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En août dernier, nous avons eu la chance d’accueillir à YUX DakarSelam Mebrahtu, une jeune étudiante en Master Design Innovation et Société à l’Université de Nîmes en France. Ce Master a pour objectif principal d’enseigner aux étudiants la méthodologie du design thinking appliquée à des projets d’innovations sociales, dans le respect des aspirations et des besoins de toutes les parties prenantes. Pendant un mois, Selam a donc travaillé en étroite collaboration avec toute l’équipe de YUX Dakar et ses partenaires pour réaliser une étude sur l’économie du partage au Sénégal avec un focus spécifique sur le financement participatif.

Qu’est-ce que l’économie de partage ?

Tout d’abord, définissons  l’économie du partage : c’est un modèle qui  s’inspire de l’économie de la fonctionnalité. Cette dernière qualifie le passage d’une économie de la propriété à une économie de l’usage, où les particuliers s’échangent et partagent les biens, les services, l’argent, le temps et les connaissances entre eux. Ce modèle économique propose différentes manière de consommer qui sont principalement destinés à créer de la solidarité et du lien social. La spécificité commune des services issus de l’économie du partage est de favoriser l’interaction entre particuliers en limitant les intermédiaires. L’expansion de ce type de service est facilitée par les innovations technologiques et notamment le développement des plateformes internet collaboratives, qui mettent les particuliers directement en relation.

Objectifs et méthodologie de l’étude

L’objectif de l’étude était de comprendre les spécificités culturelles et technologiques des Sénégalais afin d’identifier les éléments qui allaient leur permettre d’utiliser ou non des services issus de l’économie du partage. Cette étude sur les usages se voulait exclusivement qualitative (quelques interviews en profondeur), et sera complétée prochainement pour une partie quantitative en cours de réalisation.

L’étude est a été divisée en trois grandes phases : L’immersion et l’enquête  —-  la génération de solutions innovantes ou idéation —–  et enfin la création de plusieurs concepts de services adaptés au Sénégal. Elle aurait pu être suivie d’une phase de prototypage et puis d’une phase de développement de solutions web ou mobiles mais nous avons pris le parti de nous arrêter aux concepts et de les partager avec les startups locales lors d’un événement et avec ce document de synthèse publié en ligne.

La phase d’immersion

Dans la première partie, l’objectif de Selam a été de s’immerger totalement dans la culture Sénégalaise afin de mieux cerner ses spécificités. Cette phase d’immersion nous a permis d’en déduire que le partage est omniprésent au Sénégal – il y’a un mot en Wolof : Mbokk qui signifie « à partager » ou « à avoir en commun ». Ce mot, comme le concept du partage,  est employé très majoritairement dans un cercle fermé, comme par exemple les personnes d’une même ethnie, d’une même caste, d’une même famille, les voisins de quartier, les personnes pratiquant la même religion, les camarades de classe et les collègues de travail. Le Mbokk se manifeste par cette volonté de non seulement tout partager mais également de prendre soin de toutes les personnes qui font partie de ce ‘groupe’.

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Pour compléter la recherche de la phase immersion, il a également fallu collecter le plus d’informations possible avec des sessions d’observations et d’interviews  auprès de différents acteurs issus de secteurs divers et variés. Ces derniers nous ont éclairés sur les différents secteurs où persistent de réels besoins d’innovation en termes de proposition de service, par exemple l’éducation, le transport, la santé, les services à la personne, l’accès à l’internet, etc. Tous les secteurs évoqués par les interviewés auraient mérités d’être développés mais pour débuter nous avons choisi de centraliser notre recherche sur un seul secteur : le financement participatif.

Une fois le secteur choisi et la problématique définie, nous avons réalisé une deuxième enquête avec un échantillon de personnes sélectionnées par rapport à leurs domaines d’activité : artiste, président d’association de quartier, entrepreneur, femme transformatrice, etc. Des entretiens approfondis ont été réalisées avec eux afin de mieux comprendre leurs aspirations, leurs frustrations, leurs besoins de financement, leur capacité à utiliser les outils numériques, etc.

Ces entretiens nous ont permis de concevoir quatre Personas, c’est-à-dire des personnages fictifs synthétisant les informations récoltées. Ces personas sont un excellent outil de travail car ils permettent lors les phases suivantes de toujours garder en tête les personnes pour qui le designer conçoit des produits ou services.image10

 La phase d’idéation

Une phase de génération de solutions innovantes a ensuite été amorcée via un atelier participatif impliquant les cibles précédemment définies et d’autres personnes concernées par la problématique du financement.

Lors de cet atelier les participants se sont servis des personas préalablement conçus afin de proposer des solutions précises et adaptées aux usages et besoins des acteurs directement concernés par la problématique du financement participatif. Cette méthode de recherche, qui est centrée sur les utilisateurs, ouvre le champ des possibles à travers une méthodologie créative donnant des réponses et/ou résultats faciles et rapides à mettre en œuvre.

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La phase de conception

Les pistes de solutions que nous avons obtenues lors de l’atelier nous ont permis d’arriver à la dernière étape de l’étude : la  phase de conception. Celle-ci s’est déroulée sous la forme d’un workshop en interne avec une équipe pluridisciplinaire afin de mutualiser les compétences et connaissances de chacun. De cette phase de travail sont ressortis 6 concepts de financement participatif qui ont été présenté au public lors d’un YUX Meetup afin de recueillir quelques feedbacks de la communauté technologique du pays.

