s’est déroulée sous la forme d’un workshop en interne avec une équipe pluridisciplinaire afin de mutualiser les compétences et connaissances de chacun. De cette phase de travail sont ressortis 6 concepts de financement participatif qui ont été présenté au public lors d’un YUX Meetup afin de recueillir quelques feedbacks de la communauté technologique du pays.

Le contenu de cette première étude de YUX Dakar a été partagé gratuitement en ligne – vous pouvez le retrouver ici : http://www.slideshare.net/yuxdakar

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Un grand merci à toi Selam pour ce superbe travail réalisé en  1 mois seulement. Reviens nous vite à Dakar !

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En mai 2016 nous avons lancé  YUX Dakar, la communauté de passionnés du Design d’expérience utilisateur au Sénégal. Son but est de former des talents en UX Design et d’accompagner les entreprises africaines dans le développement de produits et services numériques innovants adaptés aux populations et à leur diversité. Petit retour sur cette genèse.

Pourquoi un lab de UX Design au Sénégal ?

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Pour ceux qui ne sont pas très doués en géographie, le Sénégal est un pays d’Afrique de l’Ouest, peuplé de près de 15 millions d’habitants, dont la capitale est Dakar. Comme beaucoup de pays d’Afrique sub-saharienne, sont économie est en pleine expansion et sa population est jeune (50% à moins de 17 ans). Par ailleurs, bien qu’il y ait encore une forte marge de progression, le Sénégal est aussi l’un des pays les mieux connecté du continent avec un taux de pénétration des services internet de plus de 58% (source ARTP 2016) et un taux de pénétration mobile de 113%.

Disposant d’un système universitaire attirant les étudiants de toute l’Afrique francophone et d’une économie déjà diversifiée, le Sénégal s’est rapidement positionné comme un « Hub  numérique » en Afrique. Depuis 2012, nous avons donc assisté à une croissance rapide du nombre de startups de logiciel, plateformes web ou agences digitales, portées notamment par les incubateurs ou co-working spaces eux aussi en pleine émulation.

Cependant, pour avoir travaillé pendant plusieurs années aux côtés des PME numériques du pays, notre équipe a pu constater à quel point le manque de connaissance sur les sujets du design d’interface et d’expérience utilisateur à extrêmement limité la croissance des entreprises locales. Ces dernières ce sont faites rapidement concurrencer par des plateformes étrangères – loin d’être idéales – mais respectant juste certains standards en termes d’ergonomie. Par ailleurs, combien d’app mobiles ont été développées à la va vite et propulsées sur les stores (surtout Android – moins contraignant) sans la moindre réflexion autour des attentes des futurs utilisateurs.

Enfin, il est également fréquent de voir des entreprises étrangères et organisations internationales développer depuis leurs sièges des applications web ou mobiles qui in-fine ne seront jamais adoptées par les utilisateurs finaux, parfois illettrés en français ou situés dans des zones rurales mal connectées.

Il était donc temps de faire quelque chose et s’est donc naturellement que des personnes aux profils variées venant du monde des technologies, du design web ou du design produit, se sont réunies pour former YUX Dakar – avec une vison simple :

« Favoriser la conception d’innovations adaptées aux populations Africaines ».

Cette vision se réalisera par trois types d’actions : former, étudier et accompagner.

Formation : former les graphistes, développeurs et entrepreneurs sur les méthodologies et outils UX-UI design

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La première activité de YUX Dakar, avant même sa création, a été de réaliser des ateliers de formation sur le UX et UI design destinés aux graphistes, développeurs et entrepreneurs. Accessibles gratuitement ou à un prix modique (2000 fcfa) ces workshops d’initiation ont réunis de 8 à 30 personnes autours de sujet tels que : « les outils du UX-UI Designer », « les 20 tests de l’expérience utilisateur » ou encore « les personas et techniques d’entretiens ».

YUX Dakar établit en ce moment un curriculum de formation complet qui permettra aux participants débutants ou confirmés de participer à une suite de formations adaptées à leur niveau.

