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Interview réalisée par le journaliste et blogueur Samir Abdelkrim pour le blog de Orange Entrepreneur Club

Samir Abdelkrim – Qu’est-ce que Yux Dakar ? Quelle est votre vision et comment a démarré cette aventure ?

YUX Dakar est une jeune entreprise spécialisée dans le design d’expérience utilisateur ou UX Design. Notre objectif est de concevoir des produits digitaux originaux adaptés aux populations africaines en se basant sur des études de terrain et en appliquant les diverses méthodes du Design Thinking. L’aventure a commencé en mai 2016 quand plusieurs passionnés de UX design et de technologies basés à Dakar se sont retrouvés autour de deux constats : 1) Les startups sénégalaises et africaines en général pèchent terriblement en terme d’expérience utilisateur et de qualité graphique de leurs interfaces 2) Nous ne consommons finalement que très peu de produits digitaux originaux pensés à partir de nos besoins, et les startups sont souvent tentées de répliquer des solutions et modèles occidentaux. A partir de là, l’équipe de YUX s’est formée et nous avons commencé par donner des ateliers de formation à des développeurs, graphistes ou entrepreneurs. Depuis, nous accompagnons également plusieurs entreprises dans la conception de nouveaux produits digitaux.

Expérience utilisateur, ergonomie ou design… De quoi parle-t-on au juste lorsque l’on parle d’UX ?

L’expérience utilisateur (User Experience / UX en anglais) se réfère à l’expérience totale d’une personne ou communauté utilisant un produit, un système ou un service particulier. Il s’agit d’un ensemble de méthodologies concrètes qui vise à rendre un système facile d’utilisation, intuitif, ergonomique et logique. Issue de l’ergonomie et des sciences humaines, l’expérience utilisateur a pour objectif d’accroître la satisfaction liée à l’usage de fonctions en en améliorant, de manière continue, la forme, le fond et l’accessibilité.
L’ergonomie est un terme plus ancien que les gens connaissent mieux et l’ergonome est souvent l’une des personnes qu’on appelle pour créer une bonne expérience utilisateur. Mais le UX Design fait également appel à d’autres spécialistes comme le web / UI designer qui s’occupe principalement de l’aspect visuel et graphique des interfaces, l’architecte de l’information, l’expert en utilisabilité, l’expert en recherche utilisateur, etc.

S’agit-il d’un concept bien connu en Afrique francophone ? La demande est forte localement ?
Non, on a encore du boulot ! C’est un domaine tout nouveau en Afrique francophone et anglophone. A notre connaissance hormis en Afrique du Sud, il n’y a que deux boites spécialisées en UX en Afrique sub-saharienne, à Nairobi et à Lagos. Honnêtement nous pensons que la demande « solvable » (c’est-à-dire des gens prêts à payer le prix !) n’est pas encore là, même s’il y a un fort besoin. C’est d’ailleurs pourquoi nous ne nous concentrons pas sur les services aux entreprises mais investissons plutôt sur nos propres études et produits. Nous avons cependant eu la chance de travailler avec Orange ou l’agence digitale ByFilling qui nous ont tout de suite fait confiance.

L’expérience utilisateur est-elle différente entre Dakar et Paris ?
Oui et non. Certains produits comme Facebook et Google ont créé des normes en termes d’usage que les gens s’approprient rapidement. Cependant, il y a également une multitude de spécificités locales dues au fait que les gens découvrent le web via le mobile et non le PC, à la connectivité, aux besoins et modes de fonctionnement des entreprises, à l’alphabétisation, etc. Mais nous souhaitons étudier tout cela de beaucoup plus près pour savoir à quelles fonctions ou émotions sont associées les couleurs, les gestes, les sonorités, les icônes, etc.

Pour l’instant nous avons mené deux études : l’une sur l’économie de partage au Sénégal, et une autre sur les vendeurs de rue dit « marchands ambulants ». Les résultats de ces études sont partagés en ligne dans le but d’aider les entrepreneurs à réfléchir à des concepts innovants issus d’analyses de terrain.

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Et entre Dakar ou Abidjan, peut-on parler de différences significatives dans l’expérience utilisateur ?
Nous pensons que oui car les usages sont liés à la psychologie qui elle-même est influencée par de nombreux facteurs locaux, dont la culture, la langue, l’environnement, etc. Mais concrètement aujourd’hui il n’y a pas assez de données pour le dire précisément. Ce serait d’ailleurs intéressant pour les écosystèmes des deux pays d’avoir des insights là-dessus de la part d’Orange ou de ses partenaires comme Jumia.

Concrètement, à quel moment intervient la question de l’expérience utilisateur lorsqu’un développeur ou un entrepreneur démarre son projet ?
Elle peut rentrer en jeu dès le début du projet, où elle est particulièrement utile pour découvrir ses utilisateurs et tester rapidement des hypothèses. Il faut ensuite travailler dessus régulièrement et notamment quand la startup grandit et touche de nouveaux types de clients. Même si c’est l’idéal, vous pouvez dans un premier temps vous passer d’un designer à temps plein et faire appel à de la consultance ponctuelle. L’important c’est surtout que votre équipe comprenne la démarche et écoute en permanence ses utilisateurs. C’est généralement en grandissant que les choses se complexifient et qu’une équipe de UX designers permet de passer le cap de la startup à l’entreprise.

En 5 bullet points, quelle est la check list idéale lorsque l’on souhaite inclure une démarche d’UX lorsque l’on crée une application mobile ou une plateforme internet en Afrique ?
La première étape serait bien sûr de prendre un café avec notre équipe ! Il vous faudra ensuite :
1) Définir précisément les objectifs business de votre application
2) Analyser des besoins et désirs de vos utilisateurs par des études de terrain, des focus groups, des interviews et de l’analyse de données.
3) Brainstormer pour développer de nouveaux concepts ou donner de nouvelles orientations basés sur l’écoute de vos clients et répondant aussi à vos objectifs business
4) Concevoir des wireframes et prototypes (sans code) afin de tester rapidement vos hypothèses au sein de votre équipe ou auprès de vos utilisateurs
5) Recueillir les feedbacks, améliorer votre prototype et finalement construire la version béta de votre application.

Une fois l’application lancée, il faut bien sûr mettre en place des mécanismes simples pour écouter les feedbacks de vos utilisateurs de façon régulière. Pensez aussi à bien impliquer l’ensemble de l’équipe, commerciaux, développeurs, chef de produit, etc, dans la démarche UX.

Pour aller plus loin
Blog : yuxdakar.com
Facebook : FB.com/yuxdakar
Twitter : @yuxdakar
Email : hello@yuxdakar.com

Présentation sur le design d’expérience utilisateur en Afrique réalisée lors de la WIAD de Lyon en Février 2017. Focus sur une étude qualitative portant sur les usages numériques des marchands ambulants au Sénégal.

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En août dernier, nous avons eu la chance d’accueillir à YUX DakarSelam Mebrahtu, une jeune étudiante en Master Design Innovation et Société à l’Université de Nîmes en France. Ce Master a pour objectif principal d’enseigner aux étudiants la méthodologie du design thinking appliquée à des projets d’innovations sociales, dans le respect des aspirations et des besoins de toutes les parties prenantes. Pendant un mois, Selam a donc travaillé en étroite collaboration avec toute l’équipe de YUX Dakar et ses partenaires pour réaliser une étude sur l’économie du partage au Sénégal avec un focus spécifique sur le financement participatif.

Qu’est-ce que l’économie de partage ?

Tout d’abord, définissons  l’économie du partage : c’est un modèle qui  s’inspire de l’économie de la fonctionnalité. Cette dernière qualifie le passage d’une économie de la propriété à une économie de l’usage, où les particuliers s’échangent et partagent les biens, les services, l’argent, le temps et les connaissances entre eux. Ce modèle économique propose différentes manière de consommer qui sont principalement destinés à créer de la solidarité et du lien social. La spécificité commune des services issus de l’économie du partage est de favoriser l’interaction entre particuliers en limitant les intermédiaires. L’expansion de ce type de service est facilitée par les innovations technologiques et notamment le développement des plateformes internet collaboratives, qui mettent les particuliers directement en relation.

