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A CTIC Dakar, nous sommes interrogés de façon journalière sur notre modèle: Comment sommes-nous financés? Quelle est notre structure de gouvernance ? Pourquoi les compagnies incubées doivent-elles nous payer ? Comment avons-nous commencé ? Etc.

Pour répondre à certaines de ces questions, j’aimerais, dans cet article, discuter des avantages et des inconvénients de diverses formes de gouvernance pour les incubateurs et accélérateurs technologiques en Afrique en utilisant la loupe de CTIC Dakar, qui est une organisation à but non-lucratif née d’un partenariat public privé visant à être financièrement viable en 5 ans (plus que deux ans maintenant, wow!).

Type de service fournis

Tout d’abord, il est très important de distinguer les diverses formes de soutien apportées aux entrepreneurs et de définir ce que l’on entend par “incubateur” ou “accélérateur”. Ce que l’on souhaite faire a une forte influence sur le budget et donc sur le modèle de gouvernance de tech hub. Pour moi, un incubateur ou un accélérateur est une organisation, à but lucratif ou non-lucratif, qui fournit un espace physique et un soutien intense et pratique aux entrepreneurs dans le but d’augmenter leurs performances. Leur première, et parfois seule mission est de créer et de soutenir des entreprises à forte croissance. La qualité du soutien fourni par l’incubateur est très dépendante de la qualité de ses membres d’équipe et donc, ce type d’organisation implique d’importants frais de fonctionnement notamment en ressources humaines. Elles emploient généralement 5 à 10 personnes en plus des mentors et consultants occasionnels et leur bâtiment doit être assez large pour idéalement fournir des bureaux individuels à 7-10 petites entreprises.

D’un autre côté, les fablabs et les coworking space ont pour mission première de créer et d’animer des communautés technologiques. Ainsi, leur structure de cout est composée principalement de community management et d’organisation d’évènements. Les investissements nécessaires au lancement peuvent donc être assez modestes et augmenter par la suite.

Taille de marché et “deal flow”

Ensuite, il faut se demander la chose suivante: Quelle est la taille de son marché en tant qu’incubateur? Je reste convaincu que les pays d’Afrique Sub-Saharienne n’ont pas assez d’entreprises à forte croissance pour permettre de un modèle d’incubateur financé de façon totalement privée, et ce quel que soit le modèle de revenu utilisé (prise de participation, revenue sharing, etc.) sauf peut-être si l’on ne fait que de la location d’espace (sans coût additionnel de ressources humaines.

Par ailleurs, je pense qu’il faut prendre le temps de construire un « pipeline » de startups prometteuses en investissant beaucoup de temps et de ressources à un stage prématuré, notamment au niveau des universités et des écoles. Nous faisons souvent cela à CTIC Dakar, à travers des événements et des ateliers dont le TEKKI48, une accélération de startups en 48h que nous lançons dans plusieurs villes Sénégalaises tous les 4 mois.

Ainsi, nous espérons qu’un projet sur 20 que nous identifions et accompagnons va finalement devenir une startup intéressante et intégrer nos programmes. Nous avons eu deux beaux exemples cette année avec TongTong.sn, une plateforme d’achat groupé et Genius Family, une startup développant des logiciels de gestion et des applications pour des boutiquiers analphabètes. Ces deux entreprises sont parties de rien en 2013, ont acquis un financement à travers l’un de nos partenaires et sont maintenant en pleine croissance et capable de payer environ dix salaires à la fin de chaque mois. Elles ont pu intégrer notre programme d’incubation en septembre 2014.

En résumé, si vous n’avez pas assez de PMEs mûres dans votre pays ou marché ou bien un écosystème structuré d’investisseurs privés (business angels), vous aurez surement besoin de fonds gouvernementaux ou de bailleurs internationaux à un moment ou à un autre – à moins bien sûr d’avoir un gros investisseur privé derrière vous (ce qui est le cas de l’excellent MEST au Ghana, financé par l’entreprise de logiciel Meltwater). Le choix que nous faisons à CTIC Dakar est d’utiliser ces fonds publics pour démarrer la machine, faire grandir le « deal flow » et ensuite générer des revenus via nos entreprises clientes – qui nous payent sur la base de leur croissance de chiffre d’affaire ou de leur marge pour les entreprises de e-commerce.

Gouvernance, prise de décisions et innovation

C’est là clairement le plus grand désavantage des incubateurs public ou soutenus par des partenaires au développement. Si vous aidez des entrepreneurs, vous ne souhaitez pas que le gouvernement dirige toute l’opération. Néanmoins, si vous voulez que ces gens vous donnent de l’argent, il faut accepter de les impliquer d’une manière ou d’une autre. C’est un jeu de pouvoir délicat. La manière dont nous gérons cela, ici au CTIC, est d’inclure les plus importants de ces bailleurs publics dans le comité de gestion en nous assurant que ce dernier reste dirigé par le secteur privé (l’organisation des professionnels des TICs). D’autres partenaires privés sont aussi fortement représentés (tels que l’opérateur téléphonique Orange par exemple). Il est aussi important de noter qu’aucun des bailleurs internationaux avec lesquels nous sommes partenaires (Banque mondiale, GIZ, Union Européenne) n’est incluse dans le comité de gestion. Jusqu’ici, nous avons pu gérer les ambitions de nos partenaires publics et internationaux en les guidant vers la réalisation de notre vision et non pas l’inverse, et nous ferons en sorte que cela perdure.