Etudes et recherche : produire des études publiques faisant avancer l’état de l’art sur les usages et services en Afrique

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L’autre mission cruciale que se donne YUX Dakar est de contribuer à l’état de l’art en ce qui concerne le domaine de l’expérience utilisateur et des interactions homme-machine en Afrique. En effet, tous ceux qui ont travaillé en occident et  en Afrique ressentent que les technologies sont assimilées et utilisées différemment dans les deux régions – mais très peu d’ouvrages ou même d’articles de blogs parlent de ce phénomène précisément. C’est pourquoi YUX Dakar se penchera bientôt sur des études et articles publics destinés à être partagés avec le plus grand nombre.

Consulting : permettre aux entreprises et organisations de concevoir des produits numériques parfaitement adaptés aux publics africains

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Enfin, il nous a paru primordial de pouvoir accompagner les entreprises de toutes tailles ainsi que les ONG dans la conception de produits technologiques adaptées aux populations du continent. Ce pourra être des entreprises internationales conscientes de l’importance d’adapter leurs solutions aux populations qu’elles visent ; mais ce sera également des PME locales souhaitant développer des innovations africaines alignées sur des standards de qualité internationaux.

YUX Dakar est donc bien lancé et nous comptons vraiment sur vous vos feedbacks et conseils  – YUX Dakar est fait pour vous !

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Note écrite par Romain Masson, expert en médias et industries créative en Afrique et attaché audiovisuel de l’Ambassade de France à Dakar.

Dakar se positionne comme l’un des centres technologiques actifs en Afrique de l’Ouest. Avec une croissance de plus de 250% entre décembre 2013 et décembre 2015, le secteur de l’Internet mobile, constitue au Sénégal le principal potentiel de développement du secteur des Tic. Avec un taux de croissance économique de 6,5% en 2015 et estimé, pas les autorités sénégalaises, à 7,6% pour 2016 le Sénégal commence à voir émerger le début d’une classe moyenne connectée et consommatrice de contenus, et offre des opportunités à saisir à moyen terme.

Le numérique : un marché en pleine croissance

Quand il s’agit du numérique et de son écosystème, un pays se détache tout particulièrement des autres en Afrique de l’Ouest : le Sénégal. Les Technologies de l’information et de la Communication (TIC), qui comprennent les télécommunications, segment le plus dynamique et le plus productif de la vie économique sénégalaise, représentent 10% du PIB national et plus de 300 PME/TPE.

Cependant, même si Internet reste le point de ralliement vers lequel tous les acteurs convergent aujourd’hui, c’est encore la téléphonie mobile qui enregistre la plus forte croissance au monde, en terme de clients mobiles.

2010, c’est l’année du lancement de la 3G au Sénégal. Cinq ans plus tard, le parc d’abonnés est passé de 16% à 94%. Aujourd’hui, 7 millions de Sénégalais ont accès à Internet, soit la moitié de la population totale du pays.  En pratique aujourd’hui, un habitant sur deux s’est connecté sur Internet au moins une fois dans les six derniers mois. Mais le fait le plus marquant : 92% des connexions à Internet se font via le téléphone et le taux de pénétration de la mobile dans son ensemble atteint 110%.

Deux sites battent tous les records : Youtube, le premier visité, suivi de Facebook avec 2 millions d’utilisateurs/jour, soit 14% de la population. Enfin, les applications de messageries Instantanées, en particulier Viber et What’s app, connaissent un très fort succès. C’est dans ce contexte qu’on assiste aussi depuis 2012 à la multiplication des initiatives favorisant l’innovation et la création d’entreprise dans le secteur des TIC au Sénégal (concours, Hackatons, StartupWeekends, programmes accélérateurs thématiques, etc.). Le Sénégal, c’est aussi un grand projet numérique, qui s’inscrit dans le plan d’aménagement du pôle urbain de Diamniadio, situé à 35 kilomètres de Dakar, ville nouvelle proche du futur aéroport en cours de construction à trente minutes de Dakar. Il comprend la création d’un parc technologique et numérique dans le cadre du programme Parc des technologies numériques (PTN), une composante du Plan Sénégal émergent (PSE). Erigé sur une superficie de 25 hectares, ce hub numérique a pour ambition de doter le pays d’infrastructures télécoms et de centres d’hébergement de données et de formation technologique, pour faire du Sénégal « une destination privilégiée de l’innovation et de la recherche dans le domaine des TIC ». Pour la réalisation de ce programme l’État sénégalais a annoncé un investissement de 15,3 Millions d’Euros, complétés par 76,6 Millions d’Euros de la Banque africaine de développement (BAD).