Objectifs et méthodologie de l’étude

L’objectif de l’étude était de comprendre les spécificités culturelles et technologiques des Sénégalais afin d’identifier les éléments qui allaient leur permettre d’utiliser ou non des services issus de l’économie du partage. Cette étude sur les usages se voulait exclusivement qualitative (quelques interviews en profondeur), et sera complétée prochainement pour une partie quantitative en cours de réalisation.

L’étude est a été divisée en trois grandes phases : L’immersion et l’enquête  —-  la génération de solutions innovantes ou idéation —–  et enfin la création de plusieurs concepts de services adaptés au Sénégal. Elle aurait pu être suivie d’une phase de prototypage et puis d’une phase de développement de solutions web ou mobiles mais nous avons pris le parti de nous arrêter aux concepts et de les partager avec les startups locales lors d’un événement et avec ce document de synthèse publié en ligne.

La phase d’immersion

Dans la première partie, l’objectif de Selam a été de s’immerger totalement dans la culture Sénégalaise afin de mieux cerner ses spécificités. Cette phase d’immersion nous a permis d’en déduire que le partage est omniprésent au Sénégal – il y’a un mot en Wolof : Mbokk qui signifie « à partager » ou « à avoir en commun ». Ce mot, comme le concept du partage,  est employé très majoritairement dans un cercle fermé, comme par exemple les personnes d’une même ethnie, d’une même caste, d’une même famille, les voisins de quartier, les personnes pratiquant la même religion, les camarades de classe et les collègues de travail. Le Mbokk se manifeste par cette volonté de non seulement tout partager mais également de prendre soin de toutes les personnes qui font partie de ce ‘groupe’.

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Pour compléter la recherche de la phase immersion, il a également fallu collecter le plus d’informations possible avec des sessions d’observations et d’interviews  auprès de différents acteurs issus de secteurs divers et variés. Ces derniers nous ont éclairés sur les différents secteurs où persistent de réels besoins d’innovation en termes de proposition de service, par exemple l’éducation, le transport, la santé, les services à la personne, l’accès à l’internet, etc. Tous les secteurs évoqués par les interviewés auraient mérités d’être développés mais pour débuter nous avons choisi de centraliser notre recherche sur un seul secteur : le financement participatif.

Une fois le secteur choisi et la problématique définie, nous avons réalisé une deuxième enquête avec un échantillon de personnes sélectionnées par rapport à leurs domaines d’activité : artiste, président d’association de quartier, entrepreneur, femme transformatrice, etc. Des entretiens approfondis ont été réalisées avec eux afin de mieux comprendre leurs aspirations, leurs frustrations, leurs besoins de financement, leur capacité à utiliser les outils numériques, etc.

Ces entretiens nous ont permis de concevoir quatre Personas, c’est-à-dire des personnages fictifs synthétisant les informations récoltées. Ces personas sont un excellent outil de travail car ils permettent lors les phases suivantes de toujours garder en tête les personnes pour qui le designer conçoit des produits ou services.image10

 La phase d’idéation

Une phase de génération de solutions innovantes a ensuite été amorcée via un atelier participatif impliquant les cibles précédemment définies et d’autres personnes concernées par la problématique du financement.

Lors de cet atelier les participants se sont servis des personas préalablement conçus afin de proposer des solutions précises et adaptées aux usages et besoins des acteurs directement concernés par la problématique du financement participatif. Cette méthode de recherche, qui est centrée sur les utilisateurs, ouvre le champ des possibles à travers une méthodologie créative donnant des réponses et/ou résultats faciles et rapides à mettre en œuvre.

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La phase de conception

Les pistes de solutions que nous avons obtenues lors de l’atelier nous ont permis d’arriver à la dernière étape de l’étude : la  phase de conception. Celle-ci s’est déroulée sous la forme d’un workshop en interne avec une équipe pluridisciplinaire afin de mutualiser les compétences et connaissances de chacun. De cette phase de travail sont ressortis 6 concepts de financement participatif qui ont été présenté au public lors d’un YUX Meetup afin de recueillir quelques feedbacks de la communauté technologique du pays.

Le contenu de cette première étude de YUX Dakar a été partagé gratuitement en ligne – vous pouvez le retrouver ici : http://www.slideshare.net/yuxdakar

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Un grand merci à toi Selam pour ce superbe travail réalisé en  1 mois seulement. Reviens nous vite à Dakar !

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Vous lancez votre boite et vous demandez ce qui vous attend ?

Voici une petite simulation des trois premières années, plutôt inspirée des sociétés de services (SSII, agence digitale, etc.) – malgré quelques similitudes, les étapes et la vie d’une startup avec un produit particulier sont différentes. Le parcours ci-dessous est bien sûr caricatural, il n’y a aucun chemin tracé vers le succès, ni vers l’échec…

Année 1 : Started from the bottom

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  • Seul ou avec des potes de promo, vous trouvez une bonne idée ou bien commencez à développer des sites ou logiciels pour vos camarades et votre Tonton commerçant.
  • Vous commencez donc à bosser, sans formaliser la structure et créez votre identité visuelle : page FB, PowerPoint, nom de la boite. Pour vous, ce dernier est super cool mais tout le monde le trouve bizarre … no stress, pensez à un gars qui faisait des ordinateurs et qui a appelé sa boite « pomme ».
  • Vous apprenez cette phrase « si tu me fais mon site, je ferai ta publicité », arme redoutable du client qui ne veut pas payer un kopeck mais souhaite avoir le même site que Facebook.
  • Vous faites votre premier flyer, vous y mentionnez que vous êtes spécialiste dans plus d’une dizaine d’activités (de la conception graphique à la production de meubles)…
  • Après 9 mois et avoir fait les sites de toute la famille (pour pas grand chose), vous commencez à avoir des « vrais » clients… vous travaillez toutes les nuits, certains clients ne payent pas et quand ils payent vous dépensez tout au Fast Food pour fêter ça.
  • Vous décidez de créer formellement l’entreprise – pas parce que vous êtes patriote et souhaitez payer des impôts mais parce que vous n’êtes pas très crédible sans statut juridique ou avec celui de la boite « Sunu Poulet » de votre papa. Vous et vos potes êtes tous Directeur de quelque chose au sein de votre nouvelle boîte.
  • Les demandes de clients s’enchainent – vous avez maintenant besoin d’embaucher vos premiers employés et de faire une « sorte » d’organigramme – Un pote entrepreneur qui sort de sa troisième faillite vous conseille de ne pas faire de CDI et ne pas payer trop cher dès le départ (il faut utiliser les commissions).
  • Les affaires marchent mais vous savez qu’il y a plein de choses que vous faites mal (suivi commercial, compta, contrats, gestion RH, management des projets, recouvrement) donc vous passez du temps à organiser cela – c’est à ce stade que rejoindre un incubateur comme CTIC Dakar peut être utile (d’ailleurs, vous ne savez pas ce que c’est qu’un incubateur).
  • Votre premier client mécontent vous appelle – cela vous fait très mal au cœur – vous convoquez toute l’équipe et vous essayez de savoir d’où vient le problème : c’est en général une mauvaise communication entre votre équipe encore junior et votre client. Vous mettez donc en place des process pour améliorer votre production et la gestion du client.
  • Vous et vos associés ne vous payez toujours pas… et c’est normal no stress.
  • Vous bouclez la première année avec sans chiffre d’affaires. Votre compta reste donc… épurée.

