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En mai 2016 nous avons lancé  YUX Dakar, la communauté de passionnés du Design d’expérience utilisateur au Sénégal. Son but est de former des talents en UX Design et d’accompagner les entreprises africaines dans le développement de produits et services numériques innovants adaptés aux populations et à leur diversité. Petit retour sur cette genèse.

Pourquoi un lab de UX Design au Sénégal ?

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Pour ceux qui ne sont pas très doués en géographie, le Sénégal est un pays d’Afrique de l’Ouest, peuplé de près de 15 millions d’habitants, dont la capitale est Dakar. Comme beaucoup de pays d’Afrique sub-saharienne, sont économie est en pleine expansion et sa population est jeune (50% à moins de 17 ans). Par ailleurs, bien qu’il y ait encore une forte marge de progression, le Sénégal est aussi l’un des pays les mieux connecté du continent avec un taux de pénétration des services internet de plus de 58% (source ARTP 2016) et un taux de pénétration mobile de 113%.

Disposant d’un système universitaire attirant les étudiants de toute l’Afrique francophone et d’une économie déjà diversifiée, le Sénégal s’est rapidement positionné comme un « Hub  numérique » en Afrique. Depuis 2012, nous avons donc assisté à une croissance rapide du nombre de startups de logiciel, plateformes web ou agences digitales, portées notamment par les incubateurs ou co-working spaces eux aussi en pleine émulation.

Cependant, pour avoir travaillé pendant plusieurs années aux côtés des PME numériques du pays, notre équipe a pu constater à quel point le manque de connaissance sur les sujets du design d’interface et d’expérience utilisateur à extrêmement limité la croissance des entreprises locales. Ces dernières ce sont faites rapidement concurrencer par des plateformes étrangères – loin d’être idéales – mais respectant juste certains standards en termes d’ergonomie. Par ailleurs, combien d’app mobiles ont été développées à la va vite et propulsées sur les stores (surtout Android – moins contraignant) sans la moindre réflexion autour des attentes des futurs utilisateurs.

Enfin, il est également fréquent de voir des entreprises étrangères et organisations internationales développer depuis leurs sièges des applications web ou mobiles qui in-fine ne seront jamais adoptées par les utilisateurs finaux, parfois illettrés en français ou situés dans des zones rurales mal connectées.

Il était donc temps de faire quelque chose et s’est donc naturellement que des personnes aux profils variées venant du monde des technologies, du design web ou du design produit, se sont réunies pour former YUX Dakar – avec une vison simple :

« Favoriser la conception d’innovations adaptées aux populations Africaines ».

Cette vision se réalisera par trois types d’actions : former, étudier et accompagner.

Formation : former les graphistes, développeurs et entrepreneurs sur les méthodologies et outils UX-UI design

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La première activité de YUX Dakar, avant même sa création, a été de réaliser des ateliers de formation sur le UX et UI design destinés aux graphistes, développeurs et entrepreneurs. Accessibles gratuitement ou à un prix modique (2000 fcfa) ces workshops d’initiation ont réunis de 8 à 30 personnes autours de sujet tels que : « les outils du UX-UI Designer », « les 20 tests de l’expérience utilisateur » ou encore « les personas et techniques d’entretiens ».

YUX Dakar établit en ce moment un curriculum de formation complet qui permettra aux participants débutants ou confirmés de participer à une suite de formations adaptées à leur niveau.

Etudes et recherche : produire des études publiques faisant avancer l’état de l’art sur les usages et services en Afrique

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L’autre mission cruciale que se donne YUX Dakar est de contribuer à l’état de l’art en ce qui concerne le domaine de l’expérience utilisateur et des interactions homme-machine en Afrique. En effet, tous ceux qui ont travaillé en occident et  en Afrique ressentent que les technologies sont assimilées et utilisées différemment dans les deux régions – mais très peu d’ouvrages ou même d’articles de blogs parlent de ce phénomène précisément. C’est pourquoi YUX Dakar se penchera bientôt sur des études et articles publics destinés à être partagés avec le plus grand nombre.