Accès aux marchés et aux financements

Soyons réalistes: Dans beaucoup de pays d’Afrique, les gouvernements sont relativement puissants en comparaison au secteur privé. Ainsi, le plus grand avantage au fait d’avoir des partenaires publics ou privés en relation étroite avec son hub est l’ouverture de certaines portes. En effet, une fois qu’ils croient en votre mission et comprennent la valeur concrète que vous leur apportez pour la réalisation de leurs objectifs propres, ils peuvent beaucoup vous aider ainsi que vos startups, en les impliquant dans des projets publics et/ou en leur fournissant un financement de démarrage. Par exemple, l’an dernier, nous avons obtenu plus de 40 millions de fcfa de la part de l’Autorité de Régulation des Télécommunication et du Fonds de Développement du Service Universel, qui ont été remis directement à 8 startups. Ce type de financement public peut-être nocif pour le modèle économique d’une startup-comme cela a été largement débattu récemment dans la blogosphère tech kenyane – mais je crois que si l’on combine ce financement avec un soutien de l’incubateur très orienté business, cela fonctionne. Plusieurs de nos entreprises en sont la preuve.

Gestion et rétention d’équipe

Enfin, je pense que le plus grand désavantage de ne pas avoir un modèle purement privé est qu’à un moment, si votre équipe et les business developers sont suffisamment entrepreneuriaux – et c’est ce dont vous avez besoin – ils s’en iront faire leurs propres affaires après 3 à 5 ans. En revanche, si vous avez un modèle privé, c’est soit votre propre bébé soit vous pouvez espérer des parts de capital ou au moins le diriger où vous le souhaitez. Si vous avez donc un modèle public ou public-privé, je vous encourage donc à faire le maximum pour épanouir votre équipe, la faire grandir et lui donner un maximum de responsabilités, afin de les retenir le plus longtemps possible.

En résumé, il est évident qu’aucun modèle universel n’existe pour les incubateurs technologiques. Selon moi, le marché pour les incubateurs financés de façon purement privés et de façon durable n’existe pas encore pour la plupart des pays d’Afrique Sub-Saharienne. Nous devons saisir les opportunités qui résident dans le fait d’impliquer des donneurs publics et internationaux, notamment les partenaires au développement. Cependant, dans le champ de l’entreprenariat technologique en Afrique, tout est histoire de leadership, d’équilibre d’influences et d’équipe.

Le second meeting annuel d’Afrilabs s’est tenu en Mai 2014 à Berlin. Avec le support de la Coopération Allemande (GIZ), plus de 35 représentants de 29 tech hubs, espaces de co-working ou incubateurs, membres du réseau Afrilabs se sont rejoints à Berlin pour travailler sur le futur de cette organisation. Après une semaine passée avec ces personnes fabuleuses venant de tout le continent, je voulais partager quelques points de discussion sur l’avenir de l’entrepreneuriat technologique en Afrique.

1) Nous sommes à l’aube communauté technologique pan-africaine structurée – où des personnes qui se font confiance partagent, apprennent et acquièrent des connaissances qui sont spécifiques au contexte Africain. En étant dans cette salle avec les 30 et quelques membres du réseau Afrilabs, j’ai vraiment eu ce sentiment d’être entouré de leaders extraordinaires qui une fois regroupés avaient entre leurs mains un pouvoir considérable. Imaginez seulement ce que sera l’écosystème du business et des technologies Africaines dans 5 ou 10 ans… Pour une meilleure compréhension du contexte, les premier espaces de co-working sont apparus il y a moins de 5 ans au Kenya et en Uganda. Aujourd’hui, nous comptons plus de 100 tech hubs sur le continent et la liste s’allonge chaque mois. Afrilabs vise à connecter ceux d’entre nous qui sommes les plus « avancés » dans la construction de modèle locaux pour le soutien à l’entrepreneuriat et aux communautés technologiques. Le réseau est passé de 19 centres en 2013 à 29 en Mai 2014. Cela signifie en partie que les personnes membres de ce réseau sont les pionniers de quelque chose qui grandit vite et qui aura un impact considérable pour le développement socio-économique des pays. C’est pourquoi je pense que nous devons entretenir la proximité et cette confiance naissante entre les membres mais également définir ensemble ce que doit être ce réseau, ses valeurs et sa vision afin qu’il nous porte et nous « protège » tous. Sans des valeurs et une vision claire de ce que devraient être l’écosystème et le rôle des centres technologiques du continent, nous pourrions encore une fois être à la merci de l’influence internationale, que ce soient les gouvernements ou les entreprises.

2) L’intérêt international sur la communauté Tech d’Afrique croit rapidement. En témoigne l’engagement très important (financièrement et en termes de représentation) de la GIZ (coopération technique allemande) envers le réseau d’Afrilabs et ses membres. Il est évident que personne ne sait où tout cela nous mènera et il est trop tôt pour emmètre des hypothèses, mais il est assez intéressant de voir que les Allemands pourraient bien avoir décelé ce que sera le futur de la coopération internationale de développement : un support multilatéral pour connecter les structures qui accompagnent ces leaders venant de pays émergents. Des études devraient être menées et des chiffres extraits, mais passer via les tech hubs et ces gens influents et connectés aurait probablement un rapport « d’impact par dollar investit » intéressant. Le mot impact pourrait aussi être remplacé par image, selon votre perception de l’aide internationale au développement. Cependant, les Etats donateurs ont été précédés dans cet hameçonnage des centres technologiques et entrepreneurs Africains par beaucoup, et de plus en plus de fondations privées comme Hivos, Omidyar Network, Rockefeller et des sociétés comme Microsoft, Google et des opérateurs de télécommunication comme Millicom (representé par Tigo) ou Orange.

3) Les modèles d’interaction (d’influence) sont multiples et dépendent de la capacité de l’organisation internationale à traiter avec les petits investissements ou subventions.Le plus courant est le support direct des centres technologiques locaux ou des entrepreneurs dans chaque pays. Cela peut être plus valorisé s’il y a un fort leadership local, qui provoquera des relations gagnant-gagnants plus adaptées. Cependant, il sera plus ardu de convaincre les partenaires car la taille de ces écosystèmes et de leurs entreprises est encore limitée.