Année 2 : Still at the bottom

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  • Vous vous séparez de votre premier employé – très dur car cette personne était là depuis le début – 1) elle n’était pas assez payée et est partie chez BigCorporation – 2) elle ne s’est pas adapté aux exigences grandissantes de l’entreprise – 3) elle est partie faire des études à l’étranger – 4) elle a monté sa propre boite et vous fait concurrence.
  • Vous commencez à répondre à beaucoup d’appels d’offres – sans vraiment savoir comment d’ailleurs -aucun ne marche donc vous commencez à être plus « réseaux » et vous comprenez mieux les attentes, budgets et modes de fonctionnement des gros clients et décideurs.
  • Vous gagnez votre premier appel d’offres de plusieurs millions : c’est la fête !! Votre équipe est très fière. Vos concurrents (et peut être le FISC) vous remarquent enfin.
  • Vous changez l’organigramme (dans votre tête) tous les mois et essayez d’embaucher autant que possible – mais vous ne savez pas comment trouver des talents. Vous rappelez donc ces profs qui vous traitaient de cancre afin d’organiser des événements et témoignages dans les écoles !
  • Vous passez la majeure partie de votre temps à encadrer vos équipe, du plus jeune au plus anciens. Vous remarquez que c’est vraiment de base en gestion du temps, organisation, service client dont ils ont besoin. Vous les incitez à prendre des initiatives.
  • Vous devez à ce stade avoir des process et une gestion compta admin solide.
  • Vous commencez à être contacté sur linkedin par des gars « chelous » d’Inde et de Chine qui veulent faire du « Business » avec vous.
  • Vous finissez l’année avec quelques dizaines de millions (FCFA) de chiffre d’affaire mais avec un résultat net plutôt faible que vous ne comprenez pas (vous allez donc sur un MOOC pour améliorer vos notions de compta).
  • Vous vous posez les questions fatales : « combien vais-je devoir payer d’impôt ? » et « dois-je vraiment les payer d’ailleurs ? » Vous décidez donc d’embaucher un responsable financier et vous faite conseiller par un expert.

Année 3 : Get Rich or Die Tryin’

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  • Votre défi principal est de recruter, de faire grandir et de retenir votre équipe, vous mettez donc des choses en place pour le bien être de vos gars (sorties d’équipes, tournois de foot, paniers ramadan, nouvelles chaises, etc.). Vous vous posez la question fatale : « doit-on avoir du café gratuit pour la team ? Après 2 heures de discussion… le comptable tranche : NON.
  • Vous devez gérer les premiers états d’âmes de vos associés ou premiers employés qui ne se retrouvent plus forcément dans la structure (trop de procédures, nouveaux employés plus compétents qu’eux). Vous allez devoir faire des choix difficiles selon votre instinct pour garder les meilleurs.
  • Vous êtes de plus en plus invités à des conférences, forum : c’est très bien pour votre visibilité et le réseautage, mais cela commence à vous prendre du temps : choisissez-les bien.
  • Vous aimeriez développer plus de produits mais ne savez pas comment gérer vos RH et trouver l’équilibre entre servir au mieux les clients et développer des innovations. Une des options est de permettre à vos plus anciens développeurs de travailler sur des sides projects 1 ou 2 jours par semaine – cela les motivera et leur permettra de rester au top technologiquement parlant.
  • Vous commencez à cibler la sous-région – c’est très tentant car vous n’y voyez que peu de compétition mais il vous faut évaluer très finement les coûts et opportunités des pays cibles. Vous devez donc faire des business plan précis pour vous projeter dans ces nouveaux marchés. Fonctionnez surtout par opportunité : appel d’offre, associé ou employé rentrant au pays, personnes de confiance trouvées dans le pays cible, etc.
  • Vous ressentez le besoin de faire passer des certifications à vos employés (project management, technologies, outils marketing, etc.). Bonne idée.
    • vous commencez à être parmi les meilleurs des meilleurs sur votre marché et cherchez donc de plus en plus d’experts internationaux pour vous mettre au top niveau. Vous avez de la chance, le climat sénégalais attire beaucoup !
  • Vous sortez vos premiers produits, certains créent le buzz et vos employés sont fiers, d’autre plaisent aux clients B2B et vous font gagner du temps. Vous réalisez que, dans un marché immature comme le nôtre, un produit B2C demande beaucoup d’investissements en communication. Vous essayez donc de convaincre le comptable d’investir plus en com dans ce produit… la réponse est : NON. Le pire c’est que vous savez qu’il a raison.
  • (Fort de votre succès ?) vous rencontrez l’âme sœur et vous marriez. Un joli bébé suit rapidement. Cela vous force à mieux vous organiser et à vous lever tôt (finies les nuits sur les propals). Vous pensez au monde que vous voulez lui laisser.
  • Vous finissez l’année avec entre 100 et 200 millions de FCFA de CA, avec une marge largement meilleure et surtout plus de récurrence dans vos revenus. Vous hésitez un moment entre payer vos impôts et organiser un super team building sur la côte. Le comptable tranche encore une fois.
  • Néanmoins, fier du travail réalisé vous organisez, sans l’accord du comptable, une grosse soirée pour fêter cette belle année avec tous vos gars, clients, partenaires et même quelques concurrents devenus un peu « has been »!

Profitez-en : vous n’êtes que 10% des entreprises du secteur TIC au Sénégal à passer le cap des 3 ans…

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Le continent africain est sans nul doute un continent d’avenir, que ce soit par sa croissance économique (près de 5% en 2015), par le dynamisme de sa population (50% des gens ont moins de 17 ans au Sénégal par exemple) et bien sûr par la transition de nombreux états vers des systèmes (plus ou moins) démocratiques, donc plus stables et plus sûrs pour les investisseurs. Désormais, l’étranger qui atterrit à Dakar, Abidjan ou Nairobi est frappé par le niveau de développement des infrastructures. En effet, il ne s’attend pas à trouver autant de routes, d’hôtels, d’industries… et de pubs pour les opérateurs télécoms !

Car ceci est peut-être le plus marquant quand on arrive sur le continent : le boom technologique qui est en train de s’y passer. Bien sûr, il se passe aussi partout dans le monde, mais beaucoup pensaient que les entrepreneurs et consommateurs africains ne s’intéresseraient au numérique qu’une fois tous les autres problèmes résolus : santé, éducation, etc. Au contraire, il s’avère que l’espoir même du développement accéléré, qualitatif et équitable du continent passe aujourd’hui par les technologies.

Pour résumer, pensez à un marché où la plupart des états sont encore faibles et où santé, éducation, économie sont négligées ou, au mieux, prises en charges par des bailleurs internationaux ; où les entreprises de tous secteurs – bâtiment, commerce, services – grandissent 3 fois plus vite qu’ailleurs et sont demandeuses de services informatiques adaptés à leur contexte. Imaginez un continent de 2 milliards de personnes dont environ 20% de la population est connecté au reste du monde alors que le reste du monde ne les regarde pas encore.

Tout cela, comme vous le comprendrez, représente des opportunités d’affaires incroyables pour les entrepreneurs occidentaux, à condition bien sûr de faire les choses bien. Dans un prochain billet, nous parlerons d’ailleurs de la manière d’aborder son développement en Afrique. Mais pour l’instant quelles opportunité pour les entreprises technologiques en Afrique ?

1) Les technologies « adaptés »

Par cela nous entendons toutes les technologies ayant potentiellement plus d’impact et de marché en Afrique qu’ailleurs. Nous pouvons citer par exemple les technologies vocales, comme d’ailleurs Voxygen, cette spin off de Orange Lab qui fait de la synthèse vocale à partir de texte en français, anglais et de nombreuses autres langues, dont certaines africaines. Pour sa première d’implantation à l’étranger la PME a logiquement choisi l’Afrique, où une grande partie de la population est encore illettrée… mais maintenant connectée ! Nous pouvons ainsi imaginer de nombreuses technologies ou applications qui, lorsque bien pensées et adaptées au contexte local, peuvent permettre de fournir des services à un très large marché. La question des business modèles est cependant très importante et nous traiterons de ce sujet dans un prochain article.

