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Interview réalisée par le journaliste et blogueur Samir Abdelkrim pour le blog de Orange Entrepreneur Club

Samir Abdelkrim – Qu’est-ce que Yux Dakar ? Quelle est votre vision et comment a démarré cette aventure ?

YUX Dakar est une jeune entreprise spécialisée dans le design d’expérience utilisateur ou UX Design. Notre objectif est de concevoir des produits digitaux originaux adaptés aux populations africaines en se basant sur des études de terrain et en appliquant les diverses méthodes du Design Thinking. L’aventure a commencé en mai 2016 quand plusieurs passionnés de UX design et de technologies basés à Dakar se sont retrouvés autour de deux constats : 1) Les startups sénégalaises et africaines en général pèchent terriblement en terme d’expérience utilisateur et de qualité graphique de leurs interfaces 2) Nous ne consommons finalement que très peu de produits digitaux originaux pensés à partir de nos besoins, et les startups sont souvent tentées de répliquer des solutions et modèles occidentaux. A partir de là, l’équipe de YUX s’est formée et nous avons commencé par donner des ateliers de formation à des développeurs, graphistes ou entrepreneurs. Depuis, nous accompagnons également plusieurs entreprises dans la conception de nouveaux produits digitaux.

Expérience utilisateur, ergonomie ou design… De quoi parle-t-on au juste lorsque l’on parle d’UX ?

L’expérience utilisateur (User Experience / UX en anglais) se réfère à l’expérience totale d’une personne ou communauté utilisant un produit, un système ou un service particulier. Il s’agit d’un ensemble de méthodologies concrètes qui vise à rendre un système facile d’utilisation, intuitif, ergonomique et logique. Issue de l’ergonomie et des sciences humaines, l’expérience utilisateur a pour objectif d’accroître la satisfaction liée à l’usage de fonctions en en améliorant, de manière continue, la forme, le fond et l’accessibilité.
L’ergonomie est un terme plus ancien que les gens connaissent mieux et l’ergonome est souvent l’une des personnes qu’on appelle pour créer une bonne expérience utilisateur. Mais le UX Design fait également appel à d’autres spécialistes comme le web / UI designer qui s’occupe principalement de l’aspect visuel et graphique des interfaces, l’architecte de l’information, l’expert en utilisabilité, l’expert en recherche utilisateur, etc.

S’agit-il d’un concept bien connu en Afrique francophone ? La demande est forte localement ?
Non, on a encore du boulot ! C’est un domaine tout nouveau en Afrique francophone et anglophone. A notre connaissance hormis en Afrique du Sud, il n’y a que deux boites spécialisées en UX en Afrique sub-saharienne, à Nairobi et à Lagos. Honnêtement nous pensons que la demande « solvable » (c’est-à-dire des gens prêts à payer le prix !) n’est pas encore là, même s’il y a un fort besoin. C’est d’ailleurs pourquoi nous ne nous concentrons pas sur les services aux entreprises mais investissons plutôt sur nos propres études et produits. Nous avons cependant eu la chance de travailler avec Orange ou l’agence digitale ByFilling qui nous ont tout de suite fait confiance.

L’expérience utilisateur est-elle différente entre Dakar et Paris ?
Oui et non. Certains produits comme Facebook et Google ont créé des normes en termes d’usage que les gens s’approprient rapidement. Cependant, il y a également une multitude de spécificités locales dues au fait que les gens découvrent le web via le mobile et non le PC, à la connectivité, aux besoins et modes de fonctionnement des entreprises, à l’alphabétisation, etc. Mais nous souhaitons étudier tout cela de beaucoup plus près pour savoir à quelles fonctions ou émotions sont associées les couleurs, les gestes, les sonorités, les icônes, etc.

Pour l’instant nous avons mené deux études : l’une sur l’économie de partage au Sénégal, et une autre sur les vendeurs de rue dit « marchands ambulants ». Les résultats de ces études sont partagés en ligne dans le but d’aider les entrepreneurs à réfléchir à des concepts innovants issus d’analyses de terrain.