La seconde option sera d’aller vers les organisations de « réseaux » comme Afrilabs, afin de pouvoir cibler un grand nombre de pays et de tech hubs sans avoir à augmenter les frais de gestion. Cela nous permettra surement en tant que hub d’avoir un pouvoir d’attractivité et de négociation plus important – et ainsi de s’assurer que les soutiens obtenus rentrent dans nos stratégies à long terme et la vision du réseau.

Une autre option est celle qui a été choisie par le désormais célèbre groupe Rocket Internet ou African Holding Company, qui est actionnaire de nombreuses société en partenariat avec les opérateurs télécom (Tigo) et MTN. L’opérateur supporte des plateformes d‘e-commerce inspirées de modèles occidentaux et recrute des équipes commerciales dirigées par de jeunes managers de haut niveau, généralement issus de la diaspora. La vaste majorité de leurs ressources techniques sont mutualisées et basées au siège de la société en Allemagne ou au Nigéria. De l’autre côté du spectre, Millicom est aussi entrain de lancer un accélérateur de startups à Kigali, au Rwanda. La société possède environ 30% des actions des startups crées en échange d’un fonds d’amorçage de 25.000 dollars (je vous laisse faire les calculs de valuation).

Mais ne soyons pas trop sévères envers ces modèles, en fin de compte, ils attirent l’attention sur la sphère technologique Africaine, ouvrent des marchés et aident à apporter ou développer d’extraordinaires compétences en affaires et en technologies dans le continent. Reconnaissons aussi que, quel que soit leur forme, intérêt ou vision, ces supports sont aussi des pionniers et de grands preneurs de risques qui croient à un brillant futur pour le continent (euh… ne serai-je pas un peu trop naïf ?)

4) L’importance d’un leadership local et panafricain pour forger cet écosystème

Pour le meilleur ou pour le pire, l’influence internationale sur la scène technologique Africaine grandira, et plus rapidement dans les années à venir. Notre challenge en tant que managers d’organismes locaux dans les technologies est de renforcer le leadership panafricain et ainsi, au lieu de seulement les accompagner dans leurs ambitions, amenons ces institutions à nous aider dans la réalisation de notre stratégie et de notre vision. C’est pourquoi, il est PRIMORDIAL, pour chacun de nous, individuellement et de manière collective de travailler sur la consolidation de cette vision et de nos valeurs. Définir ces dernières de manière forte créera surement des opposants et amènera à la création d’autres organisations et de réseaux africains ayant leurs propres perspectives. Mais nous devons quand même le faire, car si nous restons dans une sorte de consensus mou parce que nous avons peur des sacrifices et de heurter, nous finirons, comme beaucoup d’ONG sur le continent –complètement phagocytés par des organismes internationaux. De plus, assurons nous d’éduquer et d’inculquer nos connaissances à nos décideurs locaux et rendons les responsables, autrement, ils pourraient facilement se retrouver du mauvais côté.

Encore une fois, en Afrique, tout est question de leadership.

Article écrit en collaboration avec Maïmouna DIOP, stagiaire à CTIC Dakar et étudiante à l’Institut Supérieur de Management.

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Interview réalisée par Samir Abdelkrim et paru originalement sur le blog startupbrics.com

 Interview cette semaine avec Yann Lebeux, mentor et innovation catalyst au CTIC Dakar. Créé en 2011, le CTIC Dakar est l’un des incubateurs les plus importants et performants d’Afrique de l’Ouest : plusieurs dizaines d’entreprises accompagnées (PME et startups TIC) dont plusieurs sont devenus des pépites régionales, près de 1000 jeunes porteurs de projets sénégalais coachés, une soixante d’évènements organisées, etc. Deux formes d’accompagnement à CTIC : tout d’abord un programme d’incubation pouvant aller à 3 ans pour les jeunes startups nouvellement crées. Ensuite un programme de coaching sur 3 mois destinées aux porteurs de projets encore au stade « idées » : challenger le modèle économique, former les équipes, fabrication et optimisation du business plan, etc. En croissance de chiffres d’affaires cumulés pour ses entreprises incubés, le CTIC Dakar au participé à générer près de 2 milliards de Francs CFA de revenus sur 3 ans, soit une croissance de + 249% entre 2011 et 2013. Un engouement qui ne se dément pas : depuis 2011, un peu moins de 700 prospects et candidats ont été identifiés par le CTIC Dakar.

Hello Yann ! Peux-tu nous présenter le CTIC Dakar ?

Le CTIC a été créé en 2011 à la suite d’une forte impulsion du secteur privé qui souhaitait accélérer le développement des TIC au Sénégal. Différents partenaires publics-privés ont rejoint la boucle notamment la Banque Mondiale ou encore Orange RSE. Nous sommes d’ailleurs l’un des premiers incubateurs francophones soutenu par la Banque Mondiale.

La vision du CTIC est de faire émerger du Sénégal des entreprises TIC au rayonnement international. Pour maintenir notre vision entrepreneuriale et être indépendant des bailleurs, nous bâtissons un modèle économique viable en prenant un pourcentage de la croissance du chiffre d’affaires des entreprises que l’on accompagne. En gros, on regarde la différence de chiffre d’affaires entre l’année 1 et l’année 2. S’il n’y a pas de croissance, la startup ne nous paie pas, s’il y a de la croissance, le CTIC perçoit un pourcentage de la croissance (du delta). Nous partageons vraiment le succès mais aussi l’échec avec nos jeunes pousses. En termes d’incubation en Afrique, ce modèle est vraiment original, car nous ne faisons pas de prises de participation dans le capital des boîtes mais nous ne sommes pas dans le gratuit non plus !