2) Les objets connectés

Ce domaine émerge tout juste en Afrique et est pour l’instant concentré autour de quelques fablab ou maker spaces tels que le WoeLab au Togo, GearBox au Kenya ou Ker Thiossane au Sénégal. L’incubateur CTIC Dakar lancera aussi prochainement, à Dakar, WAZIUP, un programme Européen de recherche de 3 ans pour le développement d’applications IoT en Afrique. Le potentiels des objets connectés peut être immense dans un contexte où de nombreuses infrastructures de bases (routes, ponts, télécommunication) sont encore en construction ou trop couteuses. Pourquoi une ONG transporterait ses médicaments par une route en terre quand elle peut le faire avec un drône ?

3) le marketing digital

Le boom du marketing digital a débuté dans les pays les plus mûrs comme le Nigéria, le Sénégal et la Cote d’Ivoire en Afrique de l’Ouest. Déjà vous retrouvez des agences bien établies et de qualité internationale telles que ByFilling ou People Input. Il ne faut donc pas chercher à rentrer de manière classique sur ce marché mais penser partenariat ou segmentation. Un marché énorme restant à prendre en compte par exemple pour le marketing digital est celui du e-commerce, dont la croissance en Afrique est extrêmement forte. Le succès de la startup franco-sénégalaise Niokobok en témoigne par exemple.

4) le big data

Bien sûr cela va de pair avec le boom des objets connectés et des smartphones, mais replacez cela dans un contexte où les TPE et PME manquent encore d’outils de gestion de base. Par exemple imaginez un boutiquier à Dakar qui note toutes ses commandes et ventes sur un carnet. Si bien pensé et adapté à ses besoins, un logiciel de gestion tel que Ndiarté de l’entreprise Sénégalaise Genius Family a un impact direct sur la croissance. Par ailleurs, ce genre d’applications collecte des milliers de données sur les clients et fournisseurs, et ne sont pas encore suffisamment exploitées. Ajoutez-y bientôt le boom des paiements par le mobile… Il y a donc ici de grosses opportunités pour les entreprises d’analyse et de visualisation de données massives.

5) les « uber-like »

Le cliché veut que l’Afrique soit le continent où le « communautaire » est né et perdure toujours… alors qu’en occident, il a été perdu et ne revient que depuis peu grâce aux Uber et AirBnB. Cette question mériterait une analyse anthropologique poussée. Notre avis est que les modèles communautaires peuvent extrêmement bien marcher en Afrique, à condition peut être de les faires débuter dans les cercles familiaux élargis, dans lesquels la confiance est la plus forte. Un aspect par contre plus visible, est le fait que sur le continent, très peu de pays ont eu une industrialisation de masse menant à l’employabilité de la majorité de la population. Vous retrouvez donc des économies informelles où la population active a rarement un emploi stable et unique, mais cumule déjà plusieurs jobs et petits business. Pour résumer, nous pensons que l’association d’une économie informelle et donc flexible avec une culture communautaire forte est une très bonne base pour le déploiement de services décentralisés ou « uber-like ».

6) Le UX/UI Design

Aucune des innovations mentionnées ci-dessus ne pourra réussir si la qualité des interfaces graphiques et de l’expérience utilisateur sont négligées. Pour rappel, au Sénégal par exemple, 94% des connections à internet se font par le mobile, et comme nous le disions plus haut, une partie de la population est encore illettrée, en tous cas en français. Le design des interfaces, des parcours utilisateurs, de l’iconographie est vraiment important car les gens ne réagissent pas encore aux mêmes codes qu’en occident. Une icône avec une maison a-t-elle la même signification partout ? Nous manquons encore cruellement de designer en Afrique et ceci représente une forte opportunité pour des entreprises étrangères ayant une expérience dans ce domaine, soit par la collaboration avec des développeurs locaux soit par la formation et le renforcement des compétences en design locales.

En bref

Vous l’aurez compris, l’Afrique représente une terre d’opportunité pour les entreprises du numérique. Cependant, il ne faut pas se contenter de répliquer sur ce continent les modèles cassés et les entreprises en perte de croissance en occident. Il faut innover encore plus en s’imprégnant longuement du contexte local, seulement ainsi nous pourrons pallier au manque d’infrastructure et de réaliser les sauts technologiques qui seront le levier d’une croissance accélérée et durable.

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Article initialement écris pour ByFilling dans le cadre du Salon International des Professionnels de l’Economie Numérique de Dakar qui s’est tenu en décembre 2015.

Le 14 Décembre, le SIPEN à accueilli un panel de haut niveau avec plusieurs acteurs du financement et de l’accompagnement des PME numériques au Sénégal afin de discuter des moyens de soutenir l’émergence de PME à forte croissance en Afrique. Comment s’assurer de la compétitivité de l’économie numérique locale ? Comment accompagner la création et la croissance des jeunes pousses numériques ? Comment faire en sorte que les organisations qui accompagnent ces PME soient indépendantes, crédibles et viables économiques ? Essayons ensemble d’apporter quelques éléments de réponse.

Tout d’abord, pourquoi est-ce important d’avoir des PME fortes et structurées ?

En Afrique, on retrouve un grand nombre de freelancers et de petites structures dans les métiers du numériques, mais trop peu d’entreprises de 10 employés ou plus. Ces dernières sont cruciales pour un pays, car permettant de résister aux fluctuations du marché et à l’arrivée de compétiteurs internationaux qui, s’intéressent désormais massivement au digital sur le continent africain. En effet, s’il n’y a pas en face d’elles des PME d’une certaine taille capable de fidéliser leurs employés et avec des références clients assez conséquentes, ces multinationales n’auront pas de mal à prendre les talents dans l’écosystème et à faire valoir leurs clients occidentaux pour prendre les marchés locaux. De plus, les PME locales sont fortement génératrices d’emplois, qui en majorité sont qualifiés donc relativement bien rémunérés. L’impact social d’un écosystème dense de PME fortes est donc très important.

Comment favoriser l’émergence et la croissance des PME TIC ?

Premièrement, il faut bien sûr inciter à la création d’entreprises via des événements, des concours et autres Hackathons, comme il s’en organisent d’ailleurs maintenant un peu partout en Afrique. Au Sénégal, deux acteurs majeurs, CTIC Dakar et Jokkolabs, contribuent majoritairement à l’animation de cet écosystème et à la sensibilisation en entrepreneuriat technologique via des événements tels que le Tekki48, les JETIC ou la Semaine Mondiale de l’entrepreneuriat.

Ensuite, et c‘est sûrement l’aspect le plus important…et difficile, il faut accompagner ces petites structures nouvellement créées dans leur croissance. Pour ce faire, plusieurs dispositifs peuvent (et doivent) être mis en place :

1- Les incubateurs et accélérateurs d’entreprises

Leurs modèles peuvent varier mais en général, ces structures, publiques, privées ou mixtes fournissent des locaux et l’accompagnement d’experts au quotidien pour favoriser la croissance des PME.

Au Sénégal, le seul acteur de ce domaine, spécialisé dans les TIC, est CTIC Dakar. Il se focalise sur des PME innovantes de 5 à 20 employés ayant un fort potentiel de croissance. L’incubateur est surtout reconnu pour ses services de développement commercial, de gestion comptable et fiscale, de relations presse et de levée de fonds. Son modèle est basé sur un partage de la croissance du chiffre d’affaires de l’entreprise. Si l’entreprise ne grandit pas, elle ne rémunère pas l’incubateur. Ailleurs en Afrique, d’autres modèles émergent, notamment basées sur des prises de participation au capital. Ce modèle, fréquent en Afrique anglophone est encore rare en Afrique francophone et présente des limites car, il est difficilement viable et les entrepreneurs sont en général frileux à l’ouverture de leur capital.