Le parc technologique et numérique de Diamnadio pourra s’appuyer sur l’implantation de la «Cité du savoir», un espace de 12 hectares qui comprendra des systèmes d’information (centre de mutualisation et de partage, centre de « cloud computing », centre d’archivage physique et numérique, centre de ressources informatiques), un espace de services techniques (centre de surveillance et de contrôle à distance), un espace gouvernance et évaluation (MESR, agence nationale de l’assurance qualité dans l’enseignement supérieur), et un espace recherche et culture scientifique et technique (plateforme de mutualisation des technologies de pointe, incubateur, fablab, planétarium, médiathèque).

Parmi les onze décisions présidentielles concernant l’enseignement supérieur et la recherche, prises par Macky Sall en 2013, figure la mise en place des TIC «  au cœur du développement de l’enseignement supérieur et de la recherche, pour améliorer l’accès à l’enseignement supérieur et l’efficacité du système. »

En tête du peloton, une université virtuelle (UVS), créée en 2014, qui compte aujourd’hui 10 500 étudiants, tous dotés gracieusement d’un ordinateur personnel. Le mot d’ordre du projet : « un étudiant, un ordinateur », financé par la Banque mondiale. Des dispositifs d’enseignement à distance se sont développés dans les cinq universités du pays et sont prévus dans les quatre nouvelles en construction, dont certaines, multi-sites, coordonneront leurs activités de gestion et d’enseignement via des plateformes numériques. Dès à présent, les universités comme les « espaces numériques ouverts » de l’UVS ont été interconnectés sur le réseau national à haut débit en fibre optique de 1.500km, auxquels s’ajouteront prochainement 2.500km.

L’industrie de l’enseignement numérique est donc appelée à générer de nouveaux emplois. De nouvelles plateformes d’e-learning locales voient le jour, comme www.ecolesausenegal.com, www.samaskull.com, www.mjangale.com ou www.teachersdunet.com. KTM Advance, entreprise  d’édition de serious games dédiée à des formations comportementales (techniques de vente, relations client, etc.), a ouvert une filiale à Dakar en 2014. Celle-ci vise l’ensemble du marché de l’Afrique de l’Ouest. Des partenariats de coproduction, de mise en ligne et de commercialisation de formations professionnelles ont déjà été conclus avec des entreprises (Total, Orange) et des organismes de formation. L’implantation récente de structures comme MakeSense (plateforme communautaire tournée vers l’entreprenariat social où les TIC jouent un rôle prépondérant), ou très prochainement de Simplon (école solidaire de code informatique), est une autre illustration de l’intérêt suscité aujourd’hui pour ce territoire.

Autant de dispositifs favorisant la formation, l’échange d’expériences, la concrétisation de projets et finalement l’innovation nécessaire au développement de l’économie numérique.


La coopération internationale s’intensifie

Mais pour accélérer ces projets, un allié de taille s’agrège à l’effort commun : la coopération internationale. La coopération américaine avec l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), a lancé en 2014 le programme PACE, dénommé «  Sunu Budget. » A terme, cette initiative verra notamment la mise en place d’une plateforme consacrée à l’accès du public à l’information budgétaire. Autre initiative soutenue par les Etats-Unis, le GIST (Global Innovation Through Science and Technology) Startup Boot Camp, qui donne l’opportunité aux jeunes entrepreneurs de bénéficier de l’expertise de mentors locaux et internationaux, lors de workshops intensifs. La Banque Mondiale est à son tour largement présente par le biais notamment du CTIC Dakar, avec le soutien en 2011 au démarrage de l’incubateur, puis en 2016 avec le lancement d’un programme accélérateur panafricain, coordonné également par ce dernier.

La France est également positionnée sur plusieurs programmes. On retiendra ici le lancement le 4 février dernier du programme Waziup, également appelé « Africa Open Innovation Platform for IoT & Big Data ». Coordonné au Sénégal là encore par le CTIC Dakar, il repose sur une plateforme open source qui propose des solutions technologiques pour les objets connectés, notamment dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage et de la santé. Un programme financé par l’Union européenne, qui regroupe quatre pays africains et cinq pays européens, comprenant des universités et des sociétés françaises.