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Et entre Dakar ou Abidjan, peut-on parler de différences significatives dans l’expérience utilisateur ?
Nous pensons que oui car les usages sont liés à la psychologie qui elle-même est influencée par de nombreux facteurs locaux, dont la culture, la langue, l’environnement, etc. Mais concrètement aujourd’hui il n’y a pas assez de données pour le dire précisément. Ce serait d’ailleurs intéressant pour les écosystèmes des deux pays d’avoir des insights là-dessus de la part d’Orange ou de ses partenaires comme Jumia.

Concrètement, à quel moment intervient la question de l’expérience utilisateur lorsqu’un développeur ou un entrepreneur démarre son projet ?
Elle peut rentrer en jeu dès le début du projet, où elle est particulièrement utile pour découvrir ses utilisateurs et tester rapidement des hypothèses. Il faut ensuite travailler dessus régulièrement et notamment quand la startup grandit et touche de nouveaux types de clients. Même si c’est l’idéal, vous pouvez dans un premier temps vous passer d’un designer à temps plein et faire appel à de la consultance ponctuelle. L’important c’est surtout que votre équipe comprenne la démarche et écoute en permanence ses utilisateurs. C’est généralement en grandissant que les choses se complexifient et qu’une équipe de UX designers permet de passer le cap de la startup à l’entreprise.

En 5 bullet points, quelle est la check list idéale lorsque l’on souhaite inclure une démarche d’UX lorsque l’on crée une application mobile ou une plateforme internet en Afrique ?
La première étape serait bien sûr de prendre un café avec notre équipe ! Il vous faudra ensuite :
1) Définir précisément les objectifs business de votre application
2) Analyser des besoins et désirs de vos utilisateurs par des études de terrain, des focus groups, des interviews et de l’analyse de données.
3) Brainstormer pour développer de nouveaux concepts ou donner de nouvelles orientations basés sur l’écoute de vos clients et répondant aussi à vos objectifs business
4) Concevoir des wireframes et prototypes (sans code) afin de tester rapidement vos hypothèses au sein de votre équipe ou auprès de vos utilisateurs
5) Recueillir les feedbacks, améliorer votre prototype et finalement construire la version béta de votre application.

Une fois l’application lancée, il faut bien sûr mettre en place des mécanismes simples pour écouter les feedbacks de vos utilisateurs de façon régulière. Pensez aussi à bien impliquer l’ensemble de l’équipe, commerciaux, développeurs, chef de produit, etc, dans la démarche UX.

Pour aller plus loin
Blog : yuxdakar.com
Facebook : FB.com/yuxdakar
Twitter : @yuxdakar
Email : hello@yuxdakar.com

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Présentation sur le design d’expérience utilisateur en Afrique réalisée lors de la WIAD de Lyon en Février 2017. Focus sur une étude qualitative portant sur les usages numériques des marchands ambulants au Sénégal.

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En août dernier, nous avons eu la chance d’accueillir à YUX DakarSelam Mebrahtu, une jeune étudiante en Master Design Innovation et Société à l’Université de Nîmes en France. Ce Master a pour objectif principal d’enseigner aux étudiants la méthodologie du design thinking appliquée à des projets d’innovations sociales, dans le respect des aspirations et des besoins de toutes les parties prenantes. Pendant un mois, Selam a donc travaillé en étroite collaboration avec toute l’équipe de YUX Dakar et ses partenaires pour réaliser une étude sur l’économie du partage au Sénégal avec un focus spécifique sur le financement participatif.

Qu’est-ce que l’économie de partage ?

Tout d’abord, définissons  l’économie du partage : c’est un modèle qui  s’inspire de l’économie de la fonctionnalité. Cette dernière qualifie le passage d’une économie de la propriété à une économie de l’usage, où les particuliers s’échangent et partagent les biens, les services, l’argent, le temps et les connaissances entre eux. Ce modèle économique propose différentes manière de consommer qui sont principalement destinés à créer de la solidarité et du lien social. La spécificité commune des services issus de l’économie du partage est de favoriser l’interaction entre particuliers en limitant les intermédiaires. L’expansion de ce type de service est facilitée par les innovations technologiques et notamment le développement des plateformes internet collaboratives, qui mettent les particuliers directement en relation.

Objectifs et méthodologie de l’étude

L’objectif de l’étude était de comprendre les spécificités culturelles et technologiques des Sénégalais afin d’identifier les éléments qui allaient leur permettre d’utiliser ou non des services issus de l’économie du partage. Cette étude sur les usages se voulait exclusivement qualitative (quelques interviews en profondeur), et sera complétée prochainement pour une partie quantitative en cours de réalisation.

L’étude est a été divisée en trois grandes phases : L’immersion et l’enquête  —-  la génération de solutions innovantes ou idéation —–  et enfin la création de plusieurs concepts de services adaptés au Sénégal. Elle aurait pu être suivie d’une phase de prototypage et puis d’une phase de développement de solutions web ou mobiles mais nous avons pris le parti de nous arrêter aux concepts et de les partager avec les startups locales lors d’un événement et avec ce document de synthèse publié en ligne.

La phase d’immersion

Dans la première partie, l’objectif de Selam a été de s’immerger totalement dans la culture Sénégalaise afin de mieux cerner ses spécificités. Cette phase d’immersion nous a permis d’en déduire que le partage est omniprésent au Sénégal – il y’a un mot en Wolof : Mbokk qui signifie « à partager » ou « à avoir en commun ». Ce mot, comme le concept du partage,  est employé très majoritairement dans un cercle fermé, comme par exemple les personnes d’une même ethnie, d’une même caste, d’une même famille, les voisins de quartier, les personnes pratiquant la même religion, les camarades de classe et les collègues de travail. Le Mbokk se manifeste par cette volonté de non seulement tout partager mais également de prendre soin de toutes les personnes qui font partie de ce ‘groupe’.

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Pour compléter la recherche de la phase immersion, il a également fallu collecter le plus d’informations possible avec des sessions d’observations et d’interviews  auprès de différents acteurs issus de secteurs divers et variés. Ces derniers nous ont éclairés sur les différents secteurs où persistent de réels besoins d’innovation en termes de proposition de service, par exemple l’éducation, le transport, la santé, les services à la personne, l’accès à l’internet, etc. Tous les secteurs évoqués par les interviewés auraient mérités d’être développés mais pour débuter nous avons choisi de centraliser notre recherche sur un seul secteur : le financement participatif.

Une fois le secteur choisi et la problématique définie, nous avons réalisé une deuxième enquête avec un échantillon de personnes sélectionnées par rapport à leurs domaines d’activité : artiste, président d’association de quartier, entrepreneur, femme transformatrice, etc. Des entretiens approfondis ont été réalisées avec eux afin de mieux comprendre leurs aspirations, leurs frustrations, leurs besoins de financement, leur capacité à utiliser les outils numériques, etc.

Ces entretiens nous ont permis de concevoir quatre Personas, c’est-à-dire des personnages fictifs synthétisant les informations récoltées. Ces personas sont un excellent outil de travail car ils permettent lors les phases suivantes de toujours garder en tête les personnes pour qui le designer conçoit des produits ou services.image10

 La phase d’idéation

Une phase de génération de solutions innovantes a ensuite été amorcée via un atelier participatif impliquant les cibles précédemment définies et d’autres personnes concernées par la problématique du financement.

Lors de cet atelier les participants se sont servis des personas préalablement conçus afin de proposer des solutions précises et adaptées aux usages et besoins des acteurs directement concernés par la problématique du financement participatif. Cette méthode de recherche, qui est centrée sur les utilisateurs, ouvre le champ des possibles à travers une méthodologie créative donnant des réponses et/ou résultats faciles et rapides à mettre en œuvre.

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La phase de conception

Les pistes de solutions que nous avons obtenues lors de l’atelier nous ont permis d’arriver à la dernière étape de l’étude : la  phase de conception. Celle-ci s’est déroulée sous la forme d’un workshop en interne avec une équipe pluridisciplinaire afin de mutualiser les compétences et connaissances de chacun. De cette phase de travail sont ressortis 6 concepts de financement participatif qui ont été présenté au public lors d’un YUX Meetup afin de recueillir quelques feedbacks de la communauté technologique du pays.

Le contenu de cette première étude de YUX Dakar a été partagé gratuitement en ligne – vous pouvez le retrouver ici : http://www.slideshare.net/yuxdakar

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Un grand merci à toi Selam pour ce superbe travail réalisé en  1 mois seulement. Reviens nous vite à Dakar !