Le contenu de cette première étude de YUX Dakar a été partagé gratuitement en ligne – vous pouvez le retrouver ici : http://www.slideshare.net/yuxdakar

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Un grand merci à toi Selam pour ce superbe travail réalisé en  1 mois seulement. Reviens nous vite à Dakar !

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En mai 2016 nous avons lancé  YUX Dakar, la communauté de passionnés du Design d’expérience utilisateur au Sénégal. Son but est de former des talents en UX Design et d’accompagner les entreprises africaines dans le développement de produits et services numériques innovants adaptés aux populations et à leur diversité. Petit retour sur cette genèse.

Pourquoi un lab de UX Design au Sénégal ?

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Pour ceux qui ne sont pas très doués en géographie, le Sénégal est un pays d’Afrique de l’Ouest, peuplé de près de 15 millions d’habitants, dont la capitale est Dakar. Comme beaucoup de pays d’Afrique sub-saharienne, sont économie est en pleine expansion et sa population est jeune (50% à moins de 17 ans). Par ailleurs, bien qu’il y ait encore une forte marge de progression, le Sénégal est aussi l’un des pays les mieux connecté du continent avec un taux de pénétration des services internet de plus de 58% (source ARTP 2016) et un taux de pénétration mobile de 113%.

Disposant d’un système universitaire attirant les étudiants de toute l’Afrique francophone et d’une économie déjà diversifiée, le Sénégal s’est rapidement positionné comme un « Hub  numérique » en Afrique. Depuis 2012, nous avons donc assisté à une croissance rapide du nombre de startups de logiciel, plateformes web ou agences digitales, portées notamment par les incubateurs ou co-working spaces eux aussi en pleine émulation.

Cependant, pour avoir travaillé pendant plusieurs années aux côtés des PME numériques du pays, notre équipe a pu constater à quel point le manque de connaissance sur les sujets du design d’interface et d’expérience utilisateur à extrêmement limité la croissance des entreprises locales. Ces dernières ce sont faites rapidement concurrencer par des plateformes étrangères – loin d’être idéales – mais respectant juste certains standards en termes d’ergonomie. Par ailleurs, combien d’app mobiles ont été développées à la va vite et propulsées sur les stores (surtout Android – moins contraignant) sans la moindre réflexion autour des attentes des futurs utilisateurs.

Enfin, il est également fréquent de voir des entreprises étrangères et organisations internationales développer depuis leurs sièges des applications web ou mobiles qui in-fine ne seront jamais adoptées par les utilisateurs finaux, parfois illettrés en français ou situés dans des zones rurales mal connectées.

Il était donc temps de faire quelque chose et s’est donc naturellement que des personnes aux profils variées venant du monde des technologies, du design web ou du design produit, se sont réunies pour former YUX Dakar – avec une vison simple :

« Favoriser la conception d’innovations adaptées aux populations Africaines ».

Cette vision se réalisera par trois types d’actions : former, étudier et accompagner.

Formation : former les graphistes, développeurs et entrepreneurs sur les méthodologies et outils UX-UI design

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La première activité de YUX Dakar, avant même sa création, a été de réaliser des ateliers de formation sur le UX et UI design destinés aux graphistes, développeurs et entrepreneurs. Accessibles gratuitement ou à un prix modique (2000 fcfa) ces workshops d’initiation ont réunis de 8 à 30 personnes autours de sujet tels que : « les outils du UX-UI Designer », « les 20 tests de l’expérience utilisateur » ou encore « les personas et techniques d’entretiens ».

YUX Dakar établit en ce moment un curriculum de formation complet qui permettra aux participants débutants ou confirmés de participer à une suite de formations adaptées à leur niveau.

Etudes et recherche : produire des études publiques faisant avancer l’état de l’art sur les usages et services en Afrique

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L’autre mission cruciale que se donne YUX Dakar est de contribuer à l’état de l’art en ce qui concerne le domaine de l’expérience utilisateur et des interactions homme-machine en Afrique. En effet, tous ceux qui ont travaillé en occident et  en Afrique ressentent que les technologies sont assimilées et utilisées différemment dans les deux régions – mais très peu d’ouvrages ou même d’articles de blogs parlent de ce phénomène précisément. C’est pourquoi YUX Dakar se penchera bientôt sur des études et articles publics destinés à être partagés avec le plus grand nombre.

Consulting : permettre aux entreprises et organisations de concevoir des produits numériques parfaitement adaptés aux publics africains

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Enfin, il nous a paru primordial de pouvoir accompagner les entreprises de toutes tailles ainsi que les ONG dans la conception de produits technologiques adaptées aux populations du continent. Ce pourra être des entreprises internationales conscientes de l’importance d’adapter leurs solutions aux populations qu’elles visent ; mais ce sera également des PME locales souhaitant développer des innovations africaines alignées sur des standards de qualité internationaux.

YUX Dakar est donc bien lancé et nous comptons vraiment sur vous vos feedbacks et conseils  – YUX Dakar est fait pour vous !

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Vous lancez votre boite et vous demandez ce qui vous attend ?