Parmi les projets développés en 2016 par des acteurs étatiques français au Sénégal, on suivra aussi le lancement du « Programme Afrique Innovation » (PAI) de l’AFD, mis en œuvre par Bond’Innov’, visant à renforcer la structuration des incubateurs CTIC Dakar et CIPMEN à Niamey au Niger, et les jeunes sociétés qui y sont hébergées. Dans le même segment, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) a effectué récemment une mission d’étude et d’évaluation à Dakar, en prévision du lancement du « Programme de promotion de l’emploi par l’entrepreneuriat chez les femmes et les jeunes, en Afrique subsaharienne francophone » (9 pays ciblent sur trois ans).

 

Le secteur privé investit dans le numérique : focus sur l’e-commerce et l’e-paiement

Une étape a été franchie avec la création en 2015 de Teranga Capital, premier fonds de capital-risque sénégalais, cofinancé notamment par le fonds français Investisseurs & Partenaires (I & P) et Orange Venture, à hauteur de 5 millions d’euros, en direction des startups innovantes et des PME. Le fonds couvre plusieurs secteurs, en particulier celui des TIC.

Du côté des entreprises on assiste à l’émergence de sociétés sénégalaises qui se développent sur le marché local, sous régional, voire à l’international. C’est le cas de sociétés  comme People Input, By Filling, Nelam services, Niokobok, 2SI, Chaka Computer, Gaindé 2000 ou encore Neticoa. Il y a également plusieurs plateformes de services numériques B2B, des centres d’appel téléphoniques et des sociétés de services qui développent des applications en sous-traitance.

Avec la reprise des investissements français au Sénégal depuis 2012/2013, les entreprises françaises du secteur des TIC se positionnent aussi sur le marché sénégalais, avec le plus souvent des ambitions régionales ou continentales. A l’image des PME Voxygen, KTM Advance et SNEG, mais aussi du groupe Bolloré avec Universal Music et Canal Plus Overseas sur la TNT. Mais aussi à l’image de Lagardère, avec la production de programmes de flux locaux multi-support, et d’Atos, qui prévoit de faire du Sénégal un hub de services numériques régional. C’est également le cas de l’équipementier télécom Alcatel-Lucent (déjà constructeur et installateur au Sénégal de trois des quatre câbles sous-marins dont dispose le pays) qui va installer un centre de gestion des réseaux et de données numériques au pôle urbain de Diamniadio pour se déployer en Afrique de l’Ouest et du centre. Microcred, enfin, développe des solutions innovantes de transfert d’argent, après avoir installé la plateforme informatique du groupe à Dakar, pour ses clients en Afrique et en Chine.

Dans le secteur des télécommunications, outre la téléphonie et Internet, le e-commerce et l’e-paiement connaissent eux aussi une forte croissance. Le e-commerce et ses plateformes d’achat en ligne s’adaptent au contexte sénégalais, à son pouvoir d’achat limité et à l’absence d’adresse postale. Exemple : le rachat du site Internet www.expart-dakar.com, première plateforme d’annonce en ligne au Sénégal par le groupe média suisse Ringier, constitue une réussite importante dans l’écosystème des TIC dans le pays. On retiendra aussi des services innovants comme la société franco-sénégalaise www.Niokobok.com, plus spécifiquement orientée vers la diaspora et qui connait une forte croissance. Récemment, les groupes Casino et Bolloré se sont associés pour lancer Cdiscount en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Cameroun, mais des rumeurs de fermeture du site au Sénégal circulent. Le 5 avril 2016, Orange a annoncé à son tour un investissement de 75 M€ au capital de la société Africa Internet Group (AIG), l’un des leaders de l’e-commerce du continent Dans un communiqué, Stéphane Richard, le PDG du groupe Orange, se dit convaincu du « développement exponentiel de l’e-commerce en Afrique. » Malgré des investissements financiers importants, on note un déficit d’image considérable du groupe Orange, notamment en matière de RSE. Ceci s’explique par une politique tarifaire jugée trop élevée (à titre d’exemple, l’offre domestique ADSL d’entrée de gamme à 2 Mégas et de médiocre qualité s’élève à 29 000 fcfa mensuels, soit plus de 44 €), et régulièrement accusée de freiner les acteurs de l’innovation.