Ce modèle est mieux adapté aux entrepreneurs africains souvent réticents à l’idée d’ouvrir leur capital. Nos résultats après presque 3 ans sont assez intéressants: pour les entreprises incubées au CTIC, la croissance du chiffre d’affaires a été de +85% en 2012 et 37% en 2013. Ce qui prouve qu’avec un minimum d’accompagnement et de structuration, ces entreprises survivent et ont une forte croissance. Nous avons également pu soulever plus de 100 millions de FCFA (150 000 euros) pour nos startups en 2013, majoritairement auprès d’investisseurs privés ou publics locaux.

En 2 ans nous avons accompagné 16 entreprises incubées qui génèrent déjà du chiffres d’affaires et qui pour certaines sont déjà internationalisés dans des pays de la région. En plus du programme d’incubation nous avons développé et mis en place un modèle d’accélérateur, BuntuTEKI (la porte su succès en wolof), dont le but est de prendre des startups au stade produit (pas forcément légalement constituée) et on se donne 6 mois pour donner vie à la startup et lui permettre de devenir une structure viable. Après les 6 mois, les startups les plus solides peuvent entrer dans le programme d’incubation. Nous avons accompagné 34 de startups en accélération à ce jour, principalement dans l’internet, les applications mobiles ou le logiciel.

Quand on parle d’innovation ou de startups en Afrique, on cite souvent le Kenya ou l’Afrique du Sud. Quid du Sénégal ?

Le Sénégal est un pays intéressant sur plusieurs points. De nombreuses entreprises internationales sont présentes ici à Dakar pour couvrir l’Afrique francophone comme Google ou Microsoft qui ont des bureaux ici. En effet, le Sénégal est un pays test intéressant pour couvrir les marchés de la région car il est assez en avance sur certains points : en termes d’éducation, en termes de classes moyennes, de connectivité, d’infrastructures, etc.

Donc pour tester des produits avec une stratégie sous-régionale derrière, le Sénégal est idéal pour se positionner.  Notre vision au CTIC est vraiment de positionner le Sénégal comme un Hub numérique pour l’Afrique francophone, et pour faire du offshoring aussi : les boîtes françaises sont de plus en plus intéressés à développer de l’activité ici plutôt que de partir en Chine. Finalement, la qualité de vie, très bonne à Dakar, joue beaucoup dans l’attractivité du Sénégal.

Peux-tu nous donner quelques exemples de Success Stories qui sont passées par le CTIC Dakar ?

Bien sûr ! Je peux citer par exemple :

People Input, qui est maintenant l’une des agences digitales leader en Afrique de l’ouest (ils ont notamment réalisé l’application d’Expresso Sénégal, un App store pour le compte d’Orange Cote d’Ivoire ou encore l’Application mobile de Jeune Afrique). Ils ont maintenant une trentaine d’employés et sont installés dans 4 pays dont le Sénégal.

Seysoo, dans le développement logiciel, a une quinzaine d’employés dont la moitié au Gabon sur un gros projet de l’état Gabonais. Ils ont aussi développé une solution pour les cabinets de radiologues, dentistes et médecins.

Niokobok.com, le site de e-commerce qui permet à la Diaspora d’acheter des produits de grande consommation a leurs proches restés au pays. L’entreprise a déjà une base de clients solides et commence à générer un chiffre d’affaire assez intéressant. Ils sont maintenant dans une phase d’expansion pour pouvoir grandir leur modèle sur d’autres filières et peut être d’autres pays.

Xtreme Sénégal, une startup fondée par des ingénieurs ayant vécu 15 ans aux USA et qui développe des solutions logicielles et mobiles pour le secteur à forte croissance de l’hôtellerie en Afrique. Leurs solutions sont déployées dans plusieurs hôtels.

Nelam Services qui est derrière le site numéro un du Sénégal pour la culture et les événements, agendakar.com. Ils ont une équipe de 20 personnes. Ils gèrent également la présence digitale de plusieurs groupes ainsi que NoSmokeRevolution, une campagne digitale de grande envergure financée par une fondation américaine dans le but de faire passer une loi anti tabac au Sénégal – et ça marche !

start-up Afrique

Article paru dans Les Echos Business le 7 avril 2014

 Positionnés dans plusieurs pays, les structures d’accompagnement financées par des grands groupes internationaux jouent un rôle majeur dans l’éclosion des start-up africaines.

Applications mobiles, ingénierie informatique, logiciel libre … dans le secteur du numérique, les start-up africaines poussent comme des champignons. Pour Karim Koundi, directeur associé responsable Afrique francophone au sein du cabinet conseil Deloitte, la prolifération de ces jeunes pousses tient notamment à la création de structures d’accompagnement pilotées par de grands groupes informatiques ou télécom. « Cela concerne surtout les pays où l’activité Telecom est déjà développée comme le Gabon, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Tunisie ou le Maroc », précise le consultant. Ces incubateurs locaux vont fournir une assistance comptable, juridique, marketing … et donner un coup de pouce financier. Une aubaine dans des pays où les investisseurs se font rares.

Orange, Microsoft : des groupes en soutien

A Dakar, le CTIC d’Orange a vocation à mettre en œuvre un modèle et un écosystème favorables à l’émergence et au développement d’entreprises dans le secteur des TIC. Le groupe français possède une structure similaire à Tunis. Dans cette ville, Microsoft s’est associé avec l’opérateur Tunisiana pour lancer dès 2007 une pépinière de start-up d’où sont déjà sortis 60 projets innovants.