Au Sénégal, il existe aussi d’autres incubateurs multisectoriels tels que Concree.com, qui accompagne des entreprises de tous secteurs et à tous stades via une plateforme en ligne, des mentors et des ateliers très innovants. Il y a également, Synapse Center qui accompagne des porteurs de projets par de la formation dans plusieurs secteurs.

           Lire aussi : “Les incubateurs en Afrique : sont-ils nécessaires ?

2- Les réseaux de mentorat et d’entrepreneurs

Ils sont un excellent moyen de renforcer les capacités des entrepreneurs et de favoriser les partenariats entre ces derniers. Au Sénégal, on retrouve les nouveaux réseaux comme « Enablis » ainsi que « la Rencontre des Entrepreneurs » qui regroupent des gens de qualité, en général sélectionnés par leurs pairs. Nous pouvons aussi noter le rôle important que peuvent jouer les organisations patronales du secteur dont OPTIC au Sénégal et le GOTIC en Côte d’Ivoire.

Quels modèles économiques pour ces structures ?

C’est bien sûr la question la plus importante. L’expérience des pays occidentaux et d’Afrique du nord montre que les modèles 100% publics d’incubateur ou de réseaux d’entrepreneurs ne marchent pas. Cela pour une seule et bonne raison : la crédibilité. C’est le premier aspect. Il faut absolument que votre incubateur soit dirigé par le secteur privé et que les entrepreneurs qui sont accompagnés par la structure sentent qu’ils parlent à des personnes motivées par leur réussite.

Deuxième aspect, la viabilité financière et donc l’indépendance. Il est crucial que l’incubateur cherche à avoir son propre modèle économique, pour pouvoir être plus indépendant vis-à-vis des volontés de ses partenaires, publics, privés ou internationaux, qui sont souvent décalées par rapport aux vrais besoins des entrepreneurs. Ensuite, la recherche de viabilité financière fait en sorte que l’équipe de l’incubateur devient entreprenante elle-même et établie des relations d’égal à égal avec ces entreprises.

Dernier aspect, et c’est le plus important, le fait de faire payer les entreprises pour la totalité ou au moins une partie des services, pousse l’incubateur à une augmentation progressive de la qualité de ces derniers : un client qui paye est en droit d’exiger le meilleur.

          Lire aussi : “Quel modèle choisir pour votre incubateur

En conclusion : Leadership et adaptabilité

Les incubateurs, accélérateurs et réseaux d’entrepreneurs, qui prolifèrent en Afrique représentent une opportunité énorme permettant aux acteurs publics, grands groupes ou partenaires au développement de s‘impliquer de façon pertinente pour la croissance et l’émergence de PME technologiques. Mais ces derniers pour être efficaces doivent faire preuve d’un vrai leadership et adapter en permanence leurs programmes et modèle à leur contexte local… n’essayons surtout pas de reproduire la Silicon Valley ou nous allons finir avec de faux écosystèmes, “Siliconés”.

imge VR 1Image credit : techcrunch.com

Article publié en exclusivité le 12 juin 2015 sur le blog #thefacts de nos amis ByFilling

Si 2015 a vue l’émergence d’une technologie en particulier, c’est bien celle de la réalité virtuelle.

L’histoire commence fin 2012 en Californie, lorsque, Palmer Luckey, alors âgé de 19 ans et déçut par l’expérience offerte par les casques de réalité virtuelle existants, développe dans son garage l’Oculus Rift. Le produit séduit rapidement des leaders de la communauté technologique et du jeu vidéo et soulève 2,4 millions de dollars sur le site de crowdfunding KickStarter. En mars 2014, la jeune société Oculus VR est rachetée par Facebook pour 2 milliards de dollars, l’un des plus gros investissements jamais réalisé par la firme de Zuckerberg. Depuis lors, la Réalité Virtuelle ou « VR » connait un engouement sans précédent. Quels en sont les applications possibles en Afrique et quels sont les enjeux pour la communication des entreprises du continent ?

C’est bien beau tout cela, mais c’est quoi en fait la réalité virtuelle ?

Ce que Wikipédia nous dit, c’est que la réalité virtuelle est une simulation informatique interactive immersive, visuelle, sonore et/ou d’environnements réels ou imaginaires. La finalité de la réalité virtuelle est de permettre à une personne une activité un monde artificiel, créé numériquement, qui peut être « imaginaire, symbolique ou une simulation de certains aspects du monde réel ». Merci Wiki.

Pour faire simple, la réalité virtuelle consiste le plus souvent à porter un casque, comme le Oculus Rift, qui vous immerge totalement dans un monde virtuel, dans lequel le mouvement de votre tète, de votre regard ou même de vos membres sont détectés et vous permettre d’interagir dans ce monde virtuel. Le casque d’Oculus est composé d’un écran qui simule une vision stéréoscopique et de capteurs qui suivent les mouvements de la tête de l’utilisateur. L’illusion est quasi-parfaite pour le cerveau: quand on tourne la tête à gauche, la caméra et l’image suivent. Si on se trouve en haut d’une montagne, on a le vertige.

Cela fait 30 ans que l’on essaye de développer des casques de ce genre, mais en 2 ans, le jeune Palmer Luckey est parvenu à développer une technologie 10 fois supérieure à ces prédécesseurs et dont le prix de vente ne devrait pas dépasser les 400 euros (250 000 Fcfa). Oculus a d’ailleurs envoyé fin 2014 un millier de casques pour les développeurs d’applications et le modèle commercial devrait être vendu au grand public début 2015. En d’autres termes, la réalité virtuelle devient au aujourd’hui une réalité et pour beaucoup d’experts, une révolution est en marche…

Ok mais qu’est-ce que l’on peut bien faire avec ?

L’application la plus évidente de la réalité virtuelle est bien sûr le jeu vidéo. Imaginez-vous, plutôt que d’être devant un écran et de voir encore l’environnent réel autour de vous, vous êtes totalement immergé dans votre jeu. Mieux encore, les mouvements de votre tète, de votre regard et de vos bras sont reproduits sans aucun décalages par votre avatâr dans le jeu.

Deuxième application, la vidéo et les films. C’est très difficile à décrire tant que l’on ne l’a pas essayé, mais de regarder un film avec un Oculus est tout simplement incroyable. Pour la première fois depuis les débuts du cinéma, vous n’êtes pas devant un écran mais vous vous retrouvez au milieu de votre film, à côtés des personnages et avec une vue à 360 degré du paysage – juste magnifique.

Troisième grande famille d‘application : la simulation à but professionnel. Beaucoup plus que la simulation de type jeu vidéo que l’on avait auparavant, la réalité virtuelle permet d’immerger votre soldat, votre pompier ou votre médecin dans un monde quasi-réel. Ainsi, vous pourrez accélérer leur apprentissage et tester leurs compétences et réactions de façon beaucoup plus pertinente.

Enfin, vient ensuite une multitude d’applications telles que le e-commerce et le marketing immersif ou vous vous retrouvez projetés dans le magasin votre marque favorite ou au volant de votre future bolide ; les visites touristiques, vous pourrez, à votre rythme et en 360, visiter Addis Abeba, les pyramide d’Egypte ou Saint-Louis du Sénégal ; la rééducation pour les accidentés et handicapés ; la psychothérapie et bien d’autres choses encore…

Et pour Afrique alors, quel potentiel ?

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Comme partout dans le monde, le potentiel de cette technologie sur le continent Africain est énorme. Selon le cabinet Digi Capital, le marché mondial devrait atteindre 30 milliards de dollars en 2020. Rien que dans le jeu vidéo, le marché se développe rapidement : selon le cabinet KZero, quelque 200 000 joueurs utilisent aujourd’hui des casques et autres accessoires de réalité virtuelle pour rehausser leur expérience de jeu. Ils devraient être 56,8 millions en 2018. De quoi porter le marché à 5,2 milliards de dollars à cette date : 2,3 milliards pour les matériels et 2,8 milliards pour les logiciels de jeux.