 

Les pouvoirs publics sénégalais : une stratégie globale encore hésitante

Si une création d’entreprise peut être réalisée en deux jours et dotée d’une bonne connectivité, l’environnement des affaires est jugé par certains observateurs peu propices au développement des entreprises innovantes. En cause : un manque de financement à taux attractif par les banques, un manque d’investissement du secteur privé et un faible nombre de fonds d’amorçage. Plus largement, la complexité du système foncier associée à une fiscalité peu attractive et une facture énergétique élevée, constituent aujourd’hui les principaux freins au développement et aux investissements dans le pays.

De même, beaucoup de projets des pouvoirs publics s’accompagnent d’effets d’annonce très médiatisés, mais finalement d’assez peu de réalisations concrètes. En cause ici : un manque de structuration suffisante du secteur. Des carences qui s‘expliquent par la  difficulté  des autorités à mettre en œuvre une stratégique globale structurée et bien adaptée, accompagnée d’un plan intégré de développement de l’écosystème numérique, à l’exception notable de l’enseignement supérieur.

Conscient des enjeux en termes de développement économique dans un pays qui a longtemps assuré sa base de croissance sur les services et en particulier la téléphonie mobile, le Président Macky Sall a demandé en janvier 2016 au gouvernement de préparer la tenue d’un Conseil présidentiel sur le concept « Sénégal numérique », en rappelant « l’impératif de développer l’économie numérique, avec l’ensemble des acteurs du secteur ». A cette occasion, il a annoncé la création du Conseil national de l’économie numérique (Cnen). L’objectif : réunir secteur public et privé pour définir une stratégie commune. Néanmoins, on peut émettre certaines réserves quant à l’efficacité de cette instance, qui vient en complément de dispositifs déjà existants au sein d’autres institutions sans parvenir jusqu’à présent pour autant à coordonner des actions concertées. Des difficultés qui ne semblent pas entamer la volonté de l’Etat à investir dans ce secteur jugé attractif et porteur d’avenir.


Les structures d’accompagnement 
              

Ainsi, malgré des difficultés, on note un nombre croissant de développeurs et de jeunes entrepreneurs opérant le plus souvent dans le cadre de très petites entreprises (TPE), voire d’entreprises unipersonnelles. Un élan créatif, notamment en matière d’applications utilisables à partir de téléphones mobiles, qui a valu à nombre de jeunes sénégalais d’être régulièrement primés lors de compétitions internationales.

On assiste aussi simultanément à l’essor des PME/TPE et à la multiplication des implantations d’entreprises étrangères, fréquemment confrontées à des difficultés de recrutement. Cette quête de talents et de compétences au niveau local illustre l’attractivité du territoire en même temps qu’une forme de maturité des acteurs de l’économie numérique dans le secteur privé.

Cette dynamique s’accompagne d’une structuration de l’écosystème numérique à Dakar désormais portée par des structures telles que Jokkolabs, espace de travail partagé, et par le CTIC Dakar, incubateur d’entreprises innovantes (75 sociétés incubées depuis 2011). Le CTIC, créé il y a quatre ans avec le soutien de l’Etat du Sénégal et de la Banque Mondiale, s’agrandit et recherche des partenaires internationaux. L’une des pistes de développement du secteur pourrait passer par l’art et la culture numériques, en adéquation avec le positionnement de Dakar, membre du réseau des « Villes créatives » de l’Unesco depuis 2014. Le développement du CTIC est une opportunité de renforcement de la présence des acteurs français dans le secteur des TIC et de l’entrepreneuriat, notamment dans le cadre de l’initiative « French Tech » et du lancement du dispositif « French Tech Hub ».