A Accra au Ghana, un pays où le taux de croissance atteindrait 8% en 2013, deux incubateurs spécialisés dans les applications mobiles ont déjà vus le jour. Fondée en 2011, l’association mFriday est spécialisée dans l’accompagnement d’étudiants locaux tandis que Mobile Web Ghana prend en main des ingénieurs et des créateurs de start-up avec des programmes de coaching.

D’autres structures de ce type existent au Nigéria où l’on compte 75 millions d’abonnés mobiles. Ailleurs, sur le continent, il y a d’autres lieux de soutien en cours de création comme la nouvelle pépinière d’entreprises de Niamey (Niger), dédiée aux TIC et aux énergies renouvelables et soutenue par Orange.

Les Métiers de l'Entrepreneuriat TIC – CTIC Dakar – Mars 2014 from Yann LE BEUX

ORGANIGRAMME-copie-1024x768Amorcée depuis les années 90 aux Etats-Unis, la fièvre de l’entrepreneuriat TIC et des startups technologique est maintenant présente aux quatre coins du monde. Récemment, l’Afrique à rejoint le mouvement et de nombreux espaces co-working et quelques incubateurs ont commencé à émerger dans la plupart des pays et surtout au Afrique du Sud, Kenya, Ghana, Nigéria, Sénégal et Côte d’Ivoire. Leur but de ces organisations est de dynamiser les « écosystèmes technologiques » (communautés de développeurs, grandes entreprises, universités, etc) et/ou d’accompagner les porteurs de projet ou entreprises déjà établies dans leur croissance. Ces modèles nouveaux d’accompagnement entrainent la création de nouveaux postes, en général très centrés sur le relationnel et la connaissance des phases de développement d’une entreprise technologique. La double compétence TIC et Business est en vraiment recommandée. Voici une liste non-exhaustive de ces nouveaux métiers. Gardez à l’esprit que ces organisations se comportant la plupart elle-même comme des start-ups, les limites de ces postes sont larges et les personnes restent en général très polyvalente. Le poste de « Catalyst » que l’on trouve dans certaines structures par exemple, est souvent un mélange des trois profil ci-dessous.

 

Community, Digital et Event Manager

Personne en charge de gérer la présence de l‘incubateur et de ses entreprises sur les réseaux sociaux – les plus pertinents en Afrique étant Twitter, G+ et Facebook – et sur le web en général. Cette personne anime la communauté « online » mais il est très important qu’elle le fasse également « offline », en allant à la rencontre des gens et communautés de développeurs, des entrepreneurs et des décideurs du secteur TIC. Cette personne par ailleurs doit en organiser des événements (compétition de startups, panel de discussion sur l’entrepreneuriat, témoignages d’entrepreneurs, etc).

Qualités requises : grand sens du relationnel, connecté 24h/24h sur les réseaux, compétence de développeur est un plus, très bonne organisation et capacité de gestion du stress importante pour les événements.

 

Business Developer

Profil plus présent dans les incubateurs et que dans les co-working spaces. Personne en général senior ou junior plus et ayant un très bon carnet d’adresse. Cette personne est en charge de trouver des nouveaux marchés aux entreprises accompagnées par l’incubateur. Elle prend et accompagne les entreprises pour leur rendez-vous avec des prospects et aide à la négociation des contrats. Son rôle est ensuite de former les équipes commerciales des entreprises pour qu’elles puissent le faire d’elle-même. Ce poste est vraiment clés pour la croissance d’une entreprise car en général les fondateurs ont un profil technique et structurent assez mal leur déploiement commercial. Cette personne peut selon les organisations s’occuper aussi du business development de l’incubateur et lui trouver de nouveaux clients (entreprises à accompagnées), organiser des formations ou certification payantes ou négocier des prestations de conseil auprès de nouveaux incubateurs, qui seront réalisées par plusieurs personnes de l’équipe.

Qualités : carnet d’adresse, business focus, connaissance général des technologies, talent négociation

 

Hub manager et directeur d’incubateur

Ce poste varie grandement en fonction de l’organisation mais en général cette personne gère l’équipe et le développement de la structure, la recherche de financement et supervise ou gère la comptabilité. Elle aide à la visibilité locale et internationale de l’organisation et tisse des partenariats avec d’autres incubateurs, des réseaux, des universités, des bailleurs, des multinationales dans plusieurs pays. Elle peut également faire du Business Developement pour les entreprises et les conseille sur leurs modèles économiques, levées de fonds ou appel d’offre. Elle gère ou supervise également la création de nouveaux programmes d’accompagnement et d’événements. Cette personne travail enfin à la conceptualisation de l’offre de service de l’incubateur et réfléchis sur son modèle économique.

Qualités : très bon manager, carnet d’adresse, connaissance de l’entrepreneuriat TIC et du métier d’incubation, esprit entrepreneurial, talent négociation, capacité relationnelles et de présentation en public.

 Merci à Céline Thiam, Directrice RH chez Africsearch, pour m’avoir pousser à écrire ces quelques lignes…

Notes rédigées en partenariat avec Omar CISSE, directeur du CTIC, à l’occasion de la consultation sur l’élaboration de la Stratégie Nationale du Numérique du Sénégal en 2013.

Depuis plus d’une vingtaine d’années, les spécialistes étaient d’avis que le Sénégal regorge d’un potentiel important dans le domaine des Technologies de l’information et de la Communication.

  • Un environnement politique stable
  • Une bonne connectivité Internet
  • Un taux de pénétration du mobile de plus de 80%
  • Plus de 350 entreprises TIC
  • Une contribution de 7 à 9% des TIC au niveau du Produit Intérieur Brut

Cependant, force est de constater qu’aujourd’hui, ce potentiel n’est toujours pas assez exploité et que les TIC au Sénégal n’ont pas connu le développement attendu. Le développement des TIC au Sénégal ne saurait se faire sans des entreprises fortes capables de porter cette économie.