Pour l’Afrique, ces technologies semblent pour une fois ne pas si inaccessible que cela. Le prix de vente de l’Oculus devrait lui permettre de rapidement toucher la classe moyenne et les professionnels. Les casques actuels comme le Gear VR de Samsung qui utilise la technologie Oculus et qui coûte environ 200 euros, offrent de meilleures qualités que ceux à 20 000 euros disponibles auparavant pour les professionnels. Ils devraient baisser à 100, voire 50 euros, dans 3 à 5 ans. Par ailleurs, les premiers kits de réalité virtuelles low-cost font leur apparition, tels que les CardBoard de Google ou le Refugio 3D allemand vendu à quelques dizaines d’euros. Ces lunettes, au contraire des Oculus, utilisent votre smartphone Android ou iPhone que vous glissez dans le casque. Vous trouverez sur les stores déjà plusieurs centaines d’apps de réalité virtuelle (tapez « VR » pour les retrouver). Bien sûr, cela prendra quelques temps avant que les distributeurs intègrent bien le continent Africain mais la demande va rapidement se faire sentir et vous pourrez de toute façon les commander en ligne sur des sites américains ou européens et les faire venir ici ensuite.

Cependant, et tout comme pour les applications mobiles d’ailleurs, le grand défi de la « VR » en Afrique sera celui du contenu local. Il va falloir que nos développeurs prennent rapidement le pli de ces technologies et commencent à développer des choses qui sont pertinentes pour nos secteurs d’activité et nos consommateurs. Fait intéressant, le premier groupe dédié à la réalité virtuelle en Afrique a fait son événement de lancement en mai dernier en Afrique du Sud. Le pays compte également une entreprise déjà reconnue mondialement dans le domaine, SDK Lab, qui sera notamment partenaire du premier Hackathon de réalité virtuelle du continent qui aura lieu en Octobre a Cape Town. Encore en Afrique du Sud, le Kumba’s VR Mine Design Centre de l’Université de Pretoria, inauguré en 2013, permet aux travailleurs et aux ingénieurs de s’immerger dans une mine virtuelle et d’apprendre le métier sans risque. Enfin le studio Hero Film toujours au Cap, vient de sortir le premier film du continent en VR, qui immerge le touriste dans une visite guidée de la magnifique côte Sud du pays.

Ainsi, les films paraissent être une opportunité de taille à saisir pour le continent. Afin de développer un film pour Oculus, il suffit de monter plusieurs caméra sur un pied afin d’avoir une prise de vue 360 et d’ensuite faire le montage avec un logiciel spécialisé. Ceci parait tout à fait à la portée des grandes entreprises et des leurs agences de communication qui au moins dans un premier temps, voudraient faire le buzz. Le tourisme est l’un des marchés les plus prometteurs pour ce genre de films. Les pays devront investir afin de développer des visites en immersion de leurs lieux les plus prestigieux et ainsi attirer des millions de visiteurs virtuels, qui pourront découvrir votre pays depuis leur salon.

Bien sûr, les jeux vidéo auront un très gros potentiel de marché en Afrique, mais demandent de fortes ressources pour leur développement. Par contre les jeux en VR ne semble pas demander beaucoup plus de travail ou de compétences que les jeux en 3D classiques, qui en théorie ont déjà un environnement à 360 degré de réalisé. Reste donc à pousser le développement de studio de jeux vidéo africains.

En termes d’éducation, les idées sont sans limites : cours à distance comme si vous y étiez, visites de terrain, expérience du lieu de travail depuis la salle de cours pour les mineurs, les agronomes, les pécheurs, etc. Les possibilités sont énormes et les expériences seront sans nul doute beaucoup plus ludiques que nos salles de cours traditionnelles (ce qui n’est pas trop difficile d’ailleurs).

Pour la santé, nous pourrons voir des applications permettant la rééducation des accidentés ou sportif blessés. Pour ceux victimes des troubles phycologiques, des immersions sur mesures, telles que celles proposées par l’entreprise Américaine Deep Stream VR, feront partie intégrante du traitement. Enfin, pour les médecins, des simulations de bloc opératoire ou pour les pompier de situations d’urgence, permettront à ces dernier se perfectionner, encore une fois à moindre coût.

Quels enjeux pour les entreprises Africaines et leur marketing ?

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Vous rappelez vous de Second Life ? Cette application web lancée en 2003 qui vous permettait de naviguer dans un monde virtuel avec votre avatar, et dans lequel vous pouviez acheter les produits de vos marques favorites, interagir avec les avatars de vos amis et créer des objets qui vous pouviez revendre ensuite via une monnaie virtuelle – bref tout un monde virtuel dans lequel vous retrouvez les entreprises du monde réel et où les créateurs indépendant (designer, stylistes, architectes) pouvaient exposer leurs créations. Le jeu, qui après un gros buzz était en déclin 2007, pourrait bien se voir insuffler un nouveau souffle grâce à l’Oculus.

Pour les marques, y compris sur le continent Africain, l’enjeu sera identique. Quand suffisamment d’utilisateurs possèderont des casques de réalité virtuelle, ils auront tout intérêt à créer pour leur marque des magasins virtuels et interagir en ligne avec leurs clients. Nous pouvons même imaginer la fin du e-commerce traditionnel face à un écran, qui sera remplacé par des visites interactives des magasins dans lesquels vous pourrez choisir les produits à vous faire livrer. Le challenge pour votre marque sera donc bientôt de créer une application de réalité virtuelle, pour smartphone mais ensuite pour Oculus, vous permettant ainsi de rester visible dans ce nouvel univers et de proposer à vos clients des expériences nouvelles. En Angleterre par exemple, le studio Visualise, est une agence qui se spécialise dans la création de de films de réalité virtuelle et a déjà travaillé pour la BBC, Mercedes-Benz, Audi, la FIFA, Adidas et bien d’autres. Les meilleures agences de communication Africaines sauront probablement vous proposer de tels produits le moment venu.

Mais revenons à ce que l’on vous annonçait au début : pourquoi Facebook a-t-elle racheté Oculus et qu’est-ce que cela va changer pour votre entreprise ? Mark Zuckerberg regarde vers l’avenir : «Le mobile est la plateforme d’aujourd’hui mais nous préparons celles de demain. Oculus a le potentiel pour changer la façon dont nous travaillons, jouons et communiquons». Selon lui, les réseaux sociaux d’aujourd’hui permettent de partager des moments. Ceux de demain, des expériences. Il ne fait aucun doute que l’intégration entre les deux plateformes, qui prendra encore du temps, va très probablement révolutionner les relations entre les marques et leurs clients. Les vidéos immersives seront sans doute les premières applications à voir le jour. Mais pas d’inquiétude, votre agence de conversation digitale favorite ByFilling vous tiendra au courant des actions à mener le temps venu !

Sources :

Wikipédia

siliconvalley.blog.lemonde.fr

Techcrunch.com et TechCrunch.com

L’Usine Digitale

Silicon Cape Initiative

University of Pretoria

FilmContact .com

incubateur afriquePour beaucoup, il n’est pas facile de comprendre ce que veut dire accompagner les tech-entrepreneurs en Afrique. En effet, cette mission fascinante ne préoccupe que quelques bailleurs de fonds, financiers de capital risque, conseillers de tout genre et bien sûr, les structures incubatrices.

Pour moi, ce travail est des plus passionnants au monde, car vous êtes en rapport avec des entrepreneurs brillants et visionnaires, vous êtes en contact avec beaucoup de technologies et de modèles d’entreprises, vous apprenez à connaitre ces entrepreneurs et parfois devenez amis avec quelques-uns.