Quelles opportunités à venir

 

Les cinq dernières années ont été marquées par un fort développement des TIC au Sénégal et malgré l’arrivée à maturité du secteur de la téléphonie mobile les besoins restent considérables, en particulier en lien avec l’Internet mobile, l’économie numérique constituant l’un des secteurs-clé pour la croissance du pays, notamment dans les secteurs suivants : le numérique sur mobile : logiciels, communication online, applications mobiles, e-commerce, jeux vidéo ; l’offre de contenu : web, mobile et multimédias adaptés au contexte et aux langues locales (si le Wolof tend à s’imposer comme langue de communication auprès des plus jeunes, les productions culturelles en langue française demeurent toujours très appréciées du public sénégalais) ; l’investissement : capital risque (early stage), et service offshore avec plan de formation.

Avec une croissance à 5,7% en 2015 et une prévision de croissance de 7,6 % en 2016, un environnement politique stable où émergent une classe moyenne connectée et consommatrice de contenus, une offre attractive dans l’enseignement supérieur et une bonne connectivité Internet, le Sénégal offre des perspectives et des opportunités  dans le secteur transversal des TIC, qu’il conviendrait de pouvoir saisir au Sénégal et, au-delà, en Afrique.

 

Chalkboard-path-to-success

Vous lancez votre boite et vous demandez ce qui vous attend ?

Voici une petite simulation des trois premières années, plutôt inspirée des sociétés de services (SSII, agence digitale, etc.) – malgré quelques similitudes, les étapes et la vie d’une startup avec un produit particulier sont différentes. Le parcours ci-dessous est bien sûr caricatural, il n’y a aucun chemin tracé vers le succès, ni vers l’échec…

Année 1 : Started from the bottom

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  • Seul ou avec des potes de promo, vous trouvez une bonne idée ou bien commencez à développer des sites ou logiciels pour vos camarades et votre Tonton commerçant.
  • Vous commencez donc à bosser, sans formaliser la structure et créez votre identité visuelle : page FB, PowerPoint, nom de la boite. Pour vous, ce dernier est super cool mais tout le monde le trouve bizarre … no stress, pensez à un gars qui faisait des ordinateurs et qui a appelé sa boite « pomme ».
  • Vous apprenez cette phrase « si tu me fais mon site, je ferai ta publicité », arme redoutable du client qui ne veut pas payer un kopeck mais souhaite avoir le même site que Facebook.
  • Vous faites votre premier flyer, vous y mentionnez que vous êtes spécialiste dans plus d’une dizaine d’activités (de la conception graphique à la production de meubles)…
  • Après 9 mois et avoir fait les sites de toute la famille (pour pas grand chose), vous commencez à avoir des « vrais » clients… vous travaillez toutes les nuits, certains clients ne payent pas et quand ils payent vous dépensez tout au Fast Food pour fêter ça.
  • Vous décidez de créer formellement l’entreprise – pas parce que vous êtes patriote et souhaitez payer des impôts mais parce que vous n’êtes pas très crédible sans statut juridique ou avec celui de la boite « Sunu Poulet » de votre papa. Vous et vos potes êtes tous Directeur de quelque chose au sein de votre nouvelle boîte.
  • Les demandes de clients s’enchainent – vous avez maintenant besoin d’embaucher vos premiers employés et de faire une « sorte » d’organigramme – Un pote entrepreneur qui sort de sa troisième faillite vous conseille de ne pas faire de CDI et ne pas payer trop cher dès le départ (il faut utiliser les commissions).
  • Les affaires marchent mais vous savez qu’il y a plein de choses que vous faites mal (suivi commercial, compta, contrats, gestion RH, management des projets, recouvrement) donc vous passez du temps à organiser cela – c’est à ce stade que rejoindre un incubateur comme CTIC Dakar peut être utile (d’ailleurs, vous ne savez pas ce que c’est qu’un incubateur).
  • Votre premier client mécontent vous appelle – cela vous fait très mal au cœur – vous convoquez toute l’équipe et vous essayez de savoir d’où vient le problème : c’est en général une mauvaise communication entre votre équipe encore junior et votre client. Vous mettez donc en place des process pour améliorer votre production et la gestion du client.
  • Vous et vos associés ne vous payez toujours pas… et c’est normal no stress.
  • Vous bouclez la première année avec sans chiffre d’affaires. Votre compta reste donc… épurée.