Consulting : permettre aux entreprises et organisations de concevoir des produits numériques parfaitement adaptés aux publics africains

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Enfin, il nous a paru primordial de pouvoir accompagner les entreprises de toutes tailles ainsi que les ONG dans la conception de produits technologiques adaptées aux populations du continent. Ce pourra être des entreprises internationales conscientes de l’importance d’adapter leurs solutions aux populations qu’elles visent ; mais ce sera également des PME locales souhaitant développer des innovations africaines alignées sur des standards de qualité internationaux.

YUX Dakar est donc bien lancé et nous comptons vraiment sur vous vos feedbacks et conseils  – YUX Dakar est fait pour vous !

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Le continent africain est sans nul doute un continent d’avenir, que ce soit par sa croissance économique (près de 5% en 2015), par le dynamisme de sa population (50% des gens ont moins de 17 ans au Sénégal par exemple) et bien sûr par la transition de nombreux états vers des systèmes (plus ou moins) démocratiques, donc plus stables et plus sûrs pour les investisseurs. Désormais, l’étranger qui atterrit à Dakar, Abidjan ou Nairobi est frappé par le niveau de développement des infrastructures. En effet, il ne s’attend pas à trouver autant de routes, d’hôtels, d’industries… et de pubs pour les opérateurs télécoms !

Car ceci est peut-être le plus marquant quand on arrive sur le continent : le boom technologique qui est en train de s’y passer. Bien sûr, il se passe aussi partout dans le monde, mais beaucoup pensaient que les entrepreneurs et consommateurs africains ne s’intéresseraient au numérique qu’une fois tous les autres problèmes résolus : santé, éducation, etc. Au contraire, il s’avère que l’espoir même du développement accéléré, qualitatif et équitable du continent passe aujourd’hui par les technologies.

Pour résumer, pensez à un marché où la plupart des états sont encore faibles et où santé, éducation, économie sont négligées ou, au mieux, prises en charges par des bailleurs internationaux ; où les entreprises de tous secteurs – bâtiment, commerce, services – grandissent 3 fois plus vite qu’ailleurs et sont demandeuses de services informatiques adaptés à leur contexte. Imaginez un continent de 2 milliards de personnes dont environ 20% de la population est connecté au reste du monde alors que le reste du monde ne les regarde pas encore.

Tout cela, comme vous le comprendrez, représente des opportunités d’affaires incroyables pour les entrepreneurs occidentaux, à condition bien sûr de faire les choses bien. Dans un prochain billet, nous parlerons d’ailleurs de la manière d’aborder son développement en Afrique. Mais pour l’instant quelles opportunité pour les entreprises technologiques en Afrique ?

1) Les technologies « adaptés »

Par cela nous entendons toutes les technologies ayant potentiellement plus d’impact et de marché en Afrique qu’ailleurs. Nous pouvons citer par exemple les technologies vocales, comme d’ailleurs Voxygen, cette spin off de Orange Lab qui fait de la synthèse vocale à partir de texte en français, anglais et de nombreuses autres langues, dont certaines africaines. Pour sa première d’implantation à l’étranger la PME a logiquement choisi l’Afrique, où une grande partie de la population est encore illettrée… mais maintenant connectée ! Nous pouvons ainsi imaginer de nombreuses technologies ou applications qui, lorsque bien pensées et adaptées au contexte local, peuvent permettre de fournir des services à un très large marché. La question des business modèles est cependant très importante et nous traiterons de ce sujet dans un prochain article.

2) Les objets connectés

Ce domaine émerge tout juste en Afrique et est pour l’instant concentré autour de quelques fablab ou maker spaces tels que le WoeLab au Togo, GearBox au Kenya ou Ker Thiossane au Sénégal. L’incubateur CTIC Dakar lancera aussi prochainement, à Dakar, WAZIUP, un programme Européen de recherche de 3 ans pour le développement d’applications IoT en Afrique. Le potentiels des objets connectés peut être immense dans un contexte où de nombreuses infrastructures de bases (routes, ponts, télécommunication) sont encore en construction ou trop couteuses. Pourquoi une ONG transporterait ses médicaments par une route en terre quand elle peut le faire avec un drône ?