Constat

Cependant, il faut noter que :

• La contribution au PIB est essentiellement portée par les opérateurs de télécommunication et que la part des autres entreprises TIC est très faible ;
• La plupart des entreprises ne dépasse pas les 3 années d’existence ;
• Rares sont les entreprises qui font de la recherche développement du fait qu’elles sont souvent dans un état de survie et que le court terme est leur priorité
• Il n’existe pas de fonds d’amorçage pour des entreprises qui démarrent

L’environnement n’est pas toujours aussi propice au développement des entreprises :
• Le Sénégal ne dispose pas d’une vision clairement définie dans le secteur des TIC. Ceci ne favorise pas l’émergence d’une véritable industrie des TIC
• Le financement par les banques est difficilement accessible par les entreprises TIC du fait qu’elles ne disposent pas souvent de biens matériels pouvant servir de garantie. L’entreprise repose plus sur les ressources humaines et des immobilisations incorporelles. Il n’existe pas aussi de fonds de garantie dédié à ce secteur comme on en trouve pour d’autres ;
• L’investissement privé n’est pas assez structuré dans le secteur des TIC. C’est ainsi qu’il n’existe pas d’outils d’investissement qui pourraient accompagner les porteurs de projets à différents stades de développement (business angels, Venture capitalists, etc.)
• Il existe une faible connexion entre l’Université et l’entreprise. Ceci fait que l’innovation au sein des universités n’est pas vraiment exploitée par l’entreprise et que les véritables problématiques de ces entreprises ne sont pas toujours adressées par les universités. L’entreprenariat pourrait aussi être mieux développé à l’Université dans des domaines qui gagneraient à être mieux adressés par les TIC (agriculture, pêche, élevage, industries culturelles, etc.) ;
• Il existe très peu de structures d’accompagnement pouvant encadrer les entreprises TIC dans leur développement. Le secteur gagnerait à disposer d’un cybervillage, de plus d’incubateurs, de Co-working space, d’organisations qui accompagnent les entrepreneurs, etc. ;
 

Propositions

Les réponses à ces questions sont connues et ont fonctionné dans d’autres pays. Par exemple :
– fonds de soutien à la R&D et l’innovation (type OSEO en France ou SBIR aux US)
– fonds d’amorçage pour les PME TIC
– fonds de co-investissement lié à un club de Business Angel pour amorcer l’industrie du capital risque
– incubateurs et accélérateurs viables économiquement mais soutenus en partie par le gouvernement (son implication du gvt dans ces initiatives est indispensable pour amorcer le modèle)
– co-working spaces et espaces de création pour les développeurs et designers
– programmes de recherches financés par les industriels dans les écoles et universités
– programmes d’entrepreneuriat dans les écoles et universités

– établissement de partenariat avec centres de recherche ou entreprises étrangère, pour amener des technologies de pointe sur le marché Africain

– initiative nationale de promotion de l’entrepreneuriat tech (cf. (cf. Startup America, Startup Britain, Startup Chile, etc)

Note : contribution à un article du journal “L’Enquête” publié le 28 août 2013 suite à une visite de leur équipe au CTIC Dakar

Encore au stade embryonnaire au milieu des années 2000, le secteur de l’entrepreneuriat TIC (technologies de l’information et de la communication) est actuellement en pleine effervescence et expansion au Sénégal. Et devrait véritablement exploser en termes de génération de revenus d’ici 5 ans. Florilège d’exemples de réussites.

Les acteurs du secteur ne s’y trompent pas. D’ici quelques années, le secteur de entrepreneuriat TIC (création d’applications) va connaître un véritable boom avec une multiplication non seulement de sociétés mais aussi des revenus générés par le secteur dans son ensemble.

Aujourd’hui, néanmoins, c’est encore une autre histoire, même si de l’avis de quelques-uns, on commence à apercevoir le bout de tunnel.

A la vérité, entrepreneuriat TIC (technologies de l’information et de la communication) est parti de rien au Sénégal. ’’Les startups ont pour l’essentiel été mises en place et développées par des jeunes cadres désirant sortir de l’entreprise telle qu’on la comprend sous sa forme classique et voler de leur propres ailes. Ce qui veut dire que ce sont avant tout des initiatives individuelles. L’essentiel de ces entrepreneurs, j’irais jusqu’à dire les 2/3, ont entre 19 et 30 ans. Ils peuvent venir de tous les secteurs, certains d’entre eux ne savent d’ailleurs même pas coder’’, explique Basile Niane, journaliste et bloggeur spécialisé TIC.

Comment alors expliquer, vu la pluralité des profils, que le secteur marche si bien ? La question est d’autant plus importante que, s’il est vrai que des filières informatiques existent bel et bien, il n’y en a aucun qui se spécialise dans la mise en place de startups. Cela s’expliquerait, entre autres, par l’ouverture du milieu qui est par essence interconnecté. ’’Les startupeurs sont tous des férus de TIC, même s’il viennent d’autres secteurs. Interconnectés, ils se rencontrent régulièrement sur les réseaux sociaux ou utilisent d’autres moyens similaires pour entrer en contact et travailler ensemble, partager leur expériences, trouver ou développer de nouvelles compétences. L’Afrique brûle aujourd’hui les étapes et fait un travail extra en matière de TIC, c’est définitivement une filière qui a de l’avenir’’, ajoute le chroniqueur de l’émission Kenkeliba.

Si des Africains (dont des Sénégalais), font un travail aussi extra, c’est également parce qu’ils disposent de structures chargées de les accompagner : les incubateurs et co-working spaces. On en compte actuellement deux à Dakar : Jokkolabs (cowroking space) et le Centre incubateur des Tic (CTIC Dakar).