Année 2 : Still at the bottom

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  • Vous vous séparez de votre premier employé – très dur car cette personne était là depuis le début – 1) elle n’était pas assez payée et est partie chez BigCorporation – 2) elle ne s’est pas adapté aux exigences grandissantes de l’entreprise – 3) elle est partie faire des études à l’étranger – 4) elle a monté sa propre boite et vous fait concurrence.
  • Vous commencez à répondre à beaucoup d’appels d’offres – sans vraiment savoir comment d’ailleurs -aucun ne marche donc vous commencez à être plus « réseaux » et vous comprenez mieux les attentes, budgets et modes de fonctionnement des gros clients et décideurs.
  • Vous gagnez votre premier appel d’offres de plusieurs millions : c’est la fête !! Votre équipe est très fière. Vos concurrents (et peut être le FISC) vous remarquent enfin.
  • Vous changez l’organigramme (dans votre tête) tous les mois et essayez d’embaucher autant que possible – mais vous ne savez pas comment trouver des talents. Vous rappelez donc ces profs qui vous traitaient de cancre afin d’organiser des événements et témoignages dans les écoles !
  • Vous passez la majeure partie de votre temps à encadrer vos équipe, du plus jeune au plus anciens. Vous remarquez que c’est vraiment de base en gestion du temps, organisation, service client dont ils ont besoin. Vous les incitez à prendre des initiatives.
  • Vous devez à ce stade avoir des process et une gestion compta admin solide.
  • Vous commencez à être contacté sur linkedin par des gars « chelous » d’Inde et de Chine qui veulent faire du « Business » avec vous.
  • Vous finissez l’année avec quelques dizaines de millions (FCFA) de chiffre d’affaire mais avec un résultat net plutôt faible que vous ne comprenez pas (vous allez donc sur un MOOC pour améliorer vos notions de compta).
  • Vous vous posez les questions fatales : « combien vais-je devoir payer d’impôt ? » et « dois-je vraiment les payer d’ailleurs ? » Vous décidez donc d’embaucher un responsable financier et vous faite conseiller par un expert.

Année 3 : Get Rich or Die Tryin’

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  • Votre défi principal est de recruter, de faire grandir et de retenir votre équipe, vous mettez donc des choses en place pour le bien être de vos gars (sorties d’équipes, tournois de foot, paniers ramadan, nouvelles chaises, etc.). Vous vous posez la question fatale : « doit-on avoir du café gratuit pour la team ? Après 2 heures de discussion… le comptable tranche : NON.
  • Vous devez gérer les premiers états d’âmes de vos associés ou premiers employés qui ne se retrouvent plus forcément dans la structure (trop de procédures, nouveaux employés plus compétents qu’eux). Vous allez devoir faire des choix difficiles selon votre instinct pour garder les meilleurs.
  • Vous êtes de plus en plus invités à des conférences, forum : c’est très bien pour votre visibilité et le réseautage, mais cela commence à vous prendre du temps : choisissez-les bien.
  • Vous aimeriez développer plus de produits mais ne savez pas comment gérer vos RH et trouver l’équilibre entre servir au mieux les clients et développer des innovations. Une des options est de permettre à vos plus anciens développeurs de travailler sur des sides projects 1 ou 2 jours par semaine – cela les motivera et leur permettra de rester au top technologiquement parlant.
  • Vous commencez à cibler la sous-région – c’est très tentant car vous n’y voyez que peu de compétition mais il vous faut évaluer très finement les coûts et opportunités des pays cibles. Vous devez donc faire des business plan précis pour vous projeter dans ces nouveaux marchés. Fonctionnez surtout par opportunité : appel d’offre, associé ou employé rentrant au pays, personnes de confiance trouvées dans le pays cible, etc.
  • Vous ressentez le besoin de faire passer des certifications à vos employés (project management, technologies, outils marketing, etc.). Bonne idée.
    • vous commencez à être parmi les meilleurs des meilleurs sur votre marché et cherchez donc de plus en plus d’experts internationaux pour vous mettre au top niveau. Vous avez de la chance, le climat sénégalais attire beaucoup !
  • Vous sortez vos premiers produits, certains créent le buzz et vos employés sont fiers, d’autre plaisent aux clients B2B et vous font gagner du temps. Vous réalisez que, dans un marché immature comme le nôtre, un produit B2C demande beaucoup d’investissements en communication. Vous essayez donc de convaincre le comptable d’investir plus en com dans ce produit… la réponse est : NON. Le pire c’est que vous savez qu’il a raison.
  • (Fort de votre succès ?) vous rencontrez l’âme sœur et vous marriez. Un joli bébé suit rapidement. Cela vous force à mieux vous organiser et à vous lever tôt (finies les nuits sur les propals). Vous pensez au monde que vous voulez lui laisser.
  • Vous finissez l’année avec entre 100 et 200 millions de FCFA de CA, avec une marge largement meilleure et surtout plus de récurrence dans vos revenus. Vous hésitez un moment entre payer vos impôts et organiser un super team building sur la côte. Le comptable tranche encore une fois.
  • Néanmoins, fier du travail réalisé vous organisez, sans l’accord du comptable, une grosse soirée pour fêter cette belle année avec tous vos gars, clients, partenaires et même quelques concurrents devenus un peu « has been »!