Mais cela peut aussi être le travail le plus ingrat au monde, et voici pourquoi :

  • La plupart d’entre nous ne deviendrons jamais riches en faisant ce que nous faisons ! En effet, très peu d’entres nous investissons notre propre argent ou avons des parts dans les entreprises que nous accompagnions. Le reste, sont des bénévoles, des employés, des mentors etc et la plupart de nos centres sont des organisations à but non-lucratif. L’ironie c’est que parfois lorsque vous essayer d’avoir une approche entrepreneuriale afin de rendre votre centre viable, on vous reproche de ne pas être assez social !
  • Vous êtes jugés lors que vos startups échouent et vite oubliés quand elles réussissent. Je n’ai pas besoin d’élaborer là dessus, je pense que vous comprenez. Les entrepreneurs ont tous leurs raisons de ne pas dire que c’est vous qui les avez aidés lors qu’ils étaient au plus bas, lorsqu’ils étaient au bord de l’épuisement, quand ils étaient en conflit avec leurs partenaires ou leurs employés, ou encore lorsqu’ils avaient besoin de quelqu’un à qui parler. Et pourtant, vous étiez là à chaque instant. Mais je peux le comprendre. Comme nous, ils évoluent dans un environnement incertain et plein de pression. Certains ne peuvent pas se permettre de s’en vouloir pour ce qui n’a pas marché ou être reconnaissants de quelque chose en dehors de leur propre génie lorsqu’ils réussissent.
  • Vous pouvez toujours mieux faire et c’est une bonne chose d’ailleurs ! Votre travail et votre performance seront toujours mis à l’épreuve et vous êtes donc obligés de vous améliorer à chaque fois et vous êtes rarement félicités pour vos actions. Et même si cela est très ingrat, encore une fois, ceci est une bonne chose. Vous continuez à faire de mieux en mieux pour vos entrepreneurs.

Mais ces sentiments personnels doivent être gérés par chacun. La vraie question que je me pose est la suivante :

Devons-nous vraiment accompagner les entrepreneurs ou est-ce que les vrais entrepreneurs réussissent à se lancer tous seuls ?

  • Nous devons tous conseiller, mettre la pression, ouvrir des portes et booster leurs entreprises, mais nous ne devons pas gérer leurs entreprises à leurs places. En théorie, en tout cas. Dans notre travail vous vous rendrez vite compte que si, à un moment donné, vous n’y mettez pas la main dans la pâte et faire ce qu’il y a à affaire aux cotés de vos entrepreneurs, vous n’arriverez jamais à les faire travailler sur ce qui est stratégique ou même vous faire respecter. Ceci dit, vous devez vous assurer que vous apportez de l’aide qu’à ceux qui sont prêts à donner autant à leur entreprise que vous ne soyez prêts à donner pour votre incubateur. Parfois, des circonstances particulières font que votre entrepreneur ou son équipe ne puissent plus fonctionner (l’épuisement, ou le départ d’un employé clé sont des cas fréquents). Dans ces cas-là, soit vous regardez l’entreprise s’effondrer en vous disant que ça n’est pas de votre faute ou vous gérez l’entreprise en période de crise. Heureusement, nous n’avons eu à le faire qu’une seule fois au CTIC, en trois ans d’activités. Cette startup qui était en situation critique à l’époque fait maintenant partie des plus prospères au Sénégal.
  • Même les plus grands entrepreneurs auront besoin d’aide à un moment donné.

On vous dira, surtout aux États-Unis, qu’un entrepreneur qui a besoin d’être accompagné par un incubateur, ne réussira pas au final. C’est peut-être vrai en Amérique du Nord ou les incubateurs peuvent en effet être remplacés par d’autres acteurs de l’écosystème qui sont déjà actifs depuis longtemps : les mentors, les bailleurs de fonds, les professeurs, les compagnons de classes, la famille—qui jouent un rôle crucial dans la création des success stories que nous connaissons tous.

Mais au Sénégal, comme probablement dans beaucoup d’autres pays, nous n’avons pas beaucoup de types d’accompagnements pour les startups. Votre incubateur peut donc jouer un rôle très important. Mais il est également dangereux de centraliser cet accompagnement pour les entrepreneurs dans seulement un ou deux lieux dans un pays. C’est pour cela que je crois qu’il est clairement de notre rôle d’aider à construire un écosystème et accompagner d’autres structures—même si cela veut dire qu’un jour ils deviendront nos concurrents. Pas de quoi s’inquiéter, car la tâche est immense et plus on est de fous, plus on rit !

  • Nous devrions accompagner les entrepreneurs comme si nous avions investi un million de dollars sur eux.

Nous devons le faire avec passion, dévouement et de l’empathie. Nous devons nous mettre dans la tête et dans la vie de nos entrepreneurs chaque fois que nous les rencontrons et travaillons avec eux. Pour nous au CTIC, il a naturellement été plus facile pour nous de créer ce rapport symbiotique avec les entrepreneurs qui se trouvent dans le hub plutôt qu’avec nos incubés « virtuels » qui eux, ont des bureaux en dehors des locaux de notre incubateur.

  • Enfin, nous ne devons jamais nous approprier le succès d’une entreprise

J’ai entendu dire une fois, que les bons incubateurs et accélérateurs ne parlent jamais plus d’eux-mêmes que de leurs entreprises. Je suis totalement d’accord. Je crois que quelques soient les services que vous offrez à vos startup, vous n’êtes pas responsables de leurs succès ! Les personnes remarquables réussissent quoi qu’il arrive—vous avez seulement aidez à booster leur croissance et les faire surmonter les moments difficiles.

En résumé, ce travail passionnant est très difficile dans les pays dans lesquels les écosystèmes restent à construire. Mais faites-le avec passion et humilité. Voyez au-delà et ne vous découragez pas ! Vous êtes sur la bonne voie !

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A CTIC Dakar, nous sommes interrogés de façon journalière sur notre modèle: Comment sommes-nous financés? Quelle est notre structure de gouvernance ? Pourquoi les compagnies incubées doivent-elles nous payer ? Comment avons-nous commencé ? Etc.

Pour répondre à certaines de ces questions, j’aimerais, dans cet article, discuter des avantages et des inconvénients de diverses formes de gouvernance pour les incubateurs et accélérateurs technologiques en Afrique en utilisant la loupe de CTIC Dakar, qui est une organisation à but non-lucratif née d’un partenariat public privé visant à être financièrement viable en 5 ans (plus que deux ans maintenant, wow!).

Type de service fournis

Tout d’abord, il est très important de distinguer les diverses formes de soutien apportées aux entrepreneurs et de définir ce que l’on entend par “incubateur” ou “accélérateur”. Ce que l’on souhaite faire a une forte influence sur le budget et donc sur le modèle de gouvernance de tech hub. Pour moi, un incubateur ou un accélérateur est une organisation, à but lucratif ou non-lucratif, qui fournit un espace physique et un soutien intense et pratique aux entrepreneurs dans le but d’augmenter leurs performances. Leur première, et parfois seule mission est de créer et de soutenir des entreprises à forte croissance. La qualité du soutien fourni par l’incubateur est très dépendante de la qualité de ses membres d’équipe et donc, ce type d’organisation implique d’importants frais de fonctionnement notamment en ressources humaines. Elles emploient généralement 5 à 10 personnes en plus des mentors et consultants occasionnels et leur bâtiment doit être assez large pour idéalement fournir des bureaux individuels à 7-10 petites entreprises.

D’un autre côté, les fablabs et les coworking space ont pour mission première de créer et d’animer des communautés technologiques. Ainsi, leur structure de cout est composée principalement de community management et d’organisation d’évènements. Les investissements nécessaires au lancement peuvent donc être assez modestes et augmenter par la suite.

Taille de marché et “deal flow”

Ensuite, il faut se demander la chose suivante: Quelle est la taille de son marché en tant qu’incubateur? Je reste convaincu que les pays d’Afrique Sub-Saharienne n’ont pas assez d’entreprises à forte croissance pour permettre de un modèle d’incubateur financé de façon totalement privée, et ce quel que soit le modèle de revenu utilisé (prise de participation, revenue sharing, etc.) sauf peut-être si l’on ne fait que de la location d’espace (sans coût additionnel de ressources humaines.

Par ailleurs, je pense qu’il faut prendre le temps de construire un « pipeline » de startups prometteuses en investissant beaucoup de temps et de ressources à un stage prématuré, notamment au niveau des universités et des écoles. Nous faisons souvent cela à CTIC Dakar, à travers des événements et des ateliers dont le TEKKI48, une accélération de startups en 48h que nous lançons dans plusieurs villes Sénégalaises tous les 4 mois.

Ainsi, nous espérons qu’un projet sur 20 que nous identifions et accompagnons va finalement devenir une startup intéressante et intégrer nos programmes. Nous avons eu deux beaux exemples cette année avec TongTong.sn, une plateforme d’achat groupé et Genius Family, une startup développant des logiciels de gestion et des applications pour des boutiquiers analphabètes. Ces deux entreprises sont parties de rien en 2013, ont acquis un financement à travers l’un de nos partenaires et sont maintenant en pleine croissance et capable de payer environ dix salaires à la fin de chaque mois. Elles ont pu intégrer notre programme d’incubation en septembre 2014.

En résumé, si vous n’avez pas assez de PMEs mûres dans votre pays ou marché ou bien un écosystème structuré d’investisseurs privés (business angels), vous aurez surement besoin de fonds gouvernementaux ou de bailleurs internationaux à un moment ou à un autre – à moins bien sûr d’avoir un gros investisseur privé derrière vous (ce qui est le cas de l’excellent MEST au Ghana, financé par l’entreprise de logiciel Meltwater). Le choix que nous faisons à CTIC Dakar est d’utiliser ces fonds publics pour démarrer la machine, faire grandir le « deal flow » et ensuite générer des revenus via nos entreprises clientes – qui nous payent sur la base de leur croissance de chiffre d’affaire ou de leur marge pour les entreprises de e-commerce.

Gouvernance, prise de décisions et innovation

C’est là clairement le plus grand désavantage des incubateurs public ou soutenus par des partenaires au développement. Si vous aidez des entrepreneurs, vous ne souhaitez pas que le gouvernement dirige toute l’opération. Néanmoins, si vous voulez que ces gens vous donnent de l’argent, il faut accepter de les impliquer d’une manière ou d’une autre. C’est un jeu de pouvoir délicat. La manière dont nous gérons cela, ici au CTIC, est d’inclure les plus importants de ces bailleurs publics dans le comité de gestion en nous assurant que ce dernier reste dirigé par le secteur privé (l’organisation des professionnels des TICs). D’autres partenaires privés sont aussi fortement représentés (tels que l’opérateur téléphonique Orange par exemple). Il est aussi important de noter qu’aucun des bailleurs internationaux avec lesquels nous sommes partenaires (Banque mondiale, GIZ, Union Européenne) n’est incluse dans le comité de gestion. Jusqu’ici, nous avons pu gérer les ambitions de nos partenaires publics et internationaux en les guidant vers la réalisation de notre vision et non pas l’inverse, et nous ferons en sorte que cela perdure.

Accès aux marchés et aux financements

Soyons réalistes: Dans beaucoup de pays d’Afrique, les gouvernements sont relativement puissants en comparaison au secteur privé. Ainsi, le plus grand avantage au fait d’avoir des partenaires publics ou privés en relation étroite avec son hub est l’ouverture de certaines portes. En effet, une fois qu’ils croient en votre mission et comprennent la valeur concrète que vous leur apportez pour la réalisation de leurs objectifs propres, ils peuvent beaucoup vous aider ainsi que vos startups, en les impliquant dans des projets publics et/ou en leur fournissant un financement de démarrage. Par exemple, l’an dernier, nous avons obtenu plus de 40 millions de fcfa de la part de l’Autorité de Régulation des Télécommunication et du Fonds de Développement du Service Universel, qui ont été remis directement à 8 startups. Ce type de financement public peut-être nocif pour le modèle économique d’une startup-comme cela a été largement débattu récemment dans la blogosphère tech kenyane – mais je crois que si l’on combine ce financement avec un soutien de l’incubateur très orienté business, cela fonctionne. Plusieurs de nos entreprises en sont la preuve.

Gestion et rétention d’équipe

Enfin, je pense que le plus grand désavantage de ne pas avoir un modèle purement privé est qu’à un moment, si votre équipe et les business developers sont suffisamment entrepreneuriaux – et c’est ce dont vous avez besoin – ils s’en iront faire leurs propres affaires après 3 à 5 ans. En revanche, si vous avez un modèle privé, c’est soit votre propre bébé soit vous pouvez espérer des parts de capital ou au moins le diriger où vous le souhaitez. Si vous avez donc un modèle public ou public-privé, je vous encourage donc à faire le maximum pour épanouir votre équipe, la faire grandir et lui donner un maximum de responsabilités, afin de les retenir le plus longtemps possible.

En résumé, il est évident qu’aucun modèle universel n’existe pour les incubateurs technologiques. Selon moi, le marché pour les incubateurs financés de façon purement privés et de façon durable n’existe pas encore pour la plupart des pays d’Afrique Sub-Saharienne. Nous devons saisir les opportunités qui résident dans le fait d’impliquer des donneurs publics et internationaux, notamment les partenaires au développement. Cependant, dans le champ de l’entreprenariat technologique en Afrique, tout est histoire de leadership, d’équilibre d’influences et d’équipe.

start-up Afrique

Article paru dans Les Echos Business le 7 avril 2014

 Positionnés dans plusieurs pays, les structures d’accompagnement financées par des grands groupes internationaux jouent un rôle majeur dans l’éclosion des start-up africaines.

Applications mobiles, ingénierie informatique, logiciel libre … dans le secteur du numérique, les start-up africaines poussent comme des champignons. Pour Karim Koundi, directeur associé responsable Afrique francophone au sein du cabinet conseil Deloitte, la prolifération de ces jeunes pousses tient notamment à la création de structures d’accompagnement pilotées par de grands groupes informatiques ou télécom. « Cela concerne surtout les pays où l’activité Telecom est déjà développée comme le Gabon, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Tunisie ou le Maroc », précise le consultant. Ces incubateurs locaux vont fournir une assistance comptable, juridique, marketing … et donner un coup de pouce financier. Une aubaine dans des pays où les investisseurs se font rares.

Orange, Microsoft : des groupes en soutien

A Dakar, le CTIC d’Orange a vocation à mettre en œuvre un modèle et un écosystème favorables à l’émergence et au développement d’entreprises dans le secteur des TIC. Le groupe français possède une structure similaire à Tunis. Dans cette ville, Microsoft s’est associé avec l’opérateur Tunisiana pour lancer dès 2007 une pépinière de start-up d’où sont déjà sortis 60 projets innovants.

A Accra au Ghana, un pays où le taux de croissance atteindrait 8% en 2013, deux incubateurs spécialisés dans les applications mobiles ont déjà vus le jour. Fondée en 2011, l’association mFriday est spécialisée dans l’accompagnement d’étudiants locaux tandis que Mobile Web Ghana prend en main des ingénieurs et des créateurs de start-up avec des programmes de coaching.

D’autres structures de ce type existent au Nigéria où l’on compte 75 millions d’abonnés mobiles. Ailleurs, sur le continent, il y a d’autres lieux de soutien en cours de création comme la nouvelle pépinière d’entreprises de Niamey (Niger), dédiée aux TIC et aux énergies renouvelables et soutenue par Orange.