’’Nous avons ouvert en 2011. À l’époque, une forte motivation du secteur privé et de partenaires comme l’Optic ou la Banque mondiale avait conduit à la mise en place de la fondation des incubateurs du Sénégal. Notre mission se divise, aujourd’hui, en deux programmes phares. Il y a l’+incubation+, permettant aux entrepreneurs TIC d’apprendre à structurer leur entreprise et générer des revenus, notamment en termes de business développement, et l’+accélération+, qui est dédiée aux porteurs de projets prototypes et se traduit essentiellement par un accompagnement de ces derniers jusqu’à l’implémentation de leur idée’’, fait savoir Yann Le Beux, Catalyst du CTIC.

L’accompagnateur TIC en question, basé en centre-ville de Dakar, a déjà ’’incubé’’ une quinzaine de startups aujourd’hui économiquement viables et mêmes génératrices de croissance, à l’exemple des sociétés People Imput, Sama Event, Mlouma (une application destinée aux agriculteurs), Agendakar ou encore Xtreme (application d’hôtellerie). Concernant l’accélération’’, le CTIC accompagnerait une vingtaine de projet par an en plus d’organiser des événements ponctuels comme le ’’Tekki 48’’ ou le ’’StartupWeekend’’, rencontres annuelles permettant à des équipes de développeurs, graphistes et/ou marketeurs de monter leurs propres entreprises.

’’Marché complètement vierge’’

’’Avec un minimum de structuration, je pense qu’il ne sera pas difficile de conquérir le secteur TIC sénégalais, surtout qu’il s’agit d’un marché complètement vierge. Notre expérience nous a permis de déterminer qu’une startup moyenne peut atteindre les 85% de croissance par an, les 4 secteurs d’activité les plus populaires étant le développement logiciel, la création de contenus web, les applications mobiles et le Community management (gestion de pages sur les réseaux sociaux pour le compte d’un tiers), soutient le Catalyst de l’Incubateur TIC de la rue Béranger Féraud.

Défaut de compétitivité, manque de soutien public

Ce dynamisme et cette ouverture du marché n’occultent cependant pas le fait que tout n’est pas rose pour le startup au Sénégal. On déplore un manque de compétitivité de ces startups en tant qu’entreprises, qui s’expliquerait par le fait que leurs créateurs, issus pour la plupart de filière scientifiques, ont souvent du mal à gérer les aspects business (administration, marketing, comptabilité).

Il y a aussi à leur égard une apathie apparente de la part des gouvernants. ’’En ce qui concerne l’État, ça bloque un peu car nombre de startups ont des problèmes avec les procédures administratives, même si des structures comme l’Apix (Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux de l’État) facilitent les choses. En ce qui concerne les décideurs, néanmoins, il ne se passent pas grand chose : les annonces et les promesses faites ne sont généralement que du discours politicien’’, déplore Basile Niane. ’’Il nous manque avant tout une véritable stratégie nationale concernant le secteur TIC. Il faudrait en faire une qui dérive de celle du secteur privé, à mon avis. Il faut motiver les jeunes entrepreneurs afin qu’il aient plus d’avantages donc moins peur de se lancer’’, renchérit Yann Le Beux.

Et qu’en est-il des ’’startupeurs’’ eux-mêmes ? S’ils admettent que l’aventure n’a pas toujours été facile, aucun ne regrette vraiment de s’être lancé dans entrepreneuriat Tic.

’’J’ai commencé en 2009 avec le lancement du portail local d’événementiel. Autant dire qu’on est parti de zéro moyen, de surcroît dans un environnement peu propice. Monter une startup était alors quelque chose d’extrêmement compliquée parce qu’on avait presque de la peine à convaincre nos partenaires que ce qu’on faisait, essentiellement du service, était un vrai travail. Il était par exemple impossible d’obtenir un prêt bancaire alors qu’aujourd’hui ce sont de gros clients comme Tigo ou le British Council qui nous confient leur com’’, confie Alassane Deme le manager général de la startup NelamServices.

Ceux qui acceptent néanmoins de mettre les mains dans le cambouis expliquent leur choix par une logique de positionnement. ’’Je travaille dans le développement d’applications, notamment pour mobile. Et si je me suis installé à Dakar, c’est pour deux raisons : la première est que je voulais démontrer qu’il était possible de développer des programmes 100% made in Sénégal ; la deuxièmeest que je crois qu’il est possible de développer le marché potentiel de ma startup dans ce pays, plutôt que d’opter pour être juste en offshore. J’emploie 15 personnes, dont une équipe technique basée et formée à Dakar,et dont 4 membres disposent d’un CDI (contrat à durée déterminé), fait savoir Moustapha Ndoye, expatrié revenu vivre au Sénégal et fondateur de Xtreme.

Se battre donc, et être toujours plus performant : tel est le combat des startupeurs sénégalais, dont la majorité reste optimiste quant à l’avenir malgré les obstacles. ’’Le terme startup n’est pas encore forcément bien perçu mais nous travaillons à cela. Je crois en ce secteur et aux opportunités qu’il offre surtout en terme de BtoB (Business to Business). Il y a énormément de solutions à trouver, particulièrement en terme d’applications mobiles, ou de logiciels spécialisés. C’est à nous, startupeurs, de créer de la valeur ajoutée à nos logiciels’’, indique Moustapha Ndoye, lucide.