Profitez-en : vous n’êtes que 10% des entreprises du secteur TIC au Sénégal à passer le cap des 3 ans…

COVER

Pride vs existence. Vison vs survival. Impact vs. Communication

All of us, small incubator and accelerator of the world face these dilemmas every single morning.

Our job  to build real companies, help them train and retain a talented team and generate revenue on a daily basis is so much of a full time job that it is sometimes challenging to focus on a long term strategy and vision. Stuck in this operational framework, we often follow blindly the few important partners that we have signed (or rather that have us signed) and which use us to get in touch and buy legitimacy with the tech ecosystem.

However, we should not forget that we are also entrepreneurs and that we are here to build long lasting organizations – hence here are few reasons why we should not let our “beautiful big partners” dig too much into our beliefs, or dig in them at all:

1) They don’t know much about technology entrepreneurship

Ok, that’s an easy one.  Any angry kid could have said that, but it is, nonetheless, it is true. Almost none of the employees or executives in those corporations, even the so-called “technology experts”, really know what it’s like to build technology SMEs, fund them, support them, manage HR and finance for startups, etc. Whatever program, event or money they want to give you, never forget that they’re mainly in it  for corporate responsibility reasons and not really ecosystems building.

That is not necessarily a problem. The problem is when their hidden objectives are more prominent than your priorities. When it comes to building the ecosystem, never forget that you are the visionaries, the ones to make it happen. More importantly, do not forget that you have a responsibility, to yourselves and to your clients, to remain true to that vision. Take their money, help them achieve what they need, but never at the price of your vision.

2) They tend to see you as “their” incubator

Well at least if you’re successful. But when you fail, they suddenly remember that you have other partners. That really may be a problem since you want to remain independent,  objective and open with all the entrepreneurs.  And you want them to perceive you as such. Indeed, the last thing the latter want is to belong to a large company, they want that large company to be their client. Just take for instance the corporate accelerators with no other partners: no entrepreneurs want to be part of those, because they need more than one partner. They need banks, investors, technology providers, legal advice, etc. Money and communication can never buy a trustful network.

3) They may discourage your team

As most large corporations, they live and grow by putting others down. They seem not to know any other way to build business relationships. It is even more flagrant in African ecosystems where open innovation and co-creation are still obscure concepts. Thus, when you collaborate with them, they may have behaviors and words that can really break your team’s motivation. Every young team is going to make mistakes but what matters is that they work  their ass off to execute perfect events and programs. Getting criticized just because your partners need a reason to diminish your fees or justify an internal argument within their team, may hurt your more passionate team members.

4) Your core vision is to help entrepreneurs succeed, not them

At the end of the day, the main reason you should not bother too much about keeping an unbalanced, non-constructive relationship with a large corporation is that, on the long term, you should not be relying on them to be sustainable. Of course, they are important in the first years, before you’ve found your business model and generated consistent revenues from your companies. But always bear in mind that you are here for one reason:  to build entrepreneurs. Every endeavor you may undertake along the way to survive is good but, if by any chance it had to stop, well it just may be a sign that you should refocus on your own core activities.

Your goal : make them better !

Of course, there is also amazing talented and passionate people in those companies who try to change it from the inside… you should definitely be close to them in order to build fruitful relationship with corporates that could also have a huge leverage on your incubator’s activity

Good luck and have fun.