Voici une petite simulation des trois premières années, plutôt inspirée des sociétés de services (SSII, agence digitale, etc.) – malgré quelques similitudes, les étapes et la vie d’une startup avec un produit particulier sont différentes. Le parcours ci-dessous est bien sûr caricatural, il n’y a aucun chemin tracé vers le succès, ni vers l’échec…

Année 1 : Started from the bottom

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  • Seul ou avec des potes de promo, vous trouvez une bonne idée ou bien commencez à développer des sites ou logiciels pour vos camarades et votre Tonton commerçant.
  • Vous commencez donc à bosser, sans formaliser la structure et créez votre identité visuelle : page FB, PowerPoint, nom de la boite. Pour vous, ce dernier est super cool mais tout le monde le trouve bizarre … no stress, pensez à un gars qui faisait des ordinateurs et qui a appelé sa boite « pomme ».
  • Vous apprenez cette phrase « si tu me fais mon site, je ferai ta publicité », arme redoutable du client qui ne veut pas payer un kopeck mais souhaite avoir le même site que Facebook.
  • Vous faites votre premier flyer, vous y mentionnez que vous êtes spécialiste dans plus d’une dizaine d’activités (de la conception graphique à la production de meubles)…
  • Après 9 mois et avoir fait les sites de toute la famille (pour pas grand chose), vous commencez à avoir des « vrais » clients… vous travaillez toutes les nuits, certains clients ne payent pas et quand ils payent vous dépensez tout au Fast Food pour fêter ça.
  • Vous décidez de créer formellement l’entreprise – pas parce que vous êtes patriote et souhaitez payer des impôts mais parce que vous n’êtes pas très crédible sans statut juridique ou avec celui de la boite « Sunu Poulet » de votre papa. Vous et vos potes êtes tous Directeur de quelque chose au sein de votre nouvelle boîte.
  • Les demandes de clients s’enchainent – vous avez maintenant besoin d’embaucher vos premiers employés et de faire une « sorte » d’organigramme – Un pote entrepreneur qui sort de sa troisième faillite vous conseille de ne pas faire de CDI et ne pas payer trop cher dès le départ (il faut utiliser les commissions).
  • Les affaires marchent mais vous savez qu’il y a plein de choses que vous faites mal (suivi commercial, compta, contrats, gestion RH, management des projets, recouvrement) donc vous passez du temps à organiser cela – c’est à ce stade que rejoindre un incubateur comme CTIC Dakar peut être utile (d’ailleurs, vous ne savez pas ce que c’est qu’un incubateur).
  • Votre premier client mécontent vous appelle – cela vous fait très mal au cœur – vous convoquez toute l’équipe et vous essayez de savoir d’où vient le problème : c’est en général une mauvaise communication entre votre équipe encore junior et votre client. Vous mettez donc en place des process pour améliorer votre production et la gestion du client.
  • Vous et vos associés ne vous payez toujours pas… et c’est normal no stress.
  • Vous bouclez la première année avec sans chiffre d’affaires. Votre compta reste donc… épurée.

Année 2 : Still at the bottom

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  • Vous vous séparez de votre premier employé – très dur car cette personne était là depuis le début – 1) elle n’était pas assez payée et est partie chez BigCorporation – 2) elle ne s’est pas adapté aux exigences grandissantes de l’entreprise – 3) elle est partie faire des études à l’étranger – 4) elle a monté sa propre boite et vous fait concurrence.
  • Vous commencez à répondre à beaucoup d’appels d’offres – sans vraiment savoir comment d’ailleurs -aucun ne marche donc vous commencez à être plus « réseaux » et vous comprenez mieux les attentes, budgets et modes de fonctionnement des gros clients et décideurs.
  • Vous gagnez votre premier appel d’offres de plusieurs millions : c’est la fête !! Votre équipe est très fière. Vos concurrents (et peut être le FISC) vous remarquent enfin.
  • Vous changez l’organigramme (dans votre tête) tous les mois et essayez d’embaucher autant que possible – mais vous ne savez pas comment trouver des talents. Vous rappelez donc ces profs qui vous traitaient de cancre afin d’organiser des événements et témoignages dans les écoles !
  • Vous passez la majeure partie de votre temps à encadrer vos équipe, du plus jeune au plus anciens. Vous remarquez que c’est vraiment de base en gestion du temps, organisation, service client dont ils ont besoin. Vous les incitez à prendre des initiatives.
  • Vous devez à ce stade avoir des process et une gestion compta admin solide.
  • Vous commencez à être contacté sur linkedin par des gars « chelous » d’Inde et de Chine qui veulent faire du « Business » avec vous.
  • Vous finissez l’année avec quelques dizaines de millions (FCFA) de chiffre d’affaire mais avec un résultat net plutôt faible que vous ne comprenez pas (vous allez donc sur un MOOC pour améliorer vos notions de compta).
  • Vous vous posez les questions fatales : « combien vais-je devoir payer d’impôt ? » et « dois-je vraiment les payer d’ailleurs ? » Vous décidez donc d’embaucher un responsable financier et vous faite conseiller par un expert.

Année 3 : Get Rich or Die Tryin’