3) le marketing digital

Le boom du marketing digital a débuté dans les pays les plus mûrs comme le Nigéria, le Sénégal et la Cote d’Ivoire en Afrique de l’Ouest. Déjà vous retrouvez des agences bien établies et de qualité internationale telles que ByFilling ou People Input. Il ne faut donc pas chercher à rentrer de manière classique sur ce marché mais penser partenariat ou segmentation. Un marché énorme restant à prendre en compte par exemple pour le marketing digital est celui du e-commerce, dont la croissance en Afrique est extrêmement forte. Le succès de la startup franco-sénégalaise Niokobok en témoigne par exemple.

4) le big data

Bien sûr cela va de pair avec le boom des objets connectés et des smartphones, mais replacez cela dans un contexte où les TPE et PME manquent encore d’outils de gestion de base. Par exemple imaginez un boutiquier à Dakar qui note toutes ses commandes et ventes sur un carnet. Si bien pensé et adapté à ses besoins, un logiciel de gestion tel que Ndiarté de l’entreprise Sénégalaise Genius Family a un impact direct sur la croissance. Par ailleurs, ce genre d’applications collecte des milliers de données sur les clients et fournisseurs, et ne sont pas encore suffisamment exploitées. Ajoutez-y bientôt le boom des paiements par le mobile… Il y a donc ici de grosses opportunités pour les entreprises d’analyse et de visualisation de données massives.

5) les « uber-like »

Le cliché veut que l’Afrique soit le continent où le « communautaire » est né et perdure toujours… alors qu’en occident, il a été perdu et ne revient que depuis peu grâce aux Uber et AirBnB. Cette question mériterait une analyse anthropologique poussée. Notre avis est que les modèles communautaires peuvent extrêmement bien marcher en Afrique, à condition peut être de les faires débuter dans les cercles familiaux élargis, dans lesquels la confiance est la plus forte. Un aspect par contre plus visible, est le fait que sur le continent, très peu de pays ont eu une industrialisation de masse menant à l’employabilité de la majorité de la population. Vous retrouvez donc des économies informelles où la population active a rarement un emploi stable et unique, mais cumule déjà plusieurs jobs et petits business. Pour résumer, nous pensons que l’association d’une économie informelle et donc flexible avec une culture communautaire forte est une très bonne base pour le déploiement de services décentralisés ou « uber-like ».

6) Le UX/UI Design

Aucune des innovations mentionnées ci-dessus ne pourra réussir si la qualité des interfaces graphiques et de l’expérience utilisateur sont négligées. Pour rappel, au Sénégal par exemple, 94% des connections à internet se font par le mobile, et comme nous le disions plus haut, une partie de la population est encore illettrée, en tous cas en français. Le design des interfaces, des parcours utilisateurs, de l’iconographie est vraiment important car les gens ne réagissent pas encore aux mêmes codes qu’en occident. Une icône avec une maison a-t-elle la même signification partout ? Nous manquons encore cruellement de designer en Afrique et ceci représente une forte opportunité pour des entreprises étrangères ayant une expérience dans ce domaine, soit par la collaboration avec des développeurs locaux soit par la formation et le renforcement des compétences en design locales.

En bref

Vous l’aurez compris, l’Afrique représente une terre d’opportunité pour les entreprises du numérique. Cependant, il ne faut pas se contenter de répliquer sur ce continent les modèles cassés et les entreprises en perte de croissance en occident. Il faut innover encore plus en s’imprégnant longuement du contexte local, seulement ainsi nous pourrons pallier au manque d’infrastructure et de réaliser les sauts technologiques qui seront le levier d’une croissance accélérée et durable.