(Source : Enquête, 28 août 2013)

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Note : interview rédigée avec Omar Cissé et accordée au magazine Sénégalais Réussir

1.     Comment accompagnez-vous les porteurs de projets TIC ?

Comme vous le savez peut être, la réussite et la viabilité financière de l’incubateur, qui est une association, est majoritairement basée sur la croissance du revenu des entreprises que nous accompagnons ; l’accompagnement que nous fournissons est donc au cœur de nos préoccupations. L’incubateur dispose de deux programmes d’accompagnement en fonction des stades de développement des entreprises : 1) le programme d’incubation, pour lequel un jury d’entrepreneurs sélectionne des entreprises générant déjà un minimum de revenu et quelques clients. Ce programme peut durer jusqu’à 3 ans. 2) Le programme d’accélération « BuntuTEKI » de 6 mois qui accompagne des porteurs de projets ou entreprises en phase de création mais ayant tout de même développé un premier prototype (site web, application mobile ou logiciel).

Dans le premier, le programme d’incubation, les entreprises peuvent bénéficier de locaux tout équipés mis à leur disposition avec l’internet haut débit et une assistante d’accueil. Ils sont accompagnés dans leur gestion comptable et fiscale par une personne dédiée à plein temps aux incubés. Ils sont également soutenus dans leur « business development » ou prospection commerciale par l’ensemble de l’équipe du CTIC. Par exemple nous organisons des petits déjeuners d’affaires dans lesquels nous regroupons les clients cibles de nos incubés (banques, assurance, directeur de l’administration etc.). Au jour le jour, nous aidons nos entreprises à structurer leur développement commercial et les aidons dans la prospection et la vente de leurs solutions. Une équipe de consultants est également mis à la disposition de nos entreprises pour tous les aspects marketing et finance. Nous aidons également nos entreprises à avoir des stands dans les salons internationaux et finançons quelques billets d’avion. Enfin, lorsqu’elles sont prêtes, nous soutenons nos entreprises dans leurs levées de fonds – nous avons d’ailleurs amorcé un groupe de business angels TIC dans ce sens.

Dans le programme d’accélération, les porteurs de projets sont poussés au test et à l’implémentation de leur solution sur le terrain et à la génération de premiers revenus. Ils bénéficient de locaux partagé et comme pour l’incubation, d’un suivi hebdomadaire et de mises en relation avec des clients ou partenaires potentiels des secteurs privés ou public. Plusieurs ateliers de formation technique ou business sont par ailleurs organisés.

Enfin, nous nous efforçons de mettre nos entreprises en avant dans de nombreux événements et dans les médias, et c’est en partie pour cela que nous avez peut être entendu parler de People Input, Xtreme, Seysoo, Amarante ou encore Nelam Services l’entreprise derrière Agendakar.com.

 

2.     Les contraintes empêchant une éclosion d’une véritable industrie TIC ?

Elles sont multiples et complexes mais quelques solutions simples et pragmatiques peuvent leur être trouvées 1) développer plus d’incubateurs pour accompagner les PME TIC dans leur gestion et développement commercial et ainsi développer un tissus économique dense d’entreprises TIC innovantes et d’envergure international. 2) mettre en place des fonds public de soutien à la recherche scientifique et à l’innovation pour favoriser l’émergence d’entreprises et de solutions TIC innovantes, notamment liées aux autres secteurs de l’économie (tourisme, agriculture, banque, éducation ,etc.) 3) dynamiser l’enseignement supérieur par des programmes d’entrepreneuriat et davantage de liens avec l’industrie, afin de pallier au manque de compétences « applicables » des jeunes diplômés et multiplier le nombre de projets d’entreprises. 4) appliquer la législation sur l’attribution systématique d’une part des marchés public aux PME nationales, sans quoi ces dernières ne pourront jamais grandir et le pays sera toujours « dépendant » technologiquement parlant. Mais soyons positif, certaines de ces mesures sont déjà mises en œuvre et sont en train de placer le Sénégal en tête des pays africain sur les questions d’entrepreneuriat TIC.

 

3.     Bilan des JETIC ?

Très positif globalement pour une première. Ce fut un challenge de taille pour la petite équipe du CTIC (7 personnes) en termes d’organisation et de logistique car c’était la première fois qu’un événement TIC d’une telle ampleur et non associé à une entreprise particulière avait lieu au Sénégal. Mais tout s’est vraiment bien déroulé, l’ensemble des acteurs et décideurs privés et publics liées aux secteurs des TIC et de l’entrepreneuriat étaient présents et se sont engagés à soutenir davantage les initiatives du domaine. Les entreprises accompagnées par le CTIC ont pu partager leurs expériences et mettre en avant leur produits et les partenaires majeurs tels que l’ARTP, la Sonatel, la GIZ ou l’ADIE ont tous été fiers d’être associés à l’événement. Enfin, de nombreux projets innovants ont vu le jour grâce aux compétitions universitaires (Start-Rek) et aux deux jours intenses de coaching pour 10 projets (Tekki48), remporté par la startup de synthèse vocale Voxygen. La prochaine édition des JETIC devrait avoir lieu en 2015.

Interview radio réalisée pour Widoobiz en Janvier 2013

Les incubateurs sont en plein essor en France et à travers le monde.

Lieux développés pour les entrepreneurs en herbe, les incubateurs permettent aux jeunes chefs d’entreprises de disposer d’un espace de travail et de conseils quotidiens de professionnels. Certains incubateurs sont d’ailleurs thématisés et se spécialisent sur un secteur d’activité. C’est le cas notamment de Incubateur CTIC, lancé à Dakar pour les entreprises des TIC.

Julien Noronha retrouve son chroniqueur José Kouadio et reçoit Yann Le Beux pour présenter le premier incubateur d’Afrique dédié aux nouvelles technologies. Les entreprises y sont sélectionnées pour leur capacité à faire croitre également d’autres secteurs de l’économie nationale.

http://www.widoobiz.com/j-entreprends-comme-je-suis/entrepreneurs-du-monde/senegal-les-nouvelles-technologies-ont-leur-incubateur/26917

Bonne écoute.