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  • Votre défi principal est de recruter, de faire grandir et de retenir votre équipe, vous mettez donc des choses en place pour le bien être de vos gars (sorties d’équipes, tournois de foot, paniers ramadan, nouvelles chaises, etc.). Vous vous posez la question fatale : « doit-on avoir du café gratuit pour la team ? Après 2 heures de discussion… le comptable tranche : NON.
  • Vous devez gérer les premiers états d’âmes de vos associés ou premiers employés qui ne se retrouvent plus forcément dans la structure (trop de procédures, nouveaux employés plus compétents qu’eux). Vous allez devoir faire des choix difficiles selon votre instinct pour garder les meilleurs.
  • Vous êtes de plus en plus invités à des conférences, forum : c’est très bien pour votre visibilité et le réseautage, mais cela commence à vous prendre du temps : choisissez-les bien.
  • Vous aimeriez développer plus de produits mais ne savez pas comment gérer vos RH et trouver l’équilibre entre servir au mieux les clients et développer des innovations. Une des options est de permettre à vos plus anciens développeurs de travailler sur des sides projects 1 ou 2 jours par semaine – cela les motivera et leur permettra de rester au top technologiquement parlant.
  • Vous commencez à cibler la sous-région – c’est très tentant car vous n’y voyez que peu de compétition mais il vous faut évaluer très finement les coûts et opportunités des pays cibles. Vous devez donc faire des business plan précis pour vous projeter dans ces nouveaux marchés. Fonctionnez surtout par opportunité : appel d’offre, associé ou employé rentrant au pays, personnes de confiance trouvées dans le pays cible, etc.
  • Vous ressentez le besoin de faire passer des certifications à vos employés (project management, technologies, outils marketing, etc.). Bonne idée.
    • vous commencez à être parmi les meilleurs des meilleurs sur votre marché et cherchez donc de plus en plus d’experts internationaux pour vous mettre au top niveau. Vous avez de la chance, le climat sénégalais attire beaucoup !
  • Vous sortez vos premiers produits, certains créent le buzz et vos employés sont fiers, d’autre plaisent aux clients B2B et vous font gagner du temps. Vous réalisez que, dans un marché immature comme le nôtre, un produit B2C demande beaucoup d’investissements en communication. Vous essayez donc de convaincre le comptable d’investir plus en com dans ce produit… la réponse est : NON. Le pire c’est que vous savez qu’il a raison.
  • (Fort de votre succès ?) vous rencontrez l’âme sœur et vous marriez. Un joli bébé suit rapidement. Cela vous force à mieux vous organiser et à vous lever tôt (finies les nuits sur les propals). Vous pensez au monde que vous voulez lui laisser.
  • Vous finissez l’année avec entre 100 et 200 millions de FCFA de CA, avec une marge largement meilleure et surtout plus de récurrence dans vos revenus. Vous hésitez un moment entre payer vos impôts et organiser un super team building sur la côte. Le comptable tranche encore une fois.
  • Néanmoins, fier du travail réalisé vous organisez, sans l’accord du comptable, une grosse soirée pour fêter cette belle année avec tous vos gars, clients, partenaires et même quelques concurrents devenus un peu « has been »!

Profitez-en : vous n’êtes que 10% des entreprises du secteur TIC au Sénégal à passer le cap des 3 ans…

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Article initialement écris pour ByFilling dans le cadre du Salon International des Professionnels de l’Economie Numérique de Dakar qui s’est tenu en décembre 2015.

Le 14 Décembre, le SIPEN à accueilli un panel de haut niveau avec plusieurs acteurs du financement et de l’accompagnement des PME numériques au Sénégal afin de discuter des moyens de soutenir l’émergence de PME à forte croissance en Afrique. Comment s’assurer de la compétitivité de l’économie numérique locale ? Comment accompagner la création et la croissance des jeunes pousses numériques ? Comment faire en sorte que les organisations qui accompagnent ces PME soient indépendantes, crédibles et viables économiques ? Essayons ensemble d’apporter quelques éléments de réponse.

Tout d’abord, pourquoi est-ce important d’avoir des PME fortes et structurées ?

En Afrique, on retrouve un grand nombre de freelancers et de petites structures dans les métiers du numériques, mais trop peu d’entreprises de 10 employés ou plus. Ces dernières sont cruciales pour un pays, car permettant de résister aux fluctuations du marché et à l’arrivée de compétiteurs internationaux qui, s’intéressent désormais massivement au digital sur le continent africain. En effet, s’il n’y a pas en face d’elles des PME d’une certaine taille capable de fidéliser leurs employés et avec des références clients assez conséquentes, ces multinationales n’auront pas de mal à prendre les talents dans l’écosystème et à faire valoir leurs clients occidentaux pour prendre les marchés locaux. De plus, les PME locales sont fortement génératrices d’emplois, qui en majorité sont qualifiés donc relativement bien rémunérés. L’impact social d’un écosystème dense de PME fortes est donc très important.

Comment favoriser l’émergence et la croissance des PME TIC ?

Premièrement, il faut bien sûr inciter à la création d’entreprises via des événements, des concours et autres Hackathons, comme il s’en organisent d’ailleurs maintenant un peu partout en Afrique. Au Sénégal, deux acteurs majeurs, CTIC Dakar et Jokkolabs, contribuent majoritairement à l’animation de cet écosystème et à la sensibilisation en entrepreneuriat technologique via des événements tels que le Tekki48, les JETIC ou la Semaine Mondiale de l’entrepreneuriat.

Ensuite, et c‘est sûrement l’aspect le plus important…et difficile, il faut accompagner ces petites structures nouvellement créées dans leur croissance. Pour ce faire, plusieurs dispositifs peuvent (et doivent) être mis en place :

1- Les incubateurs et accélérateurs d’entreprises

Leurs modèles peuvent varier mais en général, ces structures, publiques, privées ou mixtes fournissent des locaux et l’accompagnement d’experts au quotidien pour favoriser la croissance des PME.

