Archives for posts with tag: Dakar

incubateur afriquePour beaucoup, il n’est pas facile de comprendre ce que veut dire accompagner les tech-entrepreneurs en Afrique. En effet, cette mission fascinante ne préoccupe que quelques bailleurs de fonds, financiers de capital risque, conseillers de tout genre et bien sûr, les structures incubatrices.

Pour moi, ce travail est des plus passionnants au monde, car vous êtes en rapport avec des entrepreneurs brillants et visionnaires, vous êtes en contact avec beaucoup de technologies et de modèles d’entreprises, vous apprenez à connaitre ces entrepreneurs et parfois devenez amis avec quelques-uns.

Mais cela peut aussi être le travail le plus ingrat au monde, et voici pourquoi :

  • La plupart d’entre nous ne deviendrons jamais riches en faisant ce que nous faisons ! En effet, très peu d’entres nous investissons notre propre argent ou avons des parts dans les entreprises que nous accompagnions. Le reste, sont des bénévoles, des employés, des mentors etc et la plupart de nos centres sont des organisations à but non-lucratif. L’ironie c’est que parfois lorsque vous essayer d’avoir une approche entrepreneuriale afin de rendre votre centre viable, on vous reproche de ne pas être assez social !
  • Vous êtes jugés lors que vos startups échouent et vite oubliés quand elles réussissent. Je n’ai pas besoin d’élaborer là dessus, je pense que vous comprenez. Les entrepreneurs ont tous leurs raisons de ne pas dire que c’est vous qui les avez aidés lors qu’ils étaient au plus bas, lorsqu’ils étaient au bord de l’épuisement, quand ils étaient en conflit avec leurs partenaires ou leurs employés, ou encore lorsqu’ils avaient besoin de quelqu’un à qui parler. Et pourtant, vous étiez là à chaque instant. Mais je peux le comprendre. Comme nous, ils évoluent dans un environnement incertain et plein de pression. Certains ne peuvent pas se permettre de s’en vouloir pour ce qui n’a pas marché ou être reconnaissants de quelque chose en dehors de leur propre génie lorsqu’ils réussissent.
  • Vous pouvez toujours mieux faire et c’est une bonne chose d’ailleurs ! Votre travail et votre performance seront toujours mis à l’épreuve et vous êtes donc obligés de vous améliorer à chaque fois et vous êtes rarement félicités pour vos actions. Et même si cela est très ingrat, encore une fois, ceci est une bonne chose. Vous continuez à faire de mieux en mieux pour vos entrepreneurs.

Mais ces sentiments personnels doivent être gérés par chacun. La vraie question que je me pose est la suivante :

Devons-nous vraiment accompagner les entrepreneurs ou est-ce que les vrais entrepreneurs réussissent à se lancer tous seuls ?

  • Nous devons tous conseiller, mettre la pression, ouvrir des portes et booster leurs entreprises, mais nous ne devons pas gérer leurs entreprises à leurs places. En théorie, en tout cas. Dans notre travail vous vous rendrez vite compte que si, à un moment donné, vous n’y mettez pas la main dans la pâte et faire ce qu’il y a à affaire aux cotés de vos entrepreneurs, vous n’arriverez jamais à les faire travailler sur ce qui est stratégique ou même vous faire respecter. Ceci dit, vous devez vous assurer que vous apportez de l’aide qu’à ceux qui sont prêts à donner autant à leur entreprise que vous ne soyez prêts à donner pour votre incubateur. Parfois, des circonstances particulières font que votre entrepreneur ou son équipe ne puissent plus fonctionner (l’épuisement, ou le départ d’un employé clé sont des cas fréquents). Dans ces cas-là, soit vous regardez l’entreprise s’effondrer en vous disant que ça n’est pas de votre faute ou vous gérez l’entreprise en période de crise. Heureusement, nous n’avons eu à le faire qu’une seule fois au CTIC, en trois ans d’activités. Cette startup qui était en situation critique à l’époque fait maintenant partie des plus prospères au Sénégal.
  • Même les plus grands entrepreneurs auront besoin d’aide à un moment donné.

On vous dira, surtout aux États-Unis, qu’un entrepreneur qui a besoin d’être accompagné par un incubateur, ne réussira pas au final. C’est peut-être vrai en Amérique du Nord ou les incubateurs peuvent en effet être remplacés par d’autres acteurs de l’écosystème qui sont déjà actifs depuis longtemps : les mentors, les bailleurs de fonds, les professeurs, les compagnons de classes, la famille—qui jouent un rôle crucial dans la création des success stories que nous connaissons tous.

Mais au Sénégal, comme probablement dans beaucoup d’autres pays, nous n’avons pas beaucoup de types d’accompagnements pour les startups. Votre incubateur peut donc jouer un rôle très important. Mais il est également dangereux de centraliser cet accompagnement pour les entrepreneurs dans seulement un ou deux lieux dans un pays. C’est pour cela que je crois qu’il est clairement de notre rôle d’aider à construire un écosystème et accompagner d’autres structures—même si cela veut dire qu’un jour ils deviendront nos concurrents. Pas de quoi s’inquiéter, car la tâche est immense et plus on est de fous, plus on rit !

  • Nous devrions accompagner les entrepreneurs comme si nous avions investi un million de dollars sur eux.

Nous devons le faire avec passion, dévouement et de l’empathie. Nous devons nous mettre dans la tête et dans la vie de nos entrepreneurs chaque fois que nous les rencontrons et travaillons avec eux. Pour nous au CTIC, il a naturellement été plus facile pour nous de créer ce rapport symbiotique avec les entrepreneurs qui se trouvent dans le hub plutôt qu’avec nos incubés « virtuels » qui eux, ont des bureaux en dehors des locaux de notre incubateur.

  • Enfin, nous ne devons jamais nous approprier le succès d’une entreprise

J’ai entendu dire une fois, que les bons incubateurs et accélérateurs ne parlent jamais plus d’eux-mêmes que de leurs entreprises. Je suis totalement d’accord. Je crois que quelques soient les services que vous offrez à vos startup, vous n’êtes pas responsables de leurs succès ! Les personnes remarquables réussissent quoi qu’il arrive—vous avez seulement aidez à booster leur croissance et les faire surmonter les moments difficiles.

En résumé, ce travail passionnant est très difficile dans les pays dans lesquels les écosystèmes restent à construire. Mais faites-le avec passion et humilité. Voyez au-delà et ne vous découragez pas ! Vous êtes sur la bonne voie !

Advertisements

Notes rédigées en partenariat avec Omar CISSE, directeur du CTIC, à l’occasion de la consultation sur l’élaboration de la Stratégie Nationale du Numérique du Sénégal en 2013.

Depuis plus d’une vingtaine d’années, les spécialistes étaient d’avis que le Sénégal regorge d’un potentiel important dans le domaine des Technologies de l’information et de la Communication.

  • Un environnement politique stable
  • Une bonne connectivité Internet
  • Un taux de pénétration du mobile de plus de 80%
  • Plus de 350 entreprises TIC
  • Une contribution de 7 à 9% des TIC au niveau du Produit Intérieur Brut

Cependant, force est de constater qu’aujourd’hui, ce potentiel n’est toujours pas assez exploité et que les TIC au Sénégal n’ont pas connu le développement attendu. Le développement des TIC au Sénégal ne saurait se faire sans des entreprises fortes capables de porter cette économie.

Constat

Cependant, il faut noter que :

• La contribution au PIB est essentiellement portée par les opérateurs de télécommunication et que la part des autres entreprises TIC est très faible ;
• La plupart des entreprises ne dépasse pas les 3 années d’existence ;
• Rares sont les entreprises qui font de la recherche développement du fait qu’elles sont souvent dans un état de survie et que le court terme est leur priorité
• Il n’existe pas de fonds d’amorçage pour des entreprises qui démarrent

L’environnement n’est pas toujours aussi propice au développement des entreprises :
• Le Sénégal ne dispose pas d’une vision clairement définie dans le secteur des TIC. Ceci ne favorise pas l’émergence d’une véritable industrie des TIC
• Le financement par les banques est difficilement accessible par les entreprises TIC du fait qu’elles ne disposent pas souvent de biens matériels pouvant servir de garantie. L’entreprise repose plus sur les ressources humaines et des immobilisations incorporelles. Il n’existe pas aussi de fonds de garantie dédié à ce secteur comme on en trouve pour d’autres ;
• L’investissement privé n’est pas assez structuré dans le secteur des TIC. C’est ainsi qu’il n’existe pas d’outils d’investissement qui pourraient accompagner les porteurs de projets à différents stades de développement (business angels, Venture capitalists, etc.)
• Il existe une faible connexion entre l’Université et l’entreprise. Ceci fait que l’innovation au sein des universités n’est pas vraiment exploitée par l’entreprise et que les véritables problématiques de ces entreprises ne sont pas toujours adressées par les universités. L’entreprenariat pourrait aussi être mieux développé à l’Université dans des domaines qui gagneraient à être mieux adressés par les TIC (agriculture, pêche, élevage, industries culturelles, etc.) ;
• Il existe très peu de structures d’accompagnement pouvant encadrer les entreprises TIC dans leur développement. Le secteur gagnerait à disposer d’un cybervillage, de plus d’incubateurs, de Co-working space, d’organisations qui accompagnent les entrepreneurs, etc. ;
 

Propositions

Les réponses à ces questions sont connues et ont fonctionné dans d’autres pays. Par exemple :
– fonds de soutien à la R&D et l’innovation (type OSEO en France ou SBIR aux US)
– fonds d’amorçage pour les PME TIC
– fonds de co-investissement lié à un club de Business Angel pour amorcer l’industrie du capital risque
– incubateurs et accélérateurs viables économiquement mais soutenus en partie par le gouvernement (son implication du gvt dans ces initiatives est indispensable pour amorcer le modèle)
– co-working spaces et espaces de création pour les développeurs et designers
– programmes de recherches financés par les industriels dans les écoles et universités
– programmes d’entrepreneuriat dans les écoles et universités

– établissement de partenariat avec centres de recherche ou entreprises étrangère, pour amener des technologies de pointe sur le marché Africain

– initiative nationale de promotion de l’entrepreneuriat tech (cf. (cf. Startup America, Startup Britain, Startup Chile, etc)