Au Sénégal, le seul acteur de ce domaine, spécialisé dans les TIC, est CTIC Dakar. Il se focalise sur des PME innovantes de 5 à 20 employés ayant un fort potentiel de croissance. L’incubateur est surtout reconnu pour ses services de développement commercial, de gestion comptable et fiscale, de relations presse et de levée de fonds. Son modèle est basé sur un partage de la croissance du chiffre d’affaires de l’entreprise. Si l’entreprise ne grandit pas, elle ne rémunère pas l’incubateur. Ailleurs en Afrique, d’autres modèles émergent, notamment basées sur des prises de participation au capital. Ce modèle, fréquent en Afrique anglophone est encore rare en Afrique francophone et présente des limites car, il est difficilement viable et les entrepreneurs sont en général frileux à l’ouverture de leur capital.

Au Sénégal, il existe aussi d’autres incubateurs multisectoriels tels que Concree.com, qui accompagne des entreprises de tous secteurs et à tous stades via une plateforme en ligne, des mentors et des ateliers très innovants. Il y a également, Synapse Center qui accompagne des porteurs de projets par de la formation dans plusieurs secteurs.

           Lire aussi : “Les incubateurs en Afrique : sont-ils nécessaires ?

2- Les réseaux de mentorat et d’entrepreneurs

Ils sont un excellent moyen de renforcer les capacités des entrepreneurs et de favoriser les partenariats entre ces derniers. Au Sénégal, on retrouve les nouveaux réseaux comme « Enablis » ainsi que « la Rencontre des Entrepreneurs » qui regroupent des gens de qualité, en général sélectionnés par leurs pairs. Nous pouvons aussi noter le rôle important que peuvent jouer les organisations patronales du secteur dont OPTIC au Sénégal et le GOTIC en Côte d’Ivoire.

Quels modèles économiques pour ces structures ?

C’est bien sûr la question la plus importante. L’expérience des pays occidentaux et d’Afrique du nord montre que les modèles 100% publics d’incubateur ou de réseaux d’entrepreneurs ne marchent pas. Cela pour une seule et bonne raison : la crédibilité. C’est le premier aspect. Il faut absolument que votre incubateur soit dirigé par le secteur privé et que les entrepreneurs qui sont accompagnés par la structure sentent qu’ils parlent à des personnes motivées par leur réussite.

Deuxième aspect, la viabilité financière et donc l’indépendance. Il est crucial que l’incubateur cherche à avoir son propre modèle économique, pour pouvoir être plus indépendant vis-à-vis des volontés de ses partenaires, publics, privés ou internationaux, qui sont souvent décalées par rapport aux vrais besoins des entrepreneurs. Ensuite, la recherche de viabilité financière fait en sorte que l’équipe de l’incubateur devient entreprenante elle-même et établie des relations d’égal à égal avec ces entreprises.

Dernier aspect, et c’est le plus important, le fait de faire payer les entreprises pour la totalité ou au moins une partie des services, pousse l’incubateur à une augmentation progressive de la qualité de ces derniers : un client qui paye est en droit d’exiger le meilleur.

          Lire aussi : “Quel modèle choisir pour votre incubateur

En conclusion : Leadership et adaptabilité

Les incubateurs, accélérateurs et réseaux d’entrepreneurs, qui prolifèrent en Afrique représentent une opportunité énorme permettant aux acteurs publics, grands groupes ou partenaires au développement de s‘impliquer de façon pertinente pour la croissance et l’émergence de PME technologiques. Mais ces derniers pour être efficaces doivent faire preuve d’un vrai leadership et adapter en permanence leurs programmes et modèle à leur contexte local… n’essayons surtout pas de reproduire la Silicon Valley ou nous allons finir avec de faux écosystèmes, “Siliconés”.

incubateur afriquePour beaucoup, il n’est pas facile de comprendre ce que veut dire accompagner les tech-entrepreneurs en Afrique. En effet, cette mission fascinante ne préoccupe que quelques bailleurs de fonds, financiers de capital risque, conseillers de tout genre et bien sûr, les structures incubatrices.

Pour moi, ce travail est des plus passionnants au monde, car vous êtes en rapport avec des entrepreneurs brillants et visionnaires, vous êtes en contact avec beaucoup de technologies et de modèles d’entreprises, vous apprenez à connaitre ces entrepreneurs et parfois devenez amis avec quelques-uns.

Mais cela peut aussi être le travail le plus ingrat au monde, et voici pourquoi :

  • La plupart d’entre nous ne deviendrons jamais riches en faisant ce que nous faisons ! En effet, très peu d’entres nous investissons notre propre argent ou avons des parts dans les entreprises que nous accompagnions. Le reste, sont des bénévoles, des employés, des mentors etc et la plupart de nos centres sont des organisations à but non-lucratif. L’ironie c’est que parfois lorsque vous essayer d’avoir une approche entrepreneuriale afin de rendre votre centre viable, on vous reproche de ne pas être assez social !
  • Vous êtes jugés lors que vos startups échouent et vite oubliés quand elles réussissent. Je n’ai pas besoin d’élaborer là dessus, je pense que vous comprenez. Les entrepreneurs ont tous leurs raisons de ne pas dire que c’est vous qui les avez aidés lors qu’ils étaient au plus bas, lorsqu’ils étaient au bord de l’épuisement, quand ils étaient en conflit avec leurs partenaires ou leurs employés, ou encore lorsqu’ils avaient besoin de quelqu’un à qui parler. Et pourtant, vous étiez là à chaque instant. Mais je peux le comprendre. Comme nous, ils évoluent dans un environnement incertain et plein de pression. Certains ne peuvent pas se permettre de s’en vouloir pour ce qui n’a pas marché ou être reconnaissants de quelque chose en dehors de leur propre génie lorsqu’ils réussissent.
  • Vous pouvez toujours mieux faire et c’est une bonne chose d’ailleurs ! Votre travail et votre performance seront toujours mis à l’épreuve et vous êtes donc obligés de vous améliorer à chaque fois et vous êtes rarement félicités pour vos actions. Et même si cela est très ingrat, encore une fois, ceci est une bonne chose. Vous continuez à faire de mieux en mieux pour vos entrepreneurs.

Mais ces sentiments personnels doivent être gérés par chacun. La vraie question que je me pose est la suivante :

Devons-nous vraiment accompagner les entrepreneurs ou est-ce que les vrais entrepreneurs réussissent à se lancer tous seuls ?

  • Nous devons tous conseiller, mettre la pression, ouvrir des portes et booster leurs entreprises, mais nous ne devons pas gérer leurs entreprises à leurs places. En théorie, en tout cas. Dans notre travail vous vous rendrez vite compte que si, à un moment donné, vous n’y mettez pas la main dans la pâte et faire ce qu’il y a à affaire aux cotés de vos entrepreneurs, vous n’arriverez jamais à les faire travailler sur ce qui est stratégique ou même vous faire respecter. Ceci dit, vous devez vous assurer que vous apportez de l’aide qu’à ceux qui sont prêts à donner autant à leur entreprise que vous ne soyez prêts à donner pour votre incubateur. Parfois, des circonstances particulières font que votre entrepreneur ou son équipe ne puissent plus fonctionner (l’épuisement, ou le départ d’un employé clé sont des cas fréquents). Dans ces cas-là, soit vous regardez l’entreprise s’effondrer en vous disant que ça n’est pas de votre faute ou vous gérez l’entreprise en période de crise. Heureusement, nous n’avons eu à le faire qu’une seule fois au CTIC, en trois ans d’activités. Cette startup qui était en situation critique à l’époque fait maintenant partie des plus prospères au Sénégal.
  • Même les plus grands entrepreneurs auront besoin d’aide à un moment donné.

On vous dira, surtout aux États-Unis, qu’un entrepreneur qui a besoin d’être accompagné par un incubateur, ne réussira pas au final. C’est peut-être vrai en Amérique du Nord ou les incubateurs peuvent en effet être remplacés par d’autres acteurs de l’écosystème qui sont déjà actifs depuis longtemps : les mentors, les bailleurs de fonds, les professeurs, les compagnons de classes, la famille—qui jouent un rôle crucial dans la création des success stories que nous connaissons tous.

Mais au Sénégal, comme probablement dans beaucoup d’autres pays, nous n’avons pas beaucoup de types d’accompagnements pour les startups. Votre incubateur peut donc jouer un rôle très important. Mais il est également dangereux de centraliser cet accompagnement pour les entrepreneurs dans seulement un ou deux lieux dans un pays. C’est pour cela que je crois qu’il est clairement de notre rôle d’aider à construire un écosystème et accompagner d’autres structures—même si cela veut dire qu’un jour ils deviendront nos concurrents. Pas de quoi s’inquiéter, car la tâche est immense et plus on est de fous, plus on rit !

  • Nous devrions accompagner les entrepreneurs comme si nous avions investi un million de dollars sur eux.

Nous devons le faire avec passion, dévouement et de l’empathie. Nous devons nous mettre dans la tête et dans la vie de nos entrepreneurs chaque fois que nous les rencontrons et travaillons avec eux. Pour nous au CTIC, il a naturellement été plus facile pour nous de créer ce rapport symbiotique avec les entrepreneurs qui se trouvent dans le hub plutôt qu’avec nos incubés « virtuels » qui eux, ont des bureaux en dehors des locaux de notre incubateur.

  • Enfin, nous ne devons jamais nous approprier le succès d’une entreprise

J’ai entendu dire une fois, que les bons incubateurs et accélérateurs ne parlent jamais plus d’eux-mêmes que de leurs entreprises. Je suis totalement d’accord. Je crois que quelques soient les services que vous offrez à vos startup, vous n’êtes pas responsables de leurs succès ! Les personnes remarquables réussissent quoi qu’il arrive—vous avez seulement aidez à booster leur croissance et les faire surmonter les moments difficiles.

En résumé, ce travail passionnant est très difficile dans les pays dans lesquels les écosystèmes restent à construire. Mais faites-le avec passion et humilité. Voyez au-delà et ne vous découragez pas ! Vous êtes sur la bonne voie !

0x600This article was first published on www.techmoran.com on February 13th.

It is not easy for most people to understand the daily job of supporting tech entrepreneurs in Africa. Indeed, this fascinating mission only concerns a couple of business angels, venture capitalists, advisors of any kind and, of course, incubating teams. .

This, to me, is the most engaging job in the world: you deal with dozens of brilliant entrepreneurs and visionaries, are in touch with a lot of technologies and business models, get to know them on a personal level and sometimes become friends with some of them.

However it can also be the most ungrateful job on earth. Here are several reasons:

  • The majority of us will never get rich doing what we do! Indeed, only a very little portion of us invest their own money and have shares in the companies that we support. The rest are either volunteers, employees, mentors, etc and most of our tech hubs are non-profit organizations. The funny thing is that sometimes, when you try to have an entrepreneurial approach and make your hub sustainable, people tell you that you aren’t social enough!
  • You will be judged if your startups fail and forgotten if they succeed. No need to elaborate on this, I think you understand. Entrepreneurs all have their reasons not to show that you helped them when they were hitting rock bottom, when they were in a burnout, when they were fighting with their partners and employees, when they just needed someone to talk to. Yet, you were there for them all the time. But I understand that. Like us they evolve in a very uncertain and high pressure environment. Some of them just can’t allow to blame themselves for things that did not work out or to be grateful for something other than their own genius when they succeed.
  • You can always do better. And that’s a good thing in fact. Your job and performance will always be challenged and therefore, you’re always required to improve and rarely congratulated for your actions. And again, even though it is a highly ungrateful situation, it is a good one. You keep on getting better and better for your new entrepreneurs.

But these are personal feelings that have to be managed at a personal level by each individual. The real question that I want to ask is:

Should we support entrepreneurs – or couldn’t the real entrepreneurs get off the ground by themselves?

  • We all should advize, put pressure, open doors and boost their business, but not run the business for them. Or at least that is the theory. Doing our job you’ll quickly understand that if, at some point, you don’t get your hands dirty and do what has to be done along with your entrepreneurs, you will never have them work on something strategic or gain their respect. In the meantime, however, you have to make sure that you only provide assistance to the ones who are ready to die for their business, at least as much as you’re ready to die for your incubator. Moreover, sometimes, exceptional events make your entrepreneur or his team completely out of operations (burnouts and key employee departures are the most current cases). In those situations, either you watch the business die and tell everybody that is was not your fault, or you go ahead and manage the business during the crisis. Fortunately, we only had to do this once at CTIC in three years of activity. The startup that was in a critical situation at the time is now one of the most successful startups in Senegal.
  • Even the greatest entrepreneurs need assistance at some point.

Some people, mostly in the US, will tell you that an entrepreneur who needs support from an incubator will not succeed anyway. Maybe it’s true – at least over there in North America where incubators, in fact, can be replaced by many other parts of the ecosystem that have been involved for a long time: mentors, family, business angels, teachers, classmates – all play a huge role in building the success stories that we all know.

In Senegal however, and probably in many other countries: we don’t have many of those types of support for startups. Therefore, your incubator can play a tremendous role. But it is also a danger to centralize “entrepreneurs support” in one or two spots in a country. This is why I believe that it is clearly our role to help build this ecosystem and support other organizations, even if, at some point, they may become your competitors. But don’t worry, the work to undertake is gigantic, and the more the merrier right!

  • We should support entrepreneurs like if we had invested a million dollar in them

With passion, dedication and empathy. We have to do this very difficult mental task to put ourselves in the life and brain of our entrepreneurs everytime we meet and work with them. For us at CTIC, it has naturally been much easier to build this “symbiotic” relation with entrepreneurs located in the hub versus with “virtual incubatees”, which have office spaces outside of the incubator.

  • Finally, we should never claim the success of any company.

I heard one time that good incubators and accelerators never speak about themselves more than they speak about their companies. I could not agree more – this is true. I also think that whatever amazing services you provide to your startups, you are not responsible for their success! Great people succeed anyway – you just helped them accelerate their growth and get beyond the tough times.

In a nutshell, this fascinating job is a very difficult one in countries where ecosystems still have to be built. But do it with passion and humility. See the big picture and never discourage yourself. You’re on the good track!

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A CTIC Dakar, nous sommes interrogés de façon journalière sur notre modèle: Comment sommes-nous financés? Quelle est notre structure de gouvernance ? Pourquoi les compagnies incubées doivent-elles nous payer ? Comment avons-nous commencé ? Etc.

Pour répondre à certaines de ces questions, j’aimerais, dans cet article, discuter des avantages et des inconvénients de diverses formes de gouvernance pour les incubateurs et accélérateurs technologiques en Afrique en utilisant la loupe de CTIC Dakar, qui est une organisation à but non-lucratif née d’un partenariat public privé visant à être financièrement viable en 5 ans (plus que deux ans maintenant, wow!).

Type de service fournis

Tout d’abord, il est très important de distinguer les diverses formes de soutien apportées aux entrepreneurs et de définir ce que l’on entend par “incubateur” ou “accélérateur”. Ce que l’on souhaite faire a une forte influence sur le budget et donc sur le modèle de gouvernance de tech hub. Pour moi, un incubateur ou un accélérateur est une organisation, à but lucratif ou non-lucratif, qui fournit un espace physique et un soutien intense et pratique aux entrepreneurs dans le but d’augmenter leurs performances. Leur première, et parfois seule mission est de créer et de soutenir des entreprises à forte croissance. La qualité du soutien fourni par l’incubateur est très dépendante de la qualité de ses membres d’équipe et donc, ce type d’organisation implique d’importants frais de fonctionnement notamment en ressources humaines. Elles emploient généralement 5 à 10 personnes en plus des mentors et consultants occasionnels et leur bâtiment doit être assez large pour idéalement fournir des bureaux individuels à 7-10 petites entreprises.

D’un autre côté, les fablabs et les coworking space ont pour mission première de créer et d’animer des communautés technologiques. Ainsi, leur structure de cout est composée principalement de community management et d’organisation d’évènements. Les investissements nécessaires au lancement peuvent donc être assez modestes et augmenter par la suite.

Taille de marché et “deal flow”

Ensuite, il faut se demander la chose suivante: Quelle est la taille de son marché en tant qu’incubateur? Je reste convaincu que les pays d’Afrique Sub-Saharienne n’ont pas assez d’entreprises à forte croissance pour permettre de un modèle d’incubateur financé de façon totalement privée, et ce quel que soit le modèle de revenu utilisé (prise de participation, revenue sharing, etc.) sauf peut-être si l’on ne fait que de la location d’espace (sans coût additionnel de ressources humaines.

Par ailleurs, je pense qu’il faut prendre le temps de construire un « pipeline » de startups prometteuses en investissant beaucoup de temps et de ressources à un stage prématuré, notamment au niveau des universités et des écoles. Nous faisons souvent cela à CTIC Dakar, à travers des événements et des ateliers dont le TEKKI48, une accélération de startups en 48h que nous lançons dans plusieurs villes Sénégalaises tous les 4 mois.

Ainsi, nous espérons qu’un projet sur 20 que nous identifions et accompagnons va finalement devenir une startup intéressante et intégrer nos programmes. Nous avons eu deux beaux exemples cette année avec TongTong.sn, une plateforme d’achat groupé et Genius Family, une startup développant des logiciels de gestion et des applications pour des boutiquiers analphabètes. Ces deux entreprises sont parties de rien en 2013, ont acquis un financement à travers l’un de nos partenaires et sont maintenant en pleine croissance et capable de payer environ dix salaires à la fin de chaque mois. Elles ont pu intégrer notre programme d’incubation en septembre 2014.

En résumé, si vous n’avez pas assez de PMEs mûres dans votre pays ou marché ou bien un écosystème structuré d’investisseurs privés (business angels), vous aurez surement besoin de fonds gouvernementaux ou de bailleurs internationaux à un moment ou à un autre – à moins bien sûr d’avoir un gros investisseur privé derrière vous (ce qui est le cas de l’excellent MEST au Ghana, financé par l’entreprise de logiciel Meltwater). Le choix que nous faisons à CTIC Dakar est d’utiliser ces fonds publics pour démarrer la machine, faire grandir le « deal flow » et ensuite générer des revenus via nos entreprises clientes – qui nous payent sur la base de leur croissance de chiffre d’affaire ou de leur marge pour les entreprises de e-commerce.

Gouvernance, prise de décisions et innovation

C’est là clairement le plus grand désavantage des incubateurs public ou soutenus par des partenaires au développement. Si vous aidez des entrepreneurs, vous ne souhaitez pas que le gouvernement dirige toute l’opération. Néanmoins, si vous voulez que ces gens vous donnent de l’argent, il faut accepter de les impliquer d’une manière ou d’une autre. C’est un jeu de pouvoir délicat. La manière dont nous gérons cela, ici au CTIC, est d’inclure les plus importants de ces bailleurs publics dans le comité de gestion en nous assurant que ce dernier reste dirigé par le secteur privé (l’organisation des professionnels des TICs). D’autres partenaires privés sont aussi fortement représentés (tels que l’opérateur téléphonique Orange par exemple). Il est aussi important de noter qu’aucun des bailleurs internationaux avec lesquels nous sommes partenaires (Banque mondiale, GIZ, Union Européenne) n’est incluse dans le comité de gestion. Jusqu’ici, nous avons pu gérer les ambitions de nos partenaires publics et internationaux en les guidant vers la réalisation de notre vision et non pas l’inverse, et nous ferons en sorte que cela perdure.

Accès aux marchés et aux financements

Soyons réalistes: Dans beaucoup de pays d’Afrique, les gouvernements sont relativement puissants en comparaison au secteur privé. Ainsi, le plus grand avantage au fait d’avoir des partenaires publics ou privés en relation étroite avec son hub est l’ouverture de certaines portes. En effet, une fois qu’ils croient en votre mission et comprennent la valeur concrète que vous leur apportez pour la réalisation de leurs objectifs propres, ils peuvent beaucoup vous aider ainsi que vos startups, en les impliquant dans des projets publics et/ou en leur fournissant un financement de démarrage. Par exemple, l’an dernier, nous avons obtenu plus de 40 millions de fcfa de la part de l’Autorité de Régulation des Télécommunication et du Fonds de Développement du Service Universel, qui ont été remis directement à 8 startups. Ce type de financement public peut-être nocif pour le modèle économique d’une startup-comme cela a été largement débattu récemment dans la blogosphère tech kenyane – mais je crois que si l’on combine ce financement avec un soutien de l’incubateur très orienté business, cela fonctionne. Plusieurs de nos entreprises en sont la preuve.

Gestion et rétention d’équipe

Enfin, je pense que le plus grand désavantage de ne pas avoir un modèle purement privé est qu’à un moment, si votre équipe et les business developers sont suffisamment entrepreneuriaux – et c’est ce dont vous avez besoin – ils s’en iront faire leurs propres affaires après 3 à 5 ans. En revanche, si vous avez un modèle privé, c’est soit votre propre bébé soit vous pouvez espérer des parts de capital ou au moins le diriger où vous le souhaitez. Si vous avez donc un modèle public ou public-privé, je vous encourage donc à faire le maximum pour épanouir votre équipe, la faire grandir et lui donner un maximum de responsabilités, afin de les retenir le plus longtemps possible.

En résumé, il est évident qu’aucun modèle universel n’existe pour les incubateurs technologiques. Selon moi, le marché pour les incubateurs financés de façon purement privés et de façon durable n’existe pas encore pour la plupart des pays d’Afrique Sub-Saharienne. Nous devons saisir les opportunités qui résident dans le fait d’impliquer des donneurs publics et internationaux, notamment les partenaires au développement. Cependant, dans le champ de l’entreprenariat technologique en Afrique, tout est histoire de leadership, d’équilibre d’influences et